3/5 ans

Et pourquoooi ? …Parce que

« Pourquoi je dois mettre ma veste ? Et pourquoi il pleut ? ». À partir de 2 ans et demi, nos petits curieux jouent avec les nouveaux mots qu’ils connaissent. Ils nous posent mille questions naïves, mignonnes, farfelues ou pleines de sens. Une manière de s’intéresser au monde qui les entoure.

Et pourquoooi ? …Parce que

Il y a les petits curieux qui veulent tout comprendre, tout savoir tout de suite. « Pourquoi je dois manger un fruit le matin ? Pourquoi y’a un noyau dans ma prune ? Et pourquoi tu regardes ton gsm ? ». Ok. On respire, le temps de choisir entre la réponse encyclopédique ou la version simplifiée du matin quand on est à la bourre…
Et puis, on répond. Plutôt simplement si on a peu de temps devant soi et sans raconter des carabistouilles, mêmes si la tentation est parfois grande. « Mon papa m’avait raconté, petit, que les vaches blanches fabriquaient du lait et les brunes du cacao… J’y croyais à fond, mais mes copains et ma maîtresse ont bien ri », nous raconte Bruno.
Pas besoin de baratin si on ne connaît pas la réponse précise. D’ailleurs, ce n’est pas ce que l’enfant cherche. « Ces questions sont plutôt liées à l’intérêt de l’enfant pour son environnement et son envie de le connaître. Vers 2 ans et demi-3 ans, les pourquoi sont des clés de compréhension. Et l’enfant a besoin de répétitions pour inscrire les choses en lui. Le pourquoi signifie : je m’intéresse à mon environnement et je veux le comprendre. Ça signifie aussi : intéresse-toi à moi ! », déclare Anne-Christine Frankard, pédopsychiatre dans le centre psychothérapeutique Charles Albert Frère à Marcinelle. Il n’est donc pas nécessaire de se muer en une encyclopédie vivante mais plutôt de montrer à notre bout de chique qu’on s’intéresse à lui et qu’il est bien malin de poser toutes ces questions.

Pourquoi il est mort, le voisin ?

« Il y a parfois une tentation de l’envahir de connaissances, poursuit la pédopsychiatre, mais pour la réponse, restez connecté au niveau de l’enfant. S’il vous demande pourquoi le soleil brille, vos pouvez lui parler de la chaleur qu’il sent, sans vous lancer dans des explications scientifiques. Ça nécessite de se mettre à la portée des enfants. Surtout, lui montrer qu’on est intéressé par lui, par ses questions. Si notre réponse ne fait pas sens pour lui, il peut revenir plus tard avec la question. On ne doit pas vouloir clôturer le débat en une fois. La question du pourquoi est un levier de communication. L’enfant ne cherche pas un puits de savoir, il cherche quelqu’un qui s’intéresse à lui ou qui cherche avec lui. »
Et parmi toutes les questions qui turlupinent votre mini-apprenti, il y a parfois des questions existentielles qui touchent à la vie, à la mort. Lors d’un deuil, le plus simple est de répondre dans un premier temps que la personne défunte a fini de vivre. Rester simple et concis.
« Les questions identitaires liées à la vie, à la mort ne se résolvent pas en une seule fois mais petit à petit, selon Anne-Christine Frankard. Un deuil touche des points affectifs que l’enfant sent très bien. Il est difficile de répondre à l’enfant, car on est dans l’émotion. Ce qui est important, c’est d’aller au cimetière, par exemple, de montrer ce lieu, de ritualiser le lien social et culturel liée à la mort. Notre société a tendance à perdre ses rituels et ils sont importants pour les enfants. »

Et pourquoi je ne peux pas manger tous les bonbons ?

Certaines questions d’enfants touchent aussi les règles qu’on a instaurées en famille. Elles ne sont pas partout pareilles et l’enfant peut très bien comprendre qu’il y a des règles différentes dans chaque famille ou dans chaque lieu. On peut répondre à ses questions sans devoir justifier interminablement des règles fondamentales de sécurité.
« À force de trop expliquer, le parent s’y perd et peut sortir de son rôle. Il est bon de le rappeler parfois : la règle est là et, en tant que parent, je veille à ta sécurité. La solidarité parentale est importante à ce moment-là. C’est très sécurisant pour un enfant de voir ses deux parents d’accord sur les mêmes règles. Évidemment, c’est plus difficile quand on est parent seul car l’enfant est confronté à la toute-puissance d’un adulte par rapport à lui. On peut toujours utiliser le cadre légal pour expliquer les contraintes : on ne peut pas frapper, pas faire mal à l’autre, ce sont des grandes règles de la société qu’il faut respecter », propose Anne-Christine Frankard.
Et puis, parfois, on n’a juste pas le temps ou pas l’envie de répondre à toutes ces questions… Là aussi, on peut répondre franchement à notre petit curieux : ta question est excellente, mais là je suis fatigué(e). Je te propose d’en discuter après le souper ou demain matin. Sans oublier, bien sûr, de revenir sur le sujet si on l’a promis.

Estelle Watterman

La question

Et si mon enfant ne pose aucune question ?

Rassurez-vous, il y a d’autres manières d’être curieux. Certains enfants sont moins dans le verbal que d’autres. L’essentiel est de voir s’il s’intéresse à son environnement. Le jeu est un excellent moyen d’explorer son environnement aussi. Si l’enfant joue, c’est bon signe.