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Et si je ne veux pas donner le sein ?

Rien ne vaut l'allaitement maternel pour le tout-petit. Mais si vraiment, vraiment, vous venez d’accoucher et vous ne vous sentez pas prête pour allaiter, faut-il quand même vous forcer à donner le sein ? Des mamans évoquent des pressions pour les pousser à abandonner le biberon au profit de l’allaitement… Enquête.

Et si je ne veux pas donner le sein ?

Pas toujours évident de parler sereinement d'allaitement. Surtout pour celles qui font le choix de ne pas donner le sein. Les campagnes de sensibilisation font leur effet : « Le lait maternel est le meilleur lait pour le nourrisson », il est « bon pour la santé », le biberon perturberait « la digestion » ou augmenterait « le risque d'allergie ».
Soit. Mais ces informations, répétées parfois avec insistance, peuvent être mal vécues par de jeunes couples qui souhaitent tout simplement passer directement au biberon. Pression ou information ? Pas toujours clair !

« J’étais sûre de mon choix »
« J'avais décidé de ne pas allaiter », nous raconte Valérie, maman de 3 enfants. Un choix vite remis en question par les professionnels de la santé : « Avant l'accouchement, mon gynéco insistait. Il revenait sans cesse avec le lait maternel. Puis, j'ai eu des césariennes, mes enfants sont nés prématurés. Pour mon premier, le jour de l'accouchement, ils m’ont mis d'office l'enfant sur le sein alors que j'avais bien dit que je ne le souhaitais pas. Ils ont insisté. Ensuite, un psy est même venu me voir, comme si j'étais bizarre. Mais ça ne m'a pas fait changer d'avis, j'étais sûre de mon choix. »
À son second enfant, qui a passé quelques nuits en couveuse, Valérie découvre qu'on lui a donné du lait maternel - d'une autre mère - sans concertation. « Cela m'a dérangé, car ce n'était pas du tout mon choix ». Bien évidemment, les arguments concernant la santé de son enfant ne l'ont pas laissée indifférente : « On me disait tout le temps : 'C'est mieux pour la santé, c'est mieux pour les prématurés, c'est mieux pour tout'. Ça a engendré une forme de culpabilité. Pourtant, avec le lait en poudre, tout s'est bien passé pour mes enfants. Ils n'ont pas été plus malades que d'autres. »
La pression n'a pas lieu qu'à l'hôpital, elle est diffuse, comme en témoigne une autre jeune maman, Anne-Sophie : « Je n'ai pas ressenti la moindre pression côté infirmières, mais bien de la part de mon gynécologue et de mon entourage en général. Je parlerais plutôt d'une pression sociale, parfois violente verbalement. »

De l'information à la pression…
C'est ce dilemme que nous explique Michèle Warimont, sage-femme à l'hôpital Érasme : « On se demande toujours comment informer sans imposer. Bien sûr, les jeunes mères ont le droit de ne pas allaiter. Mais l'allaitement maternel est une question de santé publique. L'impact de l'alimentation sur le nouveau-né et son devenir en termes de capital santé est majeur. Mon rôle, c'est de donner des informations, mais les jeunes parents ont alors parfois l'impression qu'on les pousse dans un chemin qu'ils ne souhaitent pas. Des attitudes et messages de soignants sont probablement parfois maladroits.
Reste à écouter et prendre le temps de considérer chaque situation de manière particulière. Ce qui prend du temps. Un temps que les équipes n'ont pas toujours. Il en va de l'allaitement comme du reste : il faut soutenir les parents sans les culpabiliser, quel que soit leur choix, puisque c'est le leur, c'est le bon. Il vaut mieux bien donner un biberon que donner mal le sein, et je pense que tout le monde est d'accord avec cela. »

Ami des bébés, ami des mamans ?
Laisser le libre choix. Mais pas trop quand même. C'est ce que l'on peut comprendre dans le récit de Valérie : « J'ai eu beaucoup de visites me demandant d'allaiter. J'étais dans un hôpital qui, à l'époque, essayait d'avoir son label Amis des bébés. Je crois qu'il doit avoir un certain pourcentage d'allaitement pour l'obtenir. On a donc beaucoup insisté autour de moi.... Mais ça ne m'a pas fait changer d'avis. »
Pour obtenir ce précieux label international - Initiative hôpital ami des bébés (IHAB) - lancé par l'Organisation mondiale de la santé et l'Unicef, les hôpitaux doivent afficher un taux d'allaitement maternel exclusif de 75 % minimum. Parmi les dix « commandements » de l'allaitement maternel permettant de décrocher le sésame, les hôpitaux doivent « informer toutes les femmes enceintes des avantages de l'allaitement maternel » ou « ne donner aux nouveau-nés aucun aliment ni aucune boisson autre que le lait maternel, sauf indications médicales. »
Michèle Warimont propose un avis nuancé sur ce label : « Cela a permis beaucoup de choses positives. Dans les hôpitaux qui ont voulu obtenir le label, cela a entraîné une réflexion sur les soins à partir de l'allaitement. Par exemple, le contact peau à peau entre la mère et son bébé s'est généralisé. Mais il y a eu aussi des effets négatifs, avec une obligation de résultat liée à l'objectif du taux d'allaitement et un contrôle très poussé des mamans et du personnel hospitalier. »

Cédric Vallet

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