Vie de parent

Et si mon ado était
la proie du radicalisme ?

De plus en plus de jeunes français et belges, rejoignent les rangs des islamistes radicaux. Ils se radicalisent au point parfois de commettre des attentats. Et autour de nous, les idées se radicalisent, dans tous les domaines. Que faire si le discours de nos ados, qui construisent leur identité et forgent leurs propres opinions, tombe dans un extrême ?

Et si mon ado était la proie du radicalisme ? - Police judiciaire

 Le radicalisme idéologique, qu’il soit religieux ou politique, pousse parfois les êtres humains à commettre jusqu’à des actes horribles. Il peut être partout. Il peut commencer par une phrase, un geste, une position dans un débat en famille. À l’âge où nos ados forgent leurs propres opinions et tissent leur réseau social personnel loin de la famille, le risque existe qu’ils se laissent séduire par des discours radicaux et des idées extrêmes.

Le radicalisme, c’est quoi ?

Le radicalisme, c’est cette « attitude qui refuse tout compromis en allant jusqu'au bout de la logique de ses convictions », d’après le Trésor de la langue française. « C’est une idéologie qui devient omniprésente et dominante dans la vie de quelqu’un. Lorsque l’ensemble du comportement et des activités se soumet à cette idéologie-là et empiète sur tous les autres domaines de la vie, c’est déjà le début du radicalisme », explique Vassilis Saroglou, responsable du Centre de psychologie de la religion à l’UCL.

Quand faut-il s’inquiéter ?

En soi, les idées radicales ne sont pas dangereuses. « Nos ados peuvent très bien vivre une phase d’intensité, d’idéalisation de la foi, de la morale religieuse ou d’un mouvement idéologique, sans qu’il y ait pour autant un signe de dangerosité ou de radicalisme », assure le spécialiste. Cela ne devient vraiment inquiétant que si le jeune se replie trop sur lui-même, si les contacts avec ses proches, à la maison ou à l’école, deviennent problématiques ou changent de manière importante, ou encore s’il inhibe d’autres domaines de la vie. Et carrément dangereux lorsque les idées radicales prennent corps sous forme d’actions illégales, violentes ou empiètent sur la liberté d’autrui.

Nos jeunes, des proies faciles

Nos jeunes sont pleins d’idéaux. Durant l’adolescence, ils rejettent bien souvent les modèles qu’ils ont suivis enfants et l’autorité (parentale ou scolaire) dont ils perçoivent les défauts et les failles. « Pour beaucoup d’entre eux, les choses immorales, par exemple, deviennent une réalité qu’ils ne peuvent pas tolérer », soutient Vassilis Saroglou. Ces jeunes veulent alors se démarquer et affirmer leur autonomie par rapport au milieu parental, d’origine ou environnant. Mais ils sont aussi plus influençables, et peuvent plus facilement déraper.

Comment (ré)agir ?

Pas la peine de croire qu’on peut influer sur les idées de l’adolescent ou sa façon de penser. La meilleure solution reste la prévention, selon l’idéologie en question. Mais que la tradition familiale soit religieuse ou inscrite dans un courant politique, Vassilis Saroglou avance quelques conseils :

  1. La pluralité des sources et des pratiques : s’il existe déjà une tradition à la maison, mieux vaut essayer d’éduquer les enfants dans le sens d’une pluralité des sources, du message, des pratiques. Si c’est le jeune qui ramène ses idées, autant l’accompagner pour l’aider à comprendre que rien ni personne ne détient la vérité.
  2. Éviter la confrontation : il vaut mieux éviter la confrontation qui ne va qu’accentuer son parcours radical.
  3. L’esprit critique : mieux vaut essayer d’instiller le doute en avançant des arguments que l’on trouve à l’intérieur de son discours idéologique. Cela apportera une critique constructive et l’amènera à relativiser l’importance ou le côté absolu et exclusif de tel type de pratique ou de croyance. Dans le cas du radicalisme religieux, préférer dire : « C’est une religion d’amour, donc comment peut-on faire des actes comme celui-là ? ».
  4. L’amour et le respect dans l’éducation : quelles que soient les coutumes et traditions familiales, on peut calquer, en priorité, les valeurs d’altruisme, de compassion, de respect et d’amour dans la famille plus qu’une idéologie. Si le jeune a goûté au bonheur d’être altruiste, il n’aura pas besoin de se cramponner à l’idéologie. En revanche, si la famille a un discours conservateur mais sans amour, le jeune ira plus facilement piocher des idées plus radicales, parce qu’il n’aura pas goûté à l’amour réciproque.

Stéphanie Grofils

RADICALISME RELIGIEUX : LES SIGNAUX D’ALARME 

Vassilis Saroglou, responsable du centre de psychologie de la religion à l’UCL, cite les indices qui, lorsqu’ils sont réunis, doivent être pris au sérieux :

  • Critique forte de la société ou des parents : si le jeune devient plus pratiquant ou plus assidu aux offices et commence à critiquer sa société environnante, ses parents comme peu ou moins bons croyants ou pratiquants.
  • Émotions négatives : si l’intensité des croyances et des pratiques se traduit par des affects négatifs, de morosité et des plaintes sur le monde, et par un repli sur soi. Et si le jeune ne donne pas le sentiment qu’il jouit de la vie, aussi sur le plan sexuel et des relations intimes, il y a plus de risque qu’il se cramponne à une idéologie, voire, cas extrême, commette un acte trop radical (y compris le suicide), car il y a, par exemple, une proportion plus importante de kamikazes célibataires que de gens mariés ou en relation, selon le psychologue.
  • Conservatisme et archaïsme : il faut encore que ces croyances et ces pratiques soient plus conservatrices et archaïques, et prônent un retour à des pratiques plus anciennes.
  • À double tranchant : le radicalisme religieux est à double tranchant. « La religion inclut aussi des impératifs moraux d’amour, de compassion, de tolérance que les autres idéologies prônent moins facilement », explique Vassilis Saroglou. Les parents peuvent donc y puiser des valeurs altruistes pour critiquer le discours radical religieux plus facilement que si c’est un discours politique. Les mêmes valeurs peuvent toutefois servir à justifier les actes les plus horribles - comme légitimer plus facilement les actes terroristes - que d’aider à les désamorcer.
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