Et si on disait : « Tel papy,
tel petit-fils » ?

Tel père, tel fils, dit un dicton populaire. Et si l’on prenait en compte trois générations et non deux, comme vient de le faire une étude britannique ? Selon cette dernière, les grands-pères joueraient un rôle déterminant - supérieur à celui des parents - dans la réussite sociale de leurs petits-enfants.

Et si on disait : « Tel papy, tel petit-fils » ? - Thinkstock

Des chercheurs des universités d’Oxford et de Durham ont interrogé 17 000 Britanniques nés en 1946, 1958 et 1970 - soit trois générations : petit-fils, père, grand-père - à propos de leur vie professionnelle. Les résultats de cette recherche mettent cette observation en évidence : les chances des petits-enfants de se retrouver dans une profession libérale ou de gestion plutôt que dans des métiers manuels non qualifiés sont deux fois et demie plus importantes quand les grands-parents eux-mêmes étaient professionnellement bien placés.
Selon cette étude, 80 % des hommes dont les parents et grands-parents se situaient en haut de l’échelle sociale s’y maintiennent. Par contre, si les grands-parents étaient des travailleurs manuels non qualifiés et les parents cadres ou de professions libérales, seulement 66 % des hommes et 51 % des femmes ont une profession libérale ou sont cadres. De la même manière, des petits-enfants de grands-parents socialement haut placés et de parents situés plus bas dans l’échelle socioprofessionnelle ont plus de chances de se retrouver socialement haut placés.

Pas de place pour les « beaux grands-pères »

« Il faut d’abord situer cette étude », réagit Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’Université de Liège qui a coordonné le Panel démographique familial de 1992 à 2002. Réalisée en Grande-Bretagne, il serait intéressant de pouvoir effectuer ici le même genre d’enquête. « Mais le temps est plutôt aux restrictions, en matière d’étude ! », soupire la sociologue belge.

Le Ligueur : La réalité belge serait-elle très différente ?
Marie-Thérèse Casman : « C’est difficile à dire mais une question se pose : que met l’étude derrière le terme de grands-parents ? Les beaux grands-pères sont-ils repris ? La cohabitation intergénérationnelle a diminué et la constellation familiale a beaucoup changé. Or, l’étude ne semble pas tenir compte de ces beaux-pères, beaux grands-pères… Comme s’ils n’existaient pas alors qu’ils sont de plus en plus présents ! »

L. L. :Si l’influence des grands-parents est supérieure à celle des parents, peut-on dire que « l’ascenseur social » ne fonctionne pas ?
M.-T. C. : « Un discours sur la grande démocratisation des études, notamment sur l’accès aux études et aux professions valorisantes dit que quand on veut, on peut. C’est probablement bien plus compliqué que cela. La réussite sociale de personnes qui ne proviennent pas du milieu qui possède les moyens et les capitaux importants, ça existe, mais c’est très limité. Et dans le contexte socio-économique actuel, cela va probablement être encore plus rare dans les années qui viennent.
En effet, on va vers une diminution des moyens financiers au niveau de l’école alors qu’on sait que celle-ci peut jouer un rôle vraiment important dans l’accès à un meilleur avenir pour des jeunes, notamment de milieu défavorisé. Diminution des moyens pour les familles également, avec, par exemple, la diminution de la prime de rentrée scolaire…  Alors que nous sommes dans une période de restrictions, les résultats de cette étude montrent pourtant combien la solidarité publique est importante. »

L. L. : Et le rôle des femmes ? On ne parle pas des grands-mères ?
M.-T. C. : « Je crois que, ici, les chercheurs se sont surtout focalisés sur les questions de patrimoine et de réussite sociale. Et celles-ci, malgré tout, sont souvent mesurées à l’aune de l’homme. Précisons aussi que, actuellement, nous ne possédons que quelques éléments de cette enquête et non l’enquête elle-même ! »

L. L. : Nous avons tous quatre grands-parents et les deux familles n’ont pas toujours le même statut social…
M.-T. C. : « C’est vrai qu’il peut exister une mixité sociale chez les grands-parents, la famille grand-maternelle ayant une réussite sociale importante et la famille grand-paternelle une réussite sociale beaucoup moins importante. Selon nos études d’il y a une dizaine d’années, dans ce cas-là, la famille grand-maternelle est particulièrement fortement favorisée. Et même quand la réussite sociale de la famille grand-paternelle est supérieure à celle de la famille grand-maternelle, celle-ci garde une grande importance. »

L. L : Pourquoi cette prédominance de la famille grand-maternelle ?
M.-T. C. : « Selon Claudine Attias Donfut et Martine Segalen (ndlr : auteurs d’Un siècle des grands-parents. Une génération phare, d’ici et d’ailleurs aux Éditions Autrement), en cas d'éclatement de la cellule familiale, ce sont souvent les grands-parents paternels qui perdent contact avec leurs petits-enfants. La lignée maternelle reprend le dessus, en raison de la plus grande proximité entre la fille, sa mère et… sa lignée. D'après ces auteurs, la prédominance de la lignée maternelle se vérifie même quand la proximité géographique est plus grande avec la lignée paternelle. Aujourd’hui, des frémissements vont dans le sens d’une plus grande participation des pères, il serait sans doute intéressant de vérifier ces résultats passés dans un futur proche. »

Propos recueillis par Thérèse Jeunejean

Notre commentaire

C’EST QUOI, LA RÉUSSITE SOCIALE ?

Les informations actuelles à propos de l’étude britannique ne permettent pas de dire avec précision ce que les chercheurs appellent « réussite sociale ». S’agit-il d’un nombre d’années d’études, d’un diplôme ? De l’argent gagné ? Du pouvoir acquis, exercé ? Les trois à la fois ?
Cette recherche britannique donne l’impression de partager le monde en « cadres et professions libérales (ou de gestion) » d’un côté et « métiers manuels sans qualification », de l’autre. Mais le monde professionnel est d’une formidable hétérogénéité : les employés non cadres sont légion comme les techniciens qualifiés, à de multiples niveaux. Affirmer que le gestionnaire d’une entreprise se situe au-dessus de l’ouvrier non qualifié sur une échelle socioprofessionnelle classique est simple. Mais qui se situe plus haut que qui lorsqu’on considère d’autres professions ? Où se situent dans l’échelle socioprofessionnelle le plombier qui fait fortune, l’artiste qui mange son pain noir et le juriste au chômage ?

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