Vie de parent

Et si on parlait un peu règles ?

Vous aurez peut-être remarqué que le débat autour des congés menstruels fait le tour de la toile. Ça débat sec, ça s’insulte vite, ça tombe dans le vide et ça sera  vite remplacé par autre chose. Rien de neuf. Nous, au Ligueur, par capillarité, on se dit que c’est peut-être l’occasion de parler des règles. Qu’est-ce, comment en parler en tant que maman, en tant que papa, où s’informer ? Abordons donc un sujet qui fâche, que l’on cache, de façon cash et sans détour.

Et si on parlait un peu règles ?

Vous ne le saviez peut-être pas, mais dans quelques pays, il existe ce qu’on appelle le congé menstruel. Ne cherchez pas : chez nous, le débat est inexistant et peine à s’imposer dans la sphère publique. Son principe ? Des salariés bénéficient chaque mois d'un jour de repos supplémentaire pour leurs règles. C’est le cas notamment en Zambie où il suscite actuellement la polémique. Par pudeur, on l'appelle d’ailleurs la « fête des mères ».
Pourquoi cette loi progressiste est-elle contestée ? Encore les hommes qui portent sur la chose un regard discriminatoire et dégoûté. Toujours ce mélange de tabou et de superstition lié à un manque de compréhension. En Occident, même son de cloche, les quelques efforts se limitent à de petites initiatives à droite et à gauche qui proposent aux employées d'aménager leur temps de travail pendant leurs menstruations. Le meilleur moyen de faire avancer nos sociétés rétro sur le sujet ? Bien en parler à ses enfants.

► D’abord, c’est quoi les règles ?

Non, ce n’est pas ce liquide bleu que l’on voit dans les pubs ! Au passage, certaines journaliste de la rédac’ profitent de ce papier pour souligner combien elles trouvent ce procédé absurde. Il s’agit d’un écoulement d’un fluide composé de sang suspendu dans un mélange de mucus cervical, de sécrétions vaginales, d’eau et de tissus organiques.

► Comment j’en parle à ma fille ?

Avant tout, gardez bien en tête que c’est une sacrée nouvelle pour une gamine de 12-13 ans (l'âge moyen des premières règles), voire plus jeune (10-11ans), différents spécialistes observent de plus en plus de cas de pubértés précoces. Elle réalise qu’à partir du moment où elle est réglée, elle est fertile. C’est-à-dire que son corps est capable de fabriquer un bébé si elle a des relations sexuelles. Le moment de lui glisser aussi que qui dit relations sexuelles, dit double protection : l’une contre toute grossesse involontaire par un moyen contraceptif efficace, l’autre contre les infections sexuellement transmissible et tout particulièrement le sida. Oui, il continue à faire des ravages, quand bien-même les campagnes sont moins impressionnantes que dans les années 1990.

► Qu’est-ce que je dis ?

Avant tout, c’est peut-être pas mal d’évaluer son degré de connaissance. Voyez peut-être la façon dont elle en parle avec ses copines. En discutent-elles ? L’une d’entre elles est-elle déjà réglée ? Etc. Rentrez dans le vif du sujet… en douceur. Évoquez les changements de son corps. Vers 12-13 ans, il n’est pas nécessaire de la noyer d’infos trop à la pointe, armé d'un épais dossier et d'une horde en blouse blanche ! Pesez vos mots. Insistez sur le fait qu’elle reste une enfant, mais qu’elle s’apprête à devenir une femme, que les modifications de son corps sont le signe qu’elle pourra à son tour être maman un jour. Il est temps d’aborder les questions liées à l’ovulation, le cycle menstruel, etc. Votre ado peut faire mine de tout savoir déjà. Mouais. Gare à la désinformation, les jeunes filles se racontent des histoires surprenantes dans les cours de récréation, parfois cocasses, souvent horribles. À vous de rectifier le tir.

► Comment rassurer ?

Les copines, les copains, mais aussi toute la société dans son ensemble... Voilà le moment idéal de démentir les superstitions et tabous que nous évoquions plus haut. Démolissez l’aspect crado, honteux, impur des règles. Soyez rassurants sur le caractère irrégulier des premiers cycles. Si elle souffre, expliquez-lui qu’il existe de nombreux médicaments contre des douleurs parfois vives. Et pourquoi ne pas prendre les devants et glisser dans son sac une protection ? Oui, mais on insiste : ne le faites pas sans une petite explication au préalable.

► Et les papas solos ?

Pas évident à aborder pour beaucoup de papas, n’est-ce pas ? Encore aujourd’hui beaucoup laissent le soin aux mamans de dispenser les précieux conseils que nous venons d’égrainer. Mais pour les papas solos ? Pas le choix. Ils peuvent donc s’appuyer sur les conseils précédents. Qu’ils pensent bien à veiller à ce que leur fille ait une petite trousse avec tout ce qu’il faut au cas où. Si l’idée d’aller acheter eux-mêmes des serviettes ou des tampons au magasin les dérange, qu’ils prévoient une séance « mode d’emploi » avec la maman ou une autre personne de sexe féminin de confiance. Et, bien sûr, qu’ils précisent à leur fille que tout le matériel est là au cas où. Sans imposer de longues discussions sur le sujet.

► Où s’informer ?

Très important, car autant pour les papas que pour les mamans, aborder ce sujet et tous les autres périphériques est parfois délicat. Qu’ils sachent donc qu’il existe plein de lieux où une jeune fille peut apprendre ces choses. Et ce, de préférence, avant qu’elle ne soit réglée. Il est possible aussi de donner à leur adolescente, ou de laisser traîner si c’est trop dur, des documents clairs, utiles, téléchargeables sur des sites faits sur mesure pour elle (www.sips.be ou www.loveattitude.be).

Y.-M. V.-L. - La rédaction et quelques mamans

Et le planning familial ?                                                                               

loveattitude.be reprend les coordonnées de tous les centres de planning existants, quelle que soit la fédération à laquelle ils appartiennent, et propose une visite virtuelle de certains centres.
- Coût : 6 € pour une consultation médicale avec une mutuelle en ordre (chez laquelle le jeune peut obtenir des vignettes). Un problème de papier ou d’argent ne peut être un frein.
- Cinq types de consultations : demande de contraception ; test de grossesse et suivi ; examen gynécologique classique ; tests sida et autres maladies sexuelles ; questions relatives à la «normalité» (Je n’ai pas de poils, j’ai des trop petits seins, etc.).

EN SAVOIR +

La Bonne initiative

BruZelle : qui collecte des protections périodiques pour les femmes les plus fragiles socialement.

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