Vie de parent

Et si on se parlait
sans le filtre toxique
des réseaux sociaux ?

Ces derniers jours, le Ligueur s’est retrouvé au centre de deux polémiques déclenchées sur les réseaux sociaux. L’une concernant la façon d’aborder les pleurs des bébés. L’autre étant liée aux violences faites aux femmes, singulièrement au sein de la cellule familiale. Et si nous faisions le point sur ces deux incidents ? Et dégagions certaines réflexions pour essayer d’œuvrer collectivement à un débat plus sain, plus constructif, plus bienveillant, plus respectueux de toutes les réalités familiales, de la pluralité des points de vue.

Et si on se parlait sans le filtre toxique des réseaux sociaux ?

Il y a une semaine, certains lecteurs et lectrices se sont émus d’une « méthode » évoquée dans nos pages qui est censée aider les parents épuisés par des sommeils complètement explosés par les pleurs nocturnes de leurs enfants. Cette méthode s’appelle le « 5-10-15 ». On laisse l’enfant pleurer 5’, puis on vient à ses côtés, on l’assure de sa présence par la voix. On repart. Si l’enfant se remet à pleurer. On met un peu plus de temps à venir. Cette méthode est conseillée par de nombreux médecins. Et a déjà aidé beaucoup de parents à renouer avec des nuits calmes, profitables pour toute la famille, l’enfant étant désormais habitué à sa solitude nocturne, mais rassuré que papa ou maman ne soient pas loin.

Cette méthode ne convainc pas tout le monde et certains ont exprimé ce point de vue sur les réseaux sociaux. Pas en interpellant directement le Ligueur, mais en rédigeant un post sur Facebook avec parfois des termes très durs et violents, dénonçant cette « technique » assimilée par ses détracteurs comme de « la maltraitance faite aux enfants ». S’en sont suivis des commentaires puisant aussi leur vocabulaire dans l’excès, le tout aboutissant finalement à des propositions de pétitions contre le Ligueur, voire de plaintes déposées devant la justice…

L’importance du contexte

Au passage, on soulignera que cette « méthode » était évoquée dans le cadre global d’un sujet complet. Avec le recadrage de circonstance et les conseils de base que nous donnons toujours au Ligueur, qui s’articulent autour du bien de l’enfant et de la diversité des réalités familiales. Chaque parent devant agir en fonction de sa personnalité, de sa propre perception, de son cœur. Dans le cas des pleurs, s’ils se prolongent ou s’ils ne disparaissent pas la nuit, le Ligueur conseillera toujours de rencontrer un·e spécialiste pour analyser le cas particulier de l’enfant. Car, c’est important, un enfant n’est pas l’autre, une réalité n’est pas l’autre.

La polémique ne s’est donc basée que sur une partie d’article (la fameuse méthode) oubliant tout le reste, prenant le risque de faire passer le Ligueur pour un bourreau d’enfants.

Cette semaine, c’est une interview qui suscite l'émoi. Dans un entretien avec une des journalistes du Ligueur, la coordinatrice de Yapaka évoque le problème des enfants qui se retrouvent au cœur des violences conjugales. Comment vivent-ils celles-ci, comment peuvent-ils les ressentir, les surmonter ? Au début de l’interview, la coordinatrice évoque les dilemmes auxquels sont confrontés certains enfants. Notamment vis-à-vis de leur père. Comment en arriver à dénoncer des faits commis par son propre père, la coordinatrice venant avec le fait qu’un « un père peut être violent à l’égard de la mère mais, par ailleurs, peut être un bon père » ce qui peut, chez l’enfant, provoquer une véritable torture psychologique en termes de loyauté par rapport à la figure paternelle ?

Cette phrase épinglée a subi le même sort que la méthode « 5-10-15 » lâchée sur les réseaux sociaux. Commentaires. Critiques virulentes vis-à-vis du Ligueur. Invitation à consulter la littérature sur le sujet de… Yapaka, dont nous avions interrogé la coordinatrice pour cet article du Ligueur en ligne.

Plaidoyer pour un débat non violent

Soyons clairs, dans les deux cas, nous ne disons pas qu’il n’y a pas matière à débat. Nous avons ainsi d’ailleurs déjà contacté les personnes qui s’étaient insurgées contre « la méthode 5-10-15 » pour mieux comprendre leur aversion par rapport à cette « technique », identifier leurs arguments et si besoin partager leurs alternatives si elles correspondent au cadre évoqué plus haut. Contact direct. Confrontation des arguments. Un débat n’est porteur que s’il est constructif, animé par une pensée positive, non-violente.

Dans les deux cas, le débat aurait pu s’ouvrir de façon plus bienveillante. Un coup de fil, un message à la rédaction aurait pu amorcer une discussion, poser un échange d’arguments plus sereins. Nous savons malheureusement qu’aujourd’hui, un débat semble ne pouvoir exister qu’à partir du moment où il y a un « clash » sur les réseaux sociaux, un « cassage » sur Facebook, une « trollerie » sur Twitter. Ces techniques éprouvées, jusqu’à plus soif, par la presse à sensation ont une fâcheuse tendance à s’inscrire dans notre quotidien. Mais franchement, la violence au sein des familles, le bien-être des enfants peuvent-ils se permettre de pareilles dérives, de semblables saillies stériles qui, au final, n’aident personne ?

Le collectif plutôt que la division

Plus inquiétant, ces débats vont jusqu’à diviser ceux qui combattent pour la même cause. Vraiment comment prendre au sérieux ceux qui voudraient faire croire, sur les réseaux sociaux, que le Ligueur milite pour la maltraitance des enfants ou la violence faite aux femmes ? Franchement ? Sur ces thématiques, le Ligueur a toujours été à la pointe. Sans relâche. Depuis des dizaines d’années, le Ligueur milite pour le bien-être des enfants et contre les violences faites aux femmes, c’est dans son ADN, c’est dans son périmètre de valeurs défendues. Cela fait partie de nos combats fondateurs, ni plus, ni moins. Insinuer le contraire, c’est fragiliser les forces qui veulent faire avancer les choses dans ces deux domaines. Du moins les forces qui acceptent de débattre de façon objective, ouverte, bienveillante, constructive…

Cela dit, nous n’évacuerons pas un mea culpa. Il y a plus de 40 ans, un ancien rédacteur en chef du Ligueur écrivait dans le cadre d’une telle polémique (qui avait encore l’époque la chance de se développer sur un mode plus lent, non contaminé par les réseaux sociaux) : « Nous avons un principe fondamental : si certains de nos lecteurs ne nous ont pas compris, c’est notre faute. Eh oui, grandeur et servitude du journalisme ! C’est que nous n’avons pas été assez clairs dans notre démarche. » Ces mots étaient signés Marc Delepeleire qui concluait « nous essayerons de faire mieux la prochaine fois ».

À ce propos, l’idée nous trottait dans la tête au Ligueur ces dernières semaines. Ouvrir régulièrement un espace dans nos pages pour évoquer des débats suscités, notamment, par des articles écrits dans notre magazine ou sur notre site internet. Ce serait l’occasion de confronter et de multiplier les points de vue sur des points bien précis. En se posant. Loin de la frénésie toxique des réseaux sociaux. Ce projet devrait atterrir début de l’année prochaine. 

PS : si le besoin de réagir à cet article se fait sentir, n’hésitez pas. Nous avons une boîte mail que nous relevons tous les jours (redaction@leligueur.be), nous avons aussi une page Facebook (eh oui !) où vous pouvez déposer vos remarques. Ce ne sont pas les moyens de nous contacter directement qui manquent. Utilisez-les, ils sont là pour ça.

Le Ligueur