Vie de parent

Et vous les pères, parlez-nous… de vous ?

Et vous les pères, parlez-nous… de vous ?  - Thinkstock

« Je suis le chef en dernier recours »

Je suis là pour gueuler, si nécessaire, pour calmer le jeu et sanctionner. Je viens quand il y a quelque chose qui ne va pas. Quand il a besoin d’être recadré. Pas pour l’engueuler, mais pour lui faire comprendre ce qu’il ne voit pas, lui rappeler l’anticipation dans la vie. Sa maman, omniprésente, lui a déjà répété l’injonction dix fois. Moi, il m’écoute, car je suis moins présent et que j’ai un rôle assez traditionnel de chef en dernier recours. J’ai plus d’impact, en parlant peu.  Patrick, papa de Tom, 12 ans

« Je n’ai pas l’aura du père »

N’étant que beau-père, je n’ai pas voulu endosser le rôle du papa. Son vrai père a un crédit naturel. Il a l’aura du père. Moi, il m’écoute comme un ami. Ce qui ne m’empêche pas d’être le chef à la maison, mais je n’en abuse pas. Je dis juste : ‘Je n’ai pas envie qu’il y ait une mauvaise ambiance à la maison, donc je préfère que tu fasses ce que maman t’a demandé’. Romain, beau-père d’Arthur, 18 ans

« Papa vite-vite »

Un jour, mon fils m’a appelé « papa vite-vite ». Ça m’a beaucoup interpellé. Maintenant, j’essaie d’être moins dans la course. Quand je suis là, je suis là. Et j’essaie de ne pas être trop accroché à ma tablette. J’essaie de leur consacrer du temps, de leur offrir des activités qui m’ont manqué étant enfant. Gilles, papa de Timothée, 10 ans

« Mon épouse me demande de jouer le gendarme ! »

Comme nous travaillons tous les deux, l’autorité est assumée conjointement. Une répartition égale des rôles souhaitée par mon épouse. Mais lorsqu’il y a des tensions au sein de la famille, un réflexe traditionnaliste s’installe sous forme d’une injonction de sa part : ‘C’est toi le père, tu dois faire respecter les règles’ ! Stéphane, papa d’Alexandre, 17 ans, et Hadrien, 13 ans

« Je suis à la fois une mère et un père »

Je ne vois pas la différence de rôle entre le père et la mère. C’est le même rôle d’éducation, d’encadrement, de garde-fou, de protection de l’adolescent. J’ai directement été séparé de la maman, je m’occupais de ma fille quand je ne travaillais pas. Ç’aurait été différent si nous l’avions élevée ensemble, nous nous serions plus clairement répartis les tâches. Philippe, papa de Lisa, 19 ans, et d’Eva, 4 ans

« Je suis un dieu »

Pour mon fils, je suis un dieu. Je l’entends dire : ‘Mon père est plus fort que le tien’ à tout va ! Je suis une forme de modèle. Il a tendance à m’idéaliser, je m’amuse avec ça. Parfois, je joue le mauvais modèle exprès ! Éric, papa de Thomas, 12 ans

« Tire les conclusions et décide ! »

Être papa d’ado, c’est essayer d’être un ami et un guide. Éduquer, motiver pour l’école, faire passer des principes éthiques de responsabilité, de regards sur la société, sur l’humain. Lui transmettre des valeurs de respect : de l’autre, de l’environnement, mais aussi d’elle-même. Aider à se développer, mais aussi mettre des freins, établir des limites. Et tout cela est sujet à négociation. C’est ce qui change à l’adolescence : on discute des choses, on ne décide pas à sa place. On ne peut pas décider qu’elle doit bien travailler à l’école, c’est elle qui doit le décider. On peut la motiver, lui expliquer pourquoi c’est important. C’est elle qui prend ses décisions, elle veut être responsable de ses actes. Elle n’accepte plus un oui ou un non, il faut en parler. Peter, papa de Tilia, 16 ans

« Échouer permet d’avancer »

Au niveau de l’enseignement et de l’éducation, nous n’avons pas été élevés de la même manière, nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur d’onde. Carine a plus des objectifs de réussite. Pour moi, un échec n’est pas grave s’il permet d’avancer, pour autant que ce ne soit pas de la fainéantise. Nos trois enfants travaillent bien, on ne les a jamais poussés à aller plus loin. On leur dit qu’ils travaillent pour eux, que les points qu’ils ont sont pour eux, pour se faire plaisir. La contrepartie, c’est qu’ils n’ont pas l’esprit compétitif. L’avenir nous dira si cela leur porte préjudice. Bruno, papa de Lucas, 17 ans, et Clara, 14 ans

« On entre en compétition »

On se ressemble très fort. Il y a une forme de compétition qui commence à naître entre nous. Je ne parle pas de la taille du zizi (rires). Mais, par exemple, c’est à celui qui sera le plus drôle, qui fera rire la galerie. Par contre, je dois rester le chef. Éric, papa de Baptiste, 12 ans

« Au secours, ma fille est une femme ! »

Quand on est, comme moi, père d’une adolescente, il faut se rendre compte qu’il y a des hormones qui jouent chez une jeune femme. Quelle découverte ! Évidemment, nous ne sommes pas conçus pour y penser spontanément. Et comme je suis toujours le dernier au courant de tout ce qui touche à l’intimité, à la féminité, c’est sa maman qui me prévient. Il y a parfois des choses que je n’accepte pas de prime abord. Et puis, lorsque j’apprends que ‘ce n’est pas le moment’, je m’assouplis. Pierre, papa de Tania, 16 ans

« Assouplir mais pas se dédire »

À l’adolescence, on est sans cesse sur le grill. Ils enfreignent les lois, ils testent les limites, les valeurs. Et le rôle du père, au même titre que celui de la mère, est de transmettre des valeurs. Cela se fait au travers de règles et il faut la jouer subtilement, lire entre les lignes. Cela impose aux parents de constamment se repositionner par rapport à des a priori. Nous avions des recettes et nous avons été forcés de revoir notre copie. Mais c’est très subtil : ça les rassure d’avoir des parents sûrs de soi. Si on ‘flotte’, ils estiment qu’on ne leur apporte pas de réponse. Et en même temps, tu dois assouplir ton cadre. C’est ‘touchy’. Stéphane, papa d’Alexandre, 17 ans, et Hadrien, 13 ans

« Ils me trouvent ringard »

Mettre des règles et les faire respecter, ce n’est pas toujours populaire, mais c’est nécessaire. Leur rôle est de les repousser pour s’affirmer. Parfois, ils me disent que je ne les prends pas assez au sérieux, que je les charrie un peu trop. Ou alors que je suis un vieux rétrograde… Quand ils me disent ça, je ne peux pas dire que ça me fait plaisir, mais je trouve que c’est bien, ils affirment leur caractère et leur personnalité. Ils deviennent indépendants, c’est mon rôle, non ? Salvatore, papa d’Alina, 18 ans, et Théo, 15 ans

« Par l’humour, j’ouvre une porte au dialogue »

Elle déteste quand je fais des blagues sur ses petits copains, sur l’amour ou sa vie privée. Pour moi, c’est un moyen détourné d’aborder le sujet. Par exemple, lorsqu’elle rentre le soir, j’embrasse sa mère, me tourne ensuite vers elle et lui demande : ‘Et toi, as-tu déjà embrassé quelqu’un aujourd’hui ? Ah non ? Allez, viens embrasser ton père’. Je n’essaie pas de savoir à tout prix, mais j’aimerais qu’elle puisse m’en parler. Au moins, qu’elle sache qu’on peut parler de tout. Que s’il y a un problème, nous sommes là, la porte est toujours ouverte. Pierre, papa d’Elena, 16 ans

« Soit on reproduit ce que l’on a vécu, soit on le rejette »

J’ai un gros problème avec l’autorité, dans le boulot et la vie en général. Et donc, je joue difficilement l’archétype du père qui doit être le personnage sévère. J’ai plutôt tendance à être copain avec mes enfants. J’interviens quand il y a lieu de sévir, mais ce n’est pas naturel. Mon épouse est clairement plus stricte que moi. Nous nous équilibrons. Selon moi, il faut leur faire prendre conscience des limites, sans pour autant les emprisonner. Nous avons toujours laissé nos enfants très libres sur plein de choses, dans une certaine marge de manœuvre. Mais s’ils dépassent la limite, comme par exemple lorsqu’ils manquent de respect à autrui, je sanctionne. S’il y a non-respect des limites, il y aura une punition mais qui doit être réaliste dans sa nature et dans la durée. Sinon, ils chercheront une voie alternative pour contourner l’interdit. Il faut les conscientiser : en les laissant libre, je les rends responsables de leurs actes. Bruno, papa de Lucas, 17 ans, et Clara, 14 ans

« Il a franchi une étape » 

 Il y a quelques mois, j’ai rejoint ma compagne et mon fils dans un magasin de musique. Bertrand devait choisir une batterie et discutait avec le vendeur. Ils discutaient d’égal à égal. Pour moi, ils parlaient chinois. J’étais plus que périphérique. J’étais complètement largué. Je me suis dit : ‘Là il m’échappe, il a franchi une étape !’. Je me sentais mitigé : j’étais à la fois content, car ça montre qu’il grandit, et je ressens une certaine fierté de voir qu’il grandit bien. Mais il est déjà si grand et c’est passé si vite… Gilles, papa de Bertrand, 13 ans

Stéphanie Grofils et Caroline Van Nespen

EN BREF

Comment faire autorité autrement ?

La figure du père autoritaire, qui empêche son fils de devenir un homme ou sa fille d’avoir une vie amoureuse, est révolue depuis trente ans, en tout cas dans la culture occidentale. Aujourd’hui, le père n’a plus de repère, ni de modèle. Il se demande comment faire autorité autrement. L’argument du « parce que je suis ton père » ne fonctionne pas. Il ne recevra qu'un joli bras d’honneur. Il doit faire autorité naturellement, parce que son fils ou sa fille lui reconnaît une position de référence, de conseil, de maturité ou de soutien, et plus un argument de droit divin. Le père contemporain n'a plus comme arme que sa capacité à convaincre. Il doit négocier, argumenter, expliquer le bien fondé des limites qu’il pose. Il ne peut plus les imposer. Il doit convaincre, en s'adaptant au tempérament, à l'âge et au sexe de son ado, car les filles sont plus mûres plus tôt que les garçons.

AUTANT SAVOIR

Une maison pour adolescents à Bruxelles

Un projet pilote de maison pour adolescents AREA + est inclus dans le projet de réhabilitation des Jardins du Dieweg, à Uccle. Il ambitionne d’envisager l’adolescent sous toutes ses facettes et dans toute sa complexité. Soutenu par un panel de spécialistes de l’adolescence, ce centre d’accueil vise l’accompagnement des adolescents en souffrance dans un espace qui réunit un ensemble de compétences transversales. Plus d’infos sur www.areaplus.be

À LIRE

Ainsi soient-ils ! À l’école de l’adolescence, de Philippe van Meerbeeck, aux éditions De Boeck : un ouvrage qui aborde les grandes questions qui hantent les ados. L’amour, le sens de la vie, la différence sexuelle, l’identité, l’angoisse, le suicide, l’échec scolaire, la violence, la drogue…

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