3/5 ans

Être l’aîné, pas si confortable !

Isabelle nous écrit : « Ma fille aînée qui a 6 ans et demi est persuadée que je préfère son frère âgé de 3 ans et demi. Depuis qu'il est né, sa vie semble être un enfer. Elle ne se lasse pas de lui dire qu'elle ne l'aime pas, voire qu'elle le déteste… ». L'aîné occupe une place de premier choix. L'arrivée d'un cadet ne va-t-elle pas mettre en péril cette place de choix ? Histoire d’une rivalité fraternelle vieille comme le monde…

Être l’aîné, pas si confortable ! - Thinkstock

À la naissance du premier enfant, le couple devient parent pour toujours. Quel changement ! Ce premier enfant est porteur de tous les souhaits, attentes et projets de ses parents. Avec lui la transmission démarre. Un héritier est né. Sûr qu'il va être le plus grand, le plus beau, le plus fort.
Mais c'est aussi pour ce premier enfant que les parents se posent le plus de questions : va-t-il être en bonne santé ? Va-t-il enfin passer la nuit, avoir un jour des dents, se mettre à marcher, à parler, à bien travailler à l'école ? Non seulement il faut combler les parents, être ce bébé merveilleux tant attendu, mais aussi les rassurer et grandir le mieux et le plus vite possible.
Puis un jour vient ce cadet qui n'a pas l'air de susciter tant de questions, qui a l'air tellement plus cool, qui fait sourire sans crainte les parents. Normal qu'il suscite l'envie chez son aîné. Et puis, il y a tout ce que les parents ont raconté pendant la grossesse : « Tu vas avoir un petit frère ou une petite sœur. Tu vas voir, cela va être génial, tu auras un copain ou une copine pour jouer. C'est tellement bien de ne plus être tout seul à la maison ! »
Pff, pas vrai tout ça ! Cette petite crevette qui vient de naître n'a rien d'intéressant : ça pleure, ça dort, ça mange. Tout le monde n'a d'yeux que pour ce bébé, l’aîné n'existe plus. La maman l'a tout le temps dans les bras et n’a plus le temps de donner un câlin soi-disant parce qu’on est grand et qu’on sait faire des tas de choses tout seul. Pas étonnant que notre aîné ait du mal à croire que papa et maman l'aime toujours.
Isabelle, notre lectrice, nous raconte encore : « Ma fille semble particulièrement satisfaite quand son petit frère se fait punir ou quand il pleure. Je lui réponds qu'elle n'est pas obligée de l'aimer, mais que, comme il fait partie de notre famille, il a le droit d'avoir une place, tout comme elle. Cette réponse semble sonner pour mon aînée comme une confirmation que le petit est effectivement le préféré… »

Nous rêvons tous d’être l’unique pour l’autre

À chaque naissance, l'enfant désire être unique, comme nous désirons être l'unique amour de notre conjoint. Si notre compagnon (ou compagne) rentre un soir en nous disant qu'il (ou elle) nous aime beaucoup, mais qu'il (ou elle) en aime un(e) autre tout autant, qu'il (ou elle) va se partager équitablement entre les deux, pas sûr que cela nous plaise.
À l'arrivée d'un plus jeune, l'aîné craint de perdre sa place, tant dans le cœur de ses parents que dans la maison. S'installent alors la jalousie, la rivalité et l’aîné va se comparer plutôt qu'être lui-même.
Les enfants doivent construire et donc défendre trois territoires. Le territoire physique : le corps - en se bousculant, en s'empoignant -, la chambre ou tout autre lieu. Le territoire émotionnel : l'amour des parents, des frères et sœurs. Le territoire cognitif : les apprentissages, la créativité, les idées.
À chacun de ces territoires correspond une série de besoins. Le respect, le besoin de s'isoler, de fermer la salle de bain, d'avoir son coin personnel pour le territoire physique. Le besoin d'être reconnu sans craindre les railleries lors de ses élans affectifs pour le territoire émotionnel. Le besoin d'être reconnu dans ses talents, ses idées, ses projets pour le territoire cognitif.
La construction de ces territoires passe par de nécessaires confrontations et les frontières devront bien souvent être reprécisées. Dans ces disputes, discussions et débats, l'enfant prend conscience qu'il n'est pas seul, que l'autre aussi a droit à ses territoires et qu'il va falloir les respecter si on veut soi-même être respecté. Partager, c'est définir sa place et laisser la place à l'autre. Les parents voudraient niveler les rivalités et gommer les différences, source des conflits incessants. Or, ce sont précisément ces conflits qui permettent à l'enfant de réaliser que sa liberté s'arrête où commence celle des autres.

Mireille Pauluis

En pratique

  • Évitez la comparaison : la compétition est le lot du fraternel, mais la comparaison entraîne la dévalorisation de l'un au profit de l'autre.
  • Soutenez les différences et compétences de chacun de vos enfants, vous renforcerez ainsi la conscience qu’ils ont d’eux-mêmes.
  • Consolez-vous : les enfants reconnaissent très vite les manières d'être de chacun dans la famille - le bricoleur, le bout en train, le tendre, l'intello, l'astucieux - ce qui ne peut que vous faciliter la tâche.
Sur le même sujet

Familles recomposées : comment chacun s’y retrouve…

Il y a les familles avec des ados, des enfants très jeunes ou qui ont de grands écarts d'âge. Il y a les grandes familles qui deviennent encore plus grandes, des enfants uniques qui se retrouvent soudain à deux ou à beaucoup. Certaines se voient doubler en nombre pour un week-end ou pour une semaine. D'autres ont les enfants des deux anciens couples qui ne se voient que rarement. Comment ça se passe entre enfants dans ces nouvelles familles faites de vrais, de demis, de quasis ou de pas du tout… frères et sœurs ?

 

Familles recomposées : ne léser personne !

« Pour vivre harmonieusement dans des familles aussi complexes que les familles recomposées, il faut absolument être bien équilibré psychiquement, annonce d’emblée Mireille Bergiers, médiatrice familiale et avocate. Ce qui va influencer le fonctionnement de la famille tout entière, ce sera la maturité des adultes ». À eux ensuite de gérer les valeurs éducatives des uns et des autres en veillant à ne léser personne.

 

Dur d'être grand quand… on est petit

Robert Wadlow était le plus grand homme du monde ! À 22 ans, il mesurait 2m72 et, à 5 ans, 1m63. Quelle souffrance ! Il a toujours été le plus grand partout. Toujours au dernier rang en classe, en fin de file à la gym. Robert et ses parents devaient supporter souvent les railleries du genre : « Un si grand garçon qui ne parle pas encore ! Et toujours avec sa tétine... »

 

Frères et sœurs, si près… si loin

Vêtements, sorties, argent de poche, télévision, ordinateur… tout est prétexte à discussions et à comptes d’apothicaire. Chaque enfant défend sa chapelle et se compare à son frère ou à sa sœur, à qui on passe tout, bien sûr ! À tel point que vous, parents, finissez par douter de votre impartialité à leur égard. Comment satisfaire chacun selon son âge et sans inégalités ?

 

Un deuxième enfant ? Oui, mais quand ?

Donner un petit frère ou une petite sœur à son aîné, en voilà une belle idée ! Mais à quel moment faut-il le faire ? C’est une question que bien des parents ont eu à se poser ou se posent. A priori, le timing n'est jamais bon, la faute à tout un tas de paramètres… ou de prétextes.

 

Un petit frère, une petite sœur… quand on a 16 ans

L'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur est toujours un événement qui chamboule la vie de famille. Souvent, les parents se posent la question de savoir comment l'aîné(e) va réagir et se comporter. Cette fois-ci, le Ligueur a pris le sujet à l'envers et s'est intéressé à de nouveaux ou futurs grands-frères et grandes-sœurs un peu particuliers : des ados âgés de 16 à 18 ans.

 

Aîné performant et cadet rebelle

Existe-t-il des traits de caractères propres aux aînés et aux cadets ? « Oui ! » répond le pédiatre Marc Sznajder en se basant à la fois sur ses observations, sur des témoignages de parents et sur des études scientifiques. À découvrir dans l’ouvrage Les Aînés et les cadets aux Éditions Odile Jacob.

 

Avoir une sœur rend plus heureux

La psychologue Maryse Vaillant, coauteur avec Sophie Carquain de l’ouvrage Entre sœurs (Albin Michel), commente les résultats d’une étude irlandaise selon laquelle les sœurs nous aideraient à exprimer nos émotions et à accéder ainsi au bonheur. Vraiment ?

 

Tous jaloux, nos loulous ?

Ils ont systématiquement envie de jouer avec le même jouet et veulent parfois leurs parents pour eux tout seuls. Oui, les frères et sœurs peuvent être jaloux, ils le sont même très souvent. Mais en tant que parents, on peut calmer le jeu.