Vie de parent

Études supérieures :
il/elle est à la maison

« Hé, ho, ici, c’est pas l’hôtel, hein ? ». Quoi qu’il en soit, vous allez finir par la prononcer cette phrase. Même si tout se passe bien avec votre jeune étudiant·e d’enfant. Les va-et-vient, les pieds sous la table, le trois pièces-cuisine familial comme salle de conférence ou en after… La rhéto n’est plus qu’un lointain souvenir, les règles s’assouplissent, mais il y a autre chose à respecter. Quoi ? La vie sous le même toit.

Études supérieures  : il/elle est à la maison

AU BOULOT

Gros dilemme qui habite la plupart des parents interrogés. Les études supérieures, c’est d’abord la responsabilité des jeunes, pas vrai ? Facile à appliquer quand ils ont quitté le nid. La distance est plus facile à trouver. Mais quand on les a sous le nez au quotidien ? Difficile de leur laisser la totale maîtrise. Vous avez beau faire quelques pas de côté et mettre des œillères, impossible de ne pas remarquer qu’il est rentré au petit jour ou qu’elle se lève vers 14 heures.

Grosse surprise de ce dossier, les étudiantes du service d'inscriptions de l'ULB nous ont appris qu’il semblerait que les jeunes filles ont une entrée en matière moins facile que leurs homologues masculins. En cause ? Le manque d'assurance. Là où les jeunes hommes s'approprient plus aisément le bâtiment, copinent, intègrent des groupes et trouvent leurs marques, les jeunes filles seraient moins à l'aise.
Le parent doit-il intervenir ? En favorisant, par exemple, les relations amicales. Un petit : « Venez travailler ensemble à la maison si ça vous dit ? Je ne vous dérangerai pas » peut débloquer pas mal de choses. S’il est évidemment hors de question que vous lui preniez la main et l'emmeniez dans l'enceinte du campus, vous pouvez en revanche user de relations auprès de la cousine qui a un an de plus et qui peut jouer les guides. Intervenez, mais le plus discrètement possible.

Nos p'tits gars sont donc plus vite à l'aise. Mais, paradoxalement, jettent plus facilement l'éponge. Dommage quand on sait qu'une année d'études coûte pour chaque famille en moyenne entre 8 000 et 10 000 € nous apprend la FEF. Les causes du renoncement ? La charge de boulot, une mauvaise orientation, etc. Fiers à bras, oui. Mais d'apparence seulement. Gardez en tête qu'ils ont besoin d'être accompagnés, informés, orientés et, dans ce domaine, les familles jouent un rôle clé.
La solution préconisée par l'ensemble des personnes interrogées : désacraliser les apprentissages. C'est-à-dire que l'on parle bien volontiers du programme jusqu'à la fin du secondaire et, une fois le supérieur enclenché, plus rien. Les parents se sentent dépassés. Si toutes les familles ne sont pas logées à la même enseigne, rien ne les empêche de discuter du planning, des examens prévus, des différents modules, de la façon dont votre garçon prévoit de s'organiser. Sans être intrusif, juste pour être certain que le pied soit bien mis à l'étrier. Et que faute de galoper, ça trotte tout du moins.

À TAAAABLE

Ils sont grands maintenant vos enfants et vous le savez. Votre tâche consiste donc à lâcher un peu la bride. Mais gros hic : l’incompatibilité des emplois du temps au quotidien. Votre étudiant·e vit sa vie. De votre côté, il faut bien faire tourner la marmite. Grand classique dans beaucoup de tribus : au moins respecter l’heure du souper. Ou au pire : « Au moins un petit lunch en famille une fois par semaine ». Comment faire pour éviter que son enfant - libre comme l’air - ne vienne se mettre les pieds sous la table tous les soirs comme une fleur ou, pire encore, de se trouver seul·e face à une jolie table dressée, agrémentée d’un repas chaud que votre fantôme d’étudiant·e n’honorera pas, en dépit de vos appels répétés ?

 Bien sûr, nous en avons discuté avec parents et étudiant·e·s. Et si nous sommes tout à fait d’accord qu’il est caricatural de ramener ça à une question de genre, en creusant la question, il existe (encore) quelques petites différences d’après nos témoins. Il semble que les jeunes femmes aient un sens plus aigu du vivre ensemble au quotidien. On nous dit même que généralement, elles savent « jusqu’où ne pas aller trop loin ! » pour éviter le conflit.
Dans l'ensemble, les parents interrogés ne semblent pas se plaindre de la présence aux repas, de la participation aux tâches quotidiennes et même de la responsabilité des plus petits de la fratrie, nous rapporte-t-on. Chez certains, la crainte est même à l’inverse. Vous êtes quelques parents à redouter que la participation des étudiantes aux tâches ménagères ne les éloigne de leur labeur universitaire. Surtout quand la fratrie est nombreuse. Et vous avez raison : n’oublions pas qu’être étudiant, c’est un métier.

Passons aux mecs. Pour qui le sentiment général des parents est quasi unanime : un étudiant à la maison n’a jamais vraiment les deux pieds sous le toit familial. Leur conseil : établir des règles claires. Pas de souper ? Julius doit prévenir. D’abord par égard pour le reste de la famille, puis pour éviter de s’inquiéter.
Mauvaise nouvelle (pour lui ou pour vous ?) : même à plus de 18 ans, on continue à parfaire sa conduite. N’oublions pas que la convivialité est essentielle dans la construction de son autonomie. Une relation d’égalité, ça ne tombe pas tout cuit dans le bec. C’est autour de la table que vous l’associez aux décisions communes, c’est là où il peut donner son avis, se livrer, argumenter. Oui, il va faire ses armes sans prendre le risque d’entrer dans la grande aventure de l'indépendance. Paradoxalement, c’est en passant davantage de temps ensemble que vous allez apprendre, l’un et l’autre, à trouver la bonne distance.

LE NID

Qui dit espace intime, dit chambre. Ou pour les mieux lotis, l’aménagement d’un petit grenier ou d’une cave, voire d'une dépendance. Peu importe le cadastre, faisons-y un détour. Se transforme-t-elle, cette chambre, avec le nouveau statut de votre enfant ? Oui, répondent les parents. Elle est devenue plus qu’un simple endroit où l’on dort. Elle s’est muée en une sorte de lieu de vie. Soit un endroit propice à la construction de l’autonomie de notre petit·e rhéto devenu·e étudiant·e.

Conseil unanime des parents : évitez d’y entrer sans frapper ou sans vous annoncer au préalable. Pourquoi ? Pour son intimité, mais pas seulement. Beaucoup de ses copains et copines vivent la grande aventure de l’autonomie et même si votre grand·e goûte aux joies du confort de papa-maman, gardez en tête que c’est toujours un peu déshonorant d’habiter chez ses parents à cette période de la vie.
Vous aurez beau lui dire, il/elle ne comprendra pas. Le presque adulte est censé humer la pleine liberté. Ce qui veut dire que le désordre, c’est son affaire. Son antre, c’est son territoire. À lui, à elle, de gérer son pré-carré comme il/elle l’entend. Ce qu’ont fait certains parents, c’est qu’avant la rentrée à l’université, ils ont donné un aspect « petit kot » à la chambre. Canapé, table basse, espace de travail… certains poussant même jusqu’à l’installation d’un petit frigo.

Il semblerait que nos jeunes mâles soient plus propices à étaler les conquêtes et qu’ils éprouvent moins de gêne à l’égard de leurs parents. Chacun vit comme il l’entend. Une recommandation toutefois : rappelez au détour d’une conversation sur les rapports intimes qu’en cas de grossesse, c’est 50-50 et c’est autant l’affaire de votre enfant que de sa partenaire. Car oui, ça se fait à deux. Une évidence que beaucoup de jeunes hommes ont du mal à mémoriser…

AU JOUR LE JOUR

Vous connaissez le Ligueur, on n’y boude jamais le plaisir d'essaimer de bonnes nouvelles. En voici une que les parents, les étudiants eux-mêmes et les spécialistes interrogés nous apprennent : la majorité des grands enfants entretient de bonnes relations avec ses parents au moment des études. Pourquoi donc ? Les parents ont un rôle plus en retrait. Ils sont un sas, un repère hors de la vie estudiantine qui est tout de même un peu à l’abri de la réalité du monde. Et là-dedans, même s'il aime deviser tolérance et valeur universelle, le parent joue aussi un rôle très concret, sans vraiment de contrepartie.

En quoi consiste ce rôle très concret ? D'abord héberger, entretenir, nourrir, veiller aux soins de santé. Et pour le reste ? Tout ce qui est vêtements, transports, achat de matériel ? Ouf ! Et le budget, là-dedans ? Une solution de plus en plus courue, jober pour se payer les à-côtés, type ordi, sorties, voyages, etc.
Pour les familles les plus ric-rac, il existe des aides financières appelées aides extérieures qui vont servir à alléger les parents financièrement. Pour cela, une demande doit être introduite chaque année par internet via un formulaire en ligne, au plus tard le 31 octobre. Tous les renseignements sur le site allocations-etudes.cfwb.be.
Autre bon plan pour les familles qui ne bénéficient pas de bourses, ni d’aucune autre forme d’allocations, le Conseil Social pour les hautes écoles ou le Service social des étudiants (SSE) dans les universités octroient des aides financières non remboursables. La demande peut donc se faire auprès de l'assistante sociale de référence avant le 31 mars de l'année en cours. Si la demande est acceptée, votre enfant peut donc bénéficier d'une aide financière calculée sur base de son année d'études en fonction de votre situation financière. Beau petit coup de pouce, pas vrai ?
De quoi glisser à votre enfant que vivre chez ses parents, c’est évidemment moins rock’n’roll que la vie en kot ou en communauté. Mais ça peut être une chance aussi. Celle de pouvoir construire son identité, son autonomie dans un cadre protégé et validé par sa famille. Beaucoup d’étudiant·e·s en 1re année nous ont confié derrière les palissades qu’il ne se passe pas une journée sans qu’ils/elles ne pensent au cadre ronronnant et tellement rassurant de chez papa-maman. Et pour ne pas mentir, il est vrai que la question du frigo rempli revient beaucoup sur le tapis… La sempiternelle reconnaissance du ventre.

► « Les jeunes ont envie de sens » : 
Laurent Belhomme, responsable de PsyCampus à l'ULB 

En préparant ce dossier, les étudiants, filles comme garçons, nous ont donné l’impression qu’ils n’avaient pas trop envie de sortir de chez leurs parents.
Laurent Belhomme : « Si je devais comparer à il y a vingt ans, au moment où je suis entré chez PsyCampus, j’observe que les jeunes d’aujourd’hui ont du mal à s’engager dans la société. Ce n’est pas un manque d’idéal. Ça, ils en ont. On leur doit l’architecture de la plateforme citoyenne, ce sont eux qui bougent en manif, par exemple. Ils sont au taquet, ils sont prêts à se mouiller. Seulement : ‘J’ai 19 ans. J’ai des valeurs. Mais cette société est insensée. Je n’ai pas envie de faire partie de tout ce bazar’. Ils ont envie de sens. Plus que jamais. Et ils ont l’impression que la société ne veut pas de ça. Aujourd’hui, la caricature de l’étudiant, c’est ça : ‘Dans quoi je peux croire ?’. Tout ce détour pour dire qu’ils ont du mal à sortir de chez eux, non par confort, mais simplement parce que tout est tellement peu emballant, vide de sens, qu’on est sorti de cette envie de s’émanciper par le travail. La confusion vient de cet écart entre le discours et les actes. Encore plus incompréhensible à cet âge de la vie. Ils grandissent dans une Europe populiste dont les idées et les actions glissent complètement sur eux. Ils se définissent donc contre des idées. Contre un principe. Heureusement, d’ailleurs. Ils sont jeunes et leur quotidien ne fait que leur démontrer que l’on a tout intérêt à aller vers l’autre. C’est d’ailleurs vers ça que le parent doit les pousser. »

Comment les parents peuvent-ils les aider en cette grande période de confusion ?
L. B. : « Avant toute chose, que les parents gardent toujours à l’esprit que la priorité, ce sont les études. En se montrant d’abord compréhensifs. Non, les études ne sont pas justes. Elles ne sont jamais vraiment objectives. Le grand mot si galvaudé de bienveillance, il va falloir le mettre en application. Il faut également être conscient que le discours un peu facile de l’égalité des chances n’a pas vraiment sa place sur le campus, autrement qu’en théorie. Et d’ailleurs, je la trouve un peu moche cette idée pour ceux qui triment. Est-ce que ça ne leur rajoute pas une pression supplémentaire ? Ne devrait-on pas leur dire au contraire : ‘Ça va être dur et il va falloir deux fois plus de courage, mais la victoire aura alors deux fois plus de saveur !’. Mais c’est parfois difficile, et particulièrement pour les étudiants d’origine étrangères, qui doivent parfois faire le grand écart entre les habitudes et les coutumes de leur famille et celles qui ont cours sur le campus.  Par ailleurs certains étudiants doivent assumer des responsabilités plus importantes que d’autres :  une grande sœur qui va s’occuper du reste de la fratrie, un grand frère qui bosse et envoie de l’argent au pays tout en finissant ses études. Là, oui, c’est très dur. Parce que les études, ça se mène en groupe. C’est ardu, voire irréalisable, de réussir seul. Si on trébuche, difficile de se rattraper. En cas de problème, c’est ensemble, d’abord avec les copains, qu’on contourne le problème. Et ça, les parents doivent le savoir. Ils doivent pousser leur petit à devenir un animal social. »

Et l’animal social ne peut-il pas tendre la main à ses ami·e·s moins bien lotis ?
L. B. : « Ce serait formidable que l’on fasse passer ce message-là, en effet. Et auprès des parents et auprès des étudiants. Inviter un copain en difficulté à la table familiale, l’aider à rattraper les cours qu’il a manqués parce qu’il bosse, le soulager, le guider, lui signifier qu’il n’est pas tout seul, qu’il est soutenu… ça a un impact au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Voilà ce que tous les parents devraient avoir dans le viseur : faire gaffe. Les études supérieures, c’est un mélange social, un magma culturel. C’est ça, grandir et évoluer dans la société. C’est savoir se mélanger et décaler sa vision du monde. Peut-être que c’est une bonne façon aussi pour les parents de trouver le juste milieu, la juste distance avec leurs propres enfants en s’ouvrant également au monde qui entoure leur petit. C’est de toute façon un cercle vertueux pour tous. »

 

Yves-Marie Vilain-Lepage

Bon à savoir

Bougez-les

Nos jeunes ne bougent pas assez et beaucoup d’entre eux - principalement les filles - cessent toute activité sportive une fois sur les bancs de la fac. Si vos enfants ont déjà accès à ce type d’infos, que ça ne vous empêche pas d’insister. Le statut d’étudiant offre plein d’avantages, dont un génial : faire du sport à outrance. Que ce soit la carte de sport, les tarifs préférentiels pour les salles pour se faire de beaux muscles, l’allègement financier de votre mutuelle sur les inscriptions en club... Sans compter les nombreux groupes de sport sur le campus et les organisations étudiantes via les réseaux sociaux.
Vous trouverez aussi plein d’infos sur le site de l’Association sportive de l'enseignement universitaire et supérieur.

ZOOM

Et ceux qui bossent, tiens ?

D’abord un chiffre : selon l’ONSS, les étudiant·e·s sont de plus en plus à bosser - plus de 500 000 étudiants en tout -, soit + 70 % en cinq ans. Et de plus en plus à travailler toute l’année. Ces chiffres sont liés à l’assouplissement de 2012 pour permettre aux étudiant·e·s de travailler davantage.
Selon la Fédération des étudiants francophones (FEF), presque la moitié le fait pour financer en tout ou partie ses études. Si c’est incontestablement la meilleure façon de se sentir à l’aise dans l’impitoyable univers professionnel, c’est très dur de cumuler un job et ses études, comme nous le détaille ci-contre Laurent Belhomme.
Maxime Mischiels, président de la FEF, explique, lui, que la solidarité familiale n’est plus suffisante. Conséquence de quoi, les étudiant·e·s doivent trouver des sources de revenus complémentaires pour payer leur minerval. Les dépenses étudiantes ne sont pas plus chères, mais les à-côtés ne cessent d’augmenter. Cela pèse lourd sur les épaules d’un·e jeune de cet âge.
Mais alors, que faire ? D’abord, soutenir son enfant. Comprendre que pour lui, c’est difficile et toujours bien se soucier du tempo qu’il mène. Ensuite, bien se renseigner auprès du CPAS (attention aux réponses et décisions, parfois différentes d’un centre à l’autre). Même loin d’être suffisants pour pallier les différents frais d’un étudiant, ces aides du CPAS apportent une relative stabilité financière. La FEF de son côté milite pour un refinancement structurel de l’enseignement supérieur afin d’améliorer la mixité sociale tout en réduisant le coût de la vie étudiante.

En pratique

Quelques précieuses adresses :

inforjeunes.be
Réseau wallon de lutte contre la pauvreté
Fédération des étudiants francophones et Union des étudiants de la communauté française
CGé qui donne un coup de pouce aux jeunes quelles que soient leurs difficultés.
► Le guide de l’étudiant, propre à chaque campus.

À lire

Pour un accès aux études supérieures plus juste et inclusif une analyse du Service études de la Ligue des familles.