Vie de parent

Études supérieures : il/elle est en kot

Si le chapitre à lamaison s’apparentait au quotidien d’un animal en captivité, ici, il serait question du même... en milieu naturel. Ah, la liberté totale, cette senteur unique. Précieuse. Enivrante. Trop ? Oui, très vite. Et trop souvent. Justement, on fait le tour pour limiter un peu les dégâts. Que ça vous plaise ou non, figurez-vous, parents, que là encore, vous avez toujours un rôle à jouer. Si minuscule et lointain soit-il. Le mot d’ordre ? Être présent sans l’être trop. Tout un art.

Études supérieures  : il/elle est en kot

AU BOULOT

On l’a vu dans le chapitre précédent : « organiser » son étudiant pour qu’il se mette au boulot sous le toit, c’est déjà coton. De loin, ça pêche… mais ce n’est pas impossible. Évidemment, tout le boulot repose sur ses épaules. Comme on le répète souvent au Ligueur, votre rôle consiste essentiellement à observer et encourager. Et vous allez voir que c’est déjà une sacrée paire de manches.

 Petite remarque de quelques professeurs rencontrés sur le terrain : cette fois, ce sont les garçons qui seraient les plus timorés. Dans un domaine bien précis : le fait de demander de l’aide ou de simples précisions aux profs ou à leurs assistants. Tiens, tiens, qu’est-ce qui les freine ? L’autorité ? La peur d’un excès de zèle ? Une fierté déplacée ? Les théories sont nombreuses. Certains jugent nos petits hommes trop impressionnables. D’autres l’associent à une certaine forme de je-m'en-foutisme.
Rien ne vous empêche de glisser à vos garçons que les profs adorent répondre aux questions et, plus encore, nous ont-ils confié tendrement, rencontrer leurs élèves et mieux les connaître. Et si c'était la clé de ce dossier : le secret du supérieur, c’est peut-être tout simplement d’aller vers l’autre.

 Nos gentes dames s’autoproclament « stressées ». La frousse de ne pas réussir ne les quitterait pas. Certaines se sentent débordées par l’offre « très riche et variée » de la vie estudiantine et ont le sentiment qu’il faut réussir sur tous les plans. Être une super-copine, être cool, avoir de bonnes notes, faire partie de cercles, se rendre aux concerts, préparer son avenir… Ouf !
Et si vous les apaisiez un peu, ces jeunes femmes ? D’abord en leur disant que c'est leur siècle pour de bon. Et que les injonctions incessantes qui consistent à les voir réussir sur tous les plans appartiennent à la vieille école. Rappelez que les règles pour un bon blocus peuvent être simples en réalité : une bonne préparation, une bonne ambiance de boulot, une alimentation correcte et un sommeil suffisant (voir zoom).
Si vous les sentez vraiment perdues, rappelez-leur qu'il existe des services de soutien aux études sur inforjeunes.be ou encore lattitudejeunes.be. À privilégier aussi, le principe de tutorat sur les campus. On peut mentionner de très bonnes initiatives comme les kots à projet, le SupportKot de Louvain-la-Neuve est un exemple parmi d'autres. InFOR-Études à Bruxelles pullule de conseils. Une preuve de plus que chaque difficulté de travail peut se dépasser en groupe.

À TAAAABLE

S'il existe des lecteurs qui se souviennent de leur gastronomie estudiantine avec nostalgie, qu'ils se manifestent. Oui ? Vous êtes peu nombreux. Quoi de plus normal, puisque la façon de s’alimenter d’un·e étudiant·e, c’est un peu les portes ouvertes de la malbouffe du quotidien. À part égale chez les filles et les garçons ? Oui, figurez-vous.

 Nos jeunes femmes si mirifiques, si élégantes, si soucieuses de leur ligne dictée par le diktat du patriarcat, se laissent tout autant aller aux nombreuses crasses que leurs homologues masculins. Crasses dont raffole de manière générale l’homo studiare. Quelques recommandations très simples peuvent être délivrées à nos grandes filles. Comme leur dire de fuir les régimes en tous genres. Expliquez qu’ils sont le plus souvent contre-productifs. Petite chose toute bête qui cause bien des dégâts chez nos étudiantes : dites-leur de ne pas compter les calories. Cette manie pourrait les conduire à ne pas perdre de poids et même à se retrouver anémiées. Toute évidence est bonne à rappeler : étouffez vos allusions sur leur poids. Ça n'aide jamais à devenir mince et ça colle une terrible pression qui peut causer beaucoup de dégâts.

 Petite maxime estudiantine : « Penser à s’alimenter, c’est déjà pas mal »… et le faire, c’est mieux ! Un mot de plusieurs étudiants qui revient régulièrement : « La liberté, c’est manger ce qu’on veut ». Bon, c’est là où il faut intervenir avec subtilité. Par exemple, jouez-la parents modernes et glissez-leur la petite adresse imparable qu’est ifeelgood.be qui permet de télécharger des listes de courses spécial koteur, assez saines et faciles à mettre en plat. De plus, elle regorge d’applis pour sauter le pas.
Et pourquoi ne pas faire ça à plusieurs ? Cuisiner avec et pour les copains, quelle économie ! Vous pouvez même rappeler que moins de viande, moins de sodas, moins de crasses, c’est une facture moins lourde, une meilleure santé et moins de dégâts pour la planète, vu que nos gamins, eux, sont très sensibles à ce genre d'arguments. Enfin, rien ne vous empêche de leur concocter quelques plats pour la semaine. Ils feront mine de rechigner, mais imaginez leur bonheur quand ils avaleront tout ça en meute, agrémenté de « Wouah, ils déchirent tes parents ». Ce n’est jamais désagréable d'être un parent populaire…

LE NID

On aborde un aspect délicat. Encore un. L’antre qui leur sert d’habitat. Vous le savez à l’avance, ce n’est pas toujours glorieux. D’abord, pour les questions d’ordre domestique. Où dresser une comparaison avec la jungle ne serait pas sympa pour le monde animal. Ensuite, plus insoluble, le fait que la population estudiantine augmente et que l’offre de logements ne suit pas. Résultat : beaucoup trop de kots sont insalubres mais se louent quand même. À ce propos, vous pouvez commencer par encourager vos enfants à grossir les rangs des associations étudiantes de lutte pour la défense du droit à un logement décent, très présentes sur les différents campus du pays.

 Si les clichés ont la dent dure - celui de l’étudiante maniaque et de son pendant masculin un poil, voire carrément, dégueulasse -, c’est bel et bien de l’ordre de la fable. À un détail près : le pipi sur la cuvette. Les jeunes filles qui vivent en compagnie de jeunes hommes usent de la même formule à chaque fois : « Ça fait péter les plombs ». L’occasion de leur apprendre à communiquer en situation de crise. Et comme chaque petit tracas quotidien est source d’apprentissage, c’est là où vous pouvez intervenir.
Vous pouvez conseiller à votre fille de ne pas mordre tout de suite, sans quoi le ton monte et les rapports peuvent vite devenir vénéneux et pourrir l'ambiance. Que peut-elle faire ? Signaler, d’abord, sur un air de « Tiens, les gars, je constate que la cuvette est encore imbibée d’urine ». Là-dessus - très zen -, elle peut compléter par un apaisé : « C’est quand même pas très classe. Vous vous prétendez pour l’égalité des genres, mais ça, ça commence par le fait de faire gaffe à l’autre, pas vrai ? ». Et paf, elle énonce une solution : « Et si vous mettiez vos théories en application et que vous faisiez pipi assis, vous aussi ? ». Ce type d’attitude se décline même pour toute corvée quotidienne, abus en tous genres, type fêtes à répétition, musique à plein tube, relations de groupes, courses, etc.

 Nos petits cradingues ne sont pas en reste. Gros problème, l’effet de bande. C’est tout de suite qu’il faut partir du bon pied et inculquer un peu de méthode pour éviter que le kot ne finisse sous un amas de déchets, jonché de bouteilles vides et de rats qui rallument les mégots de pétards.
Comment jongle-t-on entre les cours, les tâches quotidiennes, les teufs et les milliards de sollicitations de la vie étudiante ? Pourquoi ne pas proposer d’élaborer un gigantesque planning ? « Le 22, colloque sur Socrate, le 23, anniversaire de Bijoux, le 24, réunion de l’association de droit au logement », etc. Et juste à côté, un tableau des tâches. Comme vous l’avez peut-être établi à la maison. On sait quel jour on sort les poubelles et qui doit le faire. On se partage la vaisselle ou encore les courses. On peut même établir une cagnotte et noter qui a dépensé quoi.
Enfin, l’autre point de division : le partage du frigo. Rien de mieux que se répartir les étages et de mettre en commun - grâce à la cagnotte, tiens - toute ce qui est vinaigrette, ketchup, mayo, beurre, etc. Pour les bières, qu’ils se débrouillent. Là encore, jouez les parents modernes. Il existe une page Facebook - enequilibre.cmp - pour les jeunes et par les jeunes qui revient sur tous ces points dans le détail.

AU JOUR LE JOUR

« Allez, viens, dis, tu bosseras plus tard, on va boire un verre, là ». Elle est sympa cette phrase. Mais elle cause pas mal de torts depuis plusieurs générations. On ne va pas vous apprendre que les études ne vont pas sans leur lot mémorable de guindailles. C'est paradoxalement ce qui constitue les meilleurs souvenirs, mais qui perd également le plus de jeunes gens. C'est tout le problème. Trop éculé de dire : « Fais gaffe, hein ? » et trop léger de dire : « Allez, amuse-toi bien et profite ». Le bon chemin serpente toujours entre les deux voies.

 Tout le petit univers étudiant insiste là-dessus : n'importe qui peut se perdre dans le rythme effréné de l'artifice qui rend factice. Que peut faire le parent là-dedans ? Faire des incantations pour que tout se passe bien ? Pas que. Une info revient dans tous les récits : c'est dès le départ que tout se joue. Au cours de ce premier trimestre.
Avant toute chose, ne jouons pas les innocents. Expliquez qu'il y aura de l'alcool, qu'il y aura peut-être même des drogues. Et si c'est banal, voire bien vu, pour faire corps, ça ne doit jamais être banalisé. Énoncez les pièges. Le fait que les « guinzes » prennent le dessus sur les cours. Les relations sexuelles non désirées, la violence, les accidents, la dépendance.
Aujourd'hui, votre enfant ne les entend pas. Mais répétez-les tout au long de l'année. Appuyez-vous sur vos expériences un peu extrêmes peut-être, sans faire peur. Juste pour faire apparaître les dangers. Les étudiants nous ont donné plein de conseils. Souvent un verre de bière à la main d’ailleurs.
Le danger, selon eux : les « before ». Comprenez, les apéros avant une fête. On y boit vite, on y boit mal, on ne mange pas et c'est souvent là qu'on distribue des pilules magiques, des petits pochons ou de la poudre blanche. Les recommandations sont simples : boire de l'eau quoi qu'il en soit, manger des pâtes ou des frites avant ces fameux « before ». Que l’on soit une fille ou un garçon, éviter de rentrer seul·e quand on voit double et que l’on commence à embrasser goulûment des arbres sur la bouche.
La solution préconisée par tous : le copain/la copine sobre. Plus qu’un Bob, on désigne en bande qui va garder un œil sur les potes les plus incontrôlables. Il va empêcher les uns et les autres de prendre la voiture. Il veille. Il prévient en cas de danger. Il raisonne et rassure. Selon les étudiants, ce rôle se joue de plus en plus. Cette génération canaliserait-elle mieux ses débordements ? On a hâte que vous nous le racontiez, chers parents, sur redaction@leligueur.be

► « Laissez-le (s’)essayer »
Laurent Belhomme, responsable de PsyCampus 

Les pièges sont nombreux et tentants en kot, comme s’il s’opérait une sorte de sélection naturelle.
Laurent Belhomme :
« Quand on rentre à l’unif, on sort d’un long parcours balisé, sur des rails. Étudiant, étudiante, ça pose l’étape d’après. Beaucoup de dés vont être jetés. C’est en fait la vraie première énonciation de soi. On pose son projet identitaire et on dessine son avenir professionnel. Il est donc très important de soigner cette étape-là. De ne pas la bâcler. Quand je dis ça, je sous-entends que ça me semble insensé de se dire que l’on sort de l’adolescence comme par magie, uniquement parce que l’on entre dans le supérieur. C’est donc là que vient se greffer la vie en kot. Toute la problématique tourne autour de ‘Comment je vais réussir à préserver mon projet ?’. Que les parents comprennent qu’il y a des aspects de la vie qu’un enfant de cet âge-là ne peut pas mettre de côté. Il faut les vivre. Quand on repense à ses 20 ans, on ne pense pas tout de suite aux examens, pas vrai ? Selon moi, un jeune qui va entreprendre un voyage à l’étranger, perfectionner une langue, apprendre à se débrouiller, développe des compétences précieuses pour la suite de son parcours. Plus qu’une année de fac poussive, difficile et interrompue qui aura du mal à redémarrer. »

Vous voulez dire par là qu’il faut avoir l’honnêteté d’arrêter les dégâts et se poser les bonnes questions ?
L. B. :
« Mais les dégâts, ça dépend de quel point de vue on se place. Le parent se projette peut-être dans dix ans à la place de son enfant, là où ce dernier ne pense peut-être même pas à demain. Plus les parents pensent le projet à long terme, moins le jeune va se l’approprier. C’est très important : vous ne pouvez pas vous en emparer à sa place. Ce qui veut donc dire que le rôle du parent va consister, petit à petit, à se décentrer des études de son enfant pour que l’étudiant se les accapare pleinement. Tout ça, sans démissionner. Ça paraît compliqué, mais chacun va trouver sa place facilement. Ne serait-ce que parce que les relations sont pacifiées. Si j’avais un conseil à donner, ce serait celui de ne pas convaincre l’enfant de ce qui est bon pour lui, mais de l’aider à prendre conscience à ce qu’il sache lui, ce qui est bon. Un peu comme quand un pote vient vous voir et vous dit qu’il a des problèmes de couple. Si vous lui dites du tac au tac : ‘Quitte-là’, ce n’est pas constructif. Il attend de vous que vous le guidiez au fil de la conversation. Avec votre étudiant, c’est la même chose. »

Ce qui semble compliqué pour les parents, c’est leur nouvelle casquette. Comment réussir à faire un pas de côté ?
L. B. :
« Ah, c’est évident que ça ne peut pas se faire du jour au lendemain. C’est une crise pour tout le monde. Déjà à l’adolescence, tout bouge. Là, on vit une relation qui se pacifie doucement. Votre enfant est en train de construire son propre monde. Sa propre vie. Le parent doit faire l’effort de ne plus avoir le même statut. Les choses changent parce qu’il y a de la vie. Vous êtes tous en marche sur le chemin de l’autonomie. C’est bien, mais il y a des choses qu’il faut savoir accepter. Le fait qu’ils aient accès à une connaissance parfois plus poussée que vous. Sur la politique, sur le savoir. C’est dur, ça aussi, discutez-en. Montrez-lui que vous reconnaissez son nouveau statut. C’est important. Quitte à faire trois pas en arrière pour que chacun puisse y voir plus clair. Il a plein de choses à découvrir. Ça ne veut pas dire qu’il s’éloigne, ça veut dire que vous le laissez (s’)essayer. Et c’est bien. Votre enfant a suffisamment appris pour endurer le monde.
Une dernière chose que j’aimerais dire aux parents : je vois des étudiant·e·s dans des situations très difficiles. Le plus souvent, ils ont du mal à investir la société parce qu’ils sont sous la pression de réponses toutes faites. Toutes plus contradictoires les unes que les autres. Ils en débordent. On est au-delà du seuil de saturation. Je pense que c’est important de laisser la place aux doutes. On ne colmate pas des brèches avec des recettes. D’ailleurs, elles sont partout sur le web. Comme s’il fallait tout comprendre, tout savoir, tout voir. Seulement, dans la lumière, tout cesse d’exister. Et si nous faisions l’éloge de la pénombre ? »

 

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Préparer le blocus, oui, mais où ?

Question propre aux koteurs : préparer les blocus, d’accord, mais comment ? On s’isole ? On se met en groupe pour s’échanger des idées, comparer ses prises de notes et avancer ensemble ? En cours de rattrapage ? Ou alors, on sort de la vie estudiantine et on s’enferme chez papa-maman qui vont s’occuper de tous les à-côtés ? On se couche tôt, dans des draps propres, sans distractions autour ?
Tous ces points, vous pouvez en discuter très vite. Une fois les baptêmes passés, par exemple. Vous pouvez interroger votre enfant sur ses choix, sans le culpabiliser. Ne le poussez pas nécessairement à revenir à la maison. Les révisions en collectivité peuvent être très constructives. Là où sous le joug familial, le stress des uns et des autres, le vacarme des petits, l’agitation du quotidien peuvent éloigner de l’objectif numéro 1 : aligner les notes suffisantes… ou plus !
On vous donne plein de conseils de révisions dans notre article Déjà les examens.

ZOOM 

Le sommeil, le meilleur allié du boulot

Même à distance, il est important que vous répétiez encore et toujours à vos enfants qu’un bon dodo, c’est la clé du succès. Et bien sûr, une fois libres comme l’air, vos enfants le négligent, noyés dans les mille sollicitations que l’on a vues dans les pages précédentes. Les différents témoins de ce dossier nous assurent que le manque de sommeil est une source de stress que l’on ne soupçonne pas. On nous a même sorti de la penne le chiffre de 20 % des étudiants concernés, sans plus de sources.
Quoi qu’il en soit, il est peut-être pas mal de rappeler à vos enfants qu’une bonne moyenne de sommeil est de 7 à 9 heures par nuit. On ne s’endort pas devant un écran et, si possible, on les chasse de la chambre à coucher. On s’installe une petite lumière un peu chaude, un peu rouge-orange années septante, un peu tamisée, qui aura en plus beaucoup de succès auprès de son ou sa partenaire de lit...
On évite aussi de trop se décaler. Se réveiller à 15 heures tous les jours, ça en jette auprès des copains, mais les notes ne suivront pas. On termine la journée sur une activité calme. On peut s’écouter un petit Virðulegu Forsetar de Jóhann Jóhannsson en bouquinant à la bougie, par exemple. On ne sait jamais…

En pratique

Quelques adresses à glisser dans la poche de votre koteur

►La page facebook Latitude Jeunes qui est une mine d’informations.
►Le très drôle et très didactique Manuel de survie en kot que chaque étudiant nous a chaleureusement recommandé.