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Étudiant et préservatif :
doit (beaucoup) mieux faire

On pourrait se dire que les étudiants du supérieur, plus âgés et sans doute plus expérimentés, sont mieux sensibilisés aux dangers d’une sexualité non protégée. Erreur, puisque si le sida est relativement bien connu, d'autres IST restent encore dans l'ombre. Au détriment de l'utilisation du préservatif.

Étudiant et préservatif : doit (beaucoup) mieux faire

On pourrait croire que, en 2015, sur les campus universitaires, la sexualité n’est plus vraiment un tabou. Mais aux yeux de Natacha et Marie-Laure, toutes deux étudiantes à l’UCL et responsables du kot à projets Kap-hot, tel n’est pas encore le cas. Lorsqu’elles tiennent des stands, distribuent des préservatifs ou partagent des infos ludiques au sujet de la sexualité et des infections sexuellement transmissibles (IST), elles constatent qu’il existe encore une gêne, voire un manque d’informations.
« Le jour de la rentrée, nous tenons un stand sur lequel on montre comment mettre une capote correctement, ce qu’une grande partie des étudiants ne sait pas faire », explique Marie-Laure. « D’autres affirment qu’ils n’aiment pas se protéger et croient tout savoir », avance Natacha. Et Marie-Laure d'ajouter : « Finalement, les étudiants ne sont pas si à l’aise avec ces questions-là. Durant leur scolarité, on leur a parlé du préservatif, mais très peu. »
Au Kap-hot, on évoque la sexualité à travers des jeux où la dextérité joue un rôle important. Exemple avec la boîte noire où « l’étudiant tâtonne et met la capote dans le noir », détaille Marie-Laure. Ou les lunettes de bourrés, qui, comme son nom l’indique, reproduisent (très partiellement) l’ivresse et rendent le déroulement du préservatif plus compliqué. Notons aussi dans les activités le souper aphrodisiaque ou la soirée sex toys.
Autant de moments potentiellement drôles, aux noms évocateurs, qui permettent de parler d’une « sexualité épanouie et protégée », mais aussi d'aborder des questions relatives à la vie affective, pour ne pas se cantonner aux aspects « mécaniques » du rapport sexuel, disent-elles. Mais ces moments de légèreté sont surtout l'occasion de parler de problèmes plus sérieux, à commencer par les IST.

La chlamydia, qui connaît ça ?

Lorsqu'on parle d'IST, les connaissances ne sont pas au plus haut. Bien sûr, la plupart des étudiants savent ce qu'est le sida et n'ignorent pas qu’un préservatif permet de s’en protéger. Mais beaucoup se pensent à l’abri d’une telle maladie. À l’inverse, qui connaît vraiment la gonorrhée ou la chlamydia ?
« Ces infections ne sont pas connues, mais alors pas du tout, affirme Marie François, de la Fédération laïque des centres de planning familial et responsable du projet « sex and co », destiné aux jeunes en milieu festif. Le problème est qu’on a peut-être trop brandi le sida au détriment d’une information sur d’autres IST. Certains jeunes font parfois le raccourci entre protection et VIH car on leur dit : ‘Protégez-vous contre le sida’. Comme beaucoup ne rencontrent pas de gens qui ont cette maladie, cela devient un peu désuet pour eux. Il est nécessaire de remettre en avant les autres IST et d’en expliquer les risques. »
La chlamydia, pour ne citer qu'elle, n'est pas à prendre à la légère. En Belgique, elle se propage rapidement chez les jeunes. En 2011, on estimait qu’un jeune sur vingt était touché par l’infection. Une maladie qui se contracte souvent sans symptôme et qui n’est pas forcément dangereuse si elle est détectée à temps. Par contre, sans traitement, elle peut avoir des effets ravageurs, notamment sur le système reproductif.
Face à la chlamydia, comme face au sida, il n'y a pas des tonnes de solutions. « Finalement, peu importe de quoi ça protège, il faut simplement mettre un préservatif », rappelle un des étudiantes du kot à projets louvaniste Kap-hot.

« Il reste du travail à faire »

C'est tout autant dans un esprit convivial qu'intervient l'association Univers santé. Elle aussi organise des séances d'information, parle de la vie affective et sexuelle, distribue des préservatifs et utilise le jeu pour banaliser son usage.
Mais l'asbl forme surtout des étudiants qui eux-mêmes, dans les cercles ou lors de bleusailles, se feront les vecteurs d'une « prévention par les pairs ». Un travail qui porte ses fruits, selon Danielle Hallet, assistante sociale de profession et qui développe des actions d’éducation en santé pour Univers santé : « De manière générale, les étudiants du supérieur sont bien informés. »
Pas une raison pour autant de s'endormir sur ses lauriers. « Certains étudiants n'ont pas envie de mettre des préservatifs, donc il reste du travail à faire », dit-elle. Peu de chiffres très récents existent pour étayer ces dires, mais un agrégat de données qui parfois se recoupent.
On sait par exemple que chez nos voisins français, selon une étude publiée par une mutuelle étudiante, 30 % des étudiants qui avaient des rapports sexuels disaient ne jamais utiliser de préservatifs. Certains n'en utilisaient pas car ils étaient en couple et qu'ils avaient effectué un test de dépistage. Mais pour d'autres, « l'oubli », la « peur de casser la magie » ou la « peur d'être mal vue », pour les filles, étaient les raisons avancées. Il y aurait donc une relâche, un peu inquiétante, chez les étudiants.
Preuve que l'information, même maîtrisée, n'est pas toujours suivie d'actes concrets. Surtout lorsque l'alcool s'en mêle. Toujours selon Danielle Hallet, qui cite les chiffres d'une étude de l'UCL réalisée en 2010, « de 10 à 12 % des étudiants déplorent avoir eu des relations sexuelles non protégées ou regrettées suite à leur consommation d'alcool ».
« On a beau dire que quand on est soûl, on ne pense pas forcément au préservatif, ça reste un réel souci. Il y a encore un gros boulot à faire à ce sujet », nous dit Marie-Laure du Kap-Hot. Un constat que nuance Danielle Hallet qui estime que « 10 à 12 % » n'est pas un chiffre si effrayant qu’il n’y paraît. Au contraire, elle en déduit un certain sens des responsabilités d'une majorité de la population étudiante, « même sous alcool ».
Une façon de voir que confirme Marie François : « Je pense que le fait de se protéger pour ne pas avoir de maladies, les étudiants, de manière générale, le savent. Par contre, au sein de certaines populations défavorisées, il y a encore un vrai manque d'informations. Certains ne savent pas ce qu'est le sida, ni la contraception. C'est en priorité auprès d'eux qu'il faut que l'on soit présent, même s'ils sont plus difficiles à toucher. »

Cédric Vallet

En savoir +

Petit florilège des sites d'informations sur la sexualité, les IST, la contraception :

  • www.loveattitude.be… sur la sexualité et pour les jeunes. On y trouve aussi la liste des centres de planning familial auxquels s'adresser pour toute question relative à la sexualité, à la contraception, au dépistage.
  • La plate-forme prévention Sida a son site, ainsi qu'un site très complet sur les infections sexuellement transmissibles. On y trouve toutes les informations utiles au sujet de ces nombreuses maladies peu connues.
  • Notons aussi que l'asbl Univers santé a créé une page Facebook : « tout SEXplique » pour aborder les questions relatives à la vie sexuelle et affective des étudiants.
  • Enfin, l'association Sida'SOS est très active dans les universités et hautes écoles. Normal, puisqu’elle a été créée « pour des jeunes et par des jeunes ».

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