Vie de parent

Extrême-droite : l’essentielle transmission aux jeunes générations

Comment sensibiliser les jeunes, les enfants, à la montée de l’extrême droite ? C’était le thème d’une émission spéciale en télévision, hier soir, à laquelle avait été convié le Ligueur pour son expertise dans le domaine. L’occasion de faire le point sur cette thématique qui nous tient à cœur.

Extrême-droite : l’essentielle transmission aux jeunes générations

« On constate, médusé, le retour des vieux démons et l’attraction qu’ils exercent à nouveau sur les électeurs et l’élite politique ». Cette phrase a été lue, pas plus tard que ce matin, dans Le Soir. C’est son éditorialiste en chef, Béatrice Delvaux, qui s’exprime ainsi. Il est question de l’Allemagne où l’extrême-droite reprend vigueur séduisant à la fois de (trop) nombreux citoyens, contaminant le discours politique, toujours (trop) enclin à développer des techniques de dragues électorales court-termistes.

L’Allemagne, oui. Mais la Belgique aussi. Alors qu’on évoque, à reculons, un nouveau passage aux urnes pour sortir de l’actuelle impasse fédérale, l’extrême-droite s’est aussi sérieusement ré-ancrée dans le nord du pays. On l’a vue, lors du dernier scrutin, triomphante et arrogante, incarnant ces « vieux démons » qui refusent de mourir, tels des phénix malfaisants.

Ce qui a choqué en Flandre, c’est la façon dont l’extrême-droite est parvenue à rallier à sa cause les jeunes électeurs. D’où les questions sur les cours d’histoires prodigués dans les écoles. Thématique qui a été au centre d’un dossier publié en septembre dernier dans nos pages.   

Lili et Simon

Hier soir, donc, le Ligueur était invité sur Canal C, la télévision locale namuroise. Pour introduire une émission spéciale dans la foulée des commémorations liées à l’anniversaire de la libération des camps de concentration installés par le régime nazi durant la Deuxième Guerre mondiale. Notre numéro de septembre était au centre de notre intervention, mais aussi l’interview de Simon Gronowski, rescapé d’un train de la mort, au sommaire de notre dernière livraison (on le voit ici en photo avec son petit-fils). (*)

Encore une fois, lors de cette émission, il a été crucial de voir à quel point les témoignages incarnés étaient importants pour sensibiliser les jeunes. On a pu découvrir celui de Lili, qui enfant, à l’instar de Simon Gronowski, s’est retrouvée entraînée par les horreurs du nazisme. Gamine, elle s’est retrouvée dans les camps. Face aux armes, face à la haine, face aux chiens, face l’injustice.   

Interrogés après son intervention, les enfants sont convaincus. Sur leurs lèvres, c’est le « plus jamais ça » qui s’exprime. Ils entendent même devenir, à leur tour, des passeurs de mémoires parce que « ce qu’on fait les Allemands, c’est pas bien ». Ils le disent avec leur mots d’enfants. Simplement.

Un des enfants insiste sur le fait qu’il « faut être sûr de soi ». Il développe son idée. Ce qu’il veut dire c’est qu’il faut savoir ce qu’on veut, ne pas se laisser entraîner. Bref, se forger une conviction.

Quand certains se réclament du nazisme

En gros, tout cela résume assez bien ce que nous écrivions en septembre sur les cours d’histoire idéaux pour contrer la montée de l’extrême-droite. Transmettre aux enfants une connaissance des événements du passé, associée à une réflexion critique, à une remise en perspectives dans le respect des valeurs inhérentes aux valeurs dans lesquelles peuvent s’épanouir nos démocraties (respect, ouverture, échange, paix...). 

Il faut aussi anticiper. On voit aujourd’hui à quel point sont porteurs les témoignages d’une Lili, d’un Simon. Ils touchent et font comprendre. Avec leurs mots, on touche l’histoire du doigt. C’est un lien de première nécessité, fragile. Lili et Simon ont près de 90 ans. Ce sont les derniers témoins. Il faut penser à l’après. S’apprêter à combler un vide lorsqu’ils ne seront plus là pour assumer leur rôle de messager de paix.

À l’heure où une partie de l’Allemagne semble à nouveau tentée par le fonds politique nauséabond du nazisme, il s’agit de réfléchir à la chose. De promouvoir les initiatives qui amènent les jeunes à réfléchir sur l’importance des libertés à préserver, sur les dangers de la propagande, sur la nécessité de déminer les fake-news qui incitent à la haine, de déceler tout indice de déshumanisation, de combattre cette vieille technique qui consiste à désigner une communauté comme responsable de tous les maux d’une société. Bref, d’opposer à toute explication grossière et simpliste, l’intelligence et la bienveillance. 

Thierry Dupiéreux

ERRATUM

(*)  Petite mise au point. Dans cette émission, je parle de présentation en binôme de Simon Gronowski dans les écoles avec le frère d'un ancien geolier. Ma mémoire me trahit. Simon Gronowski a pardonné à un de ses geôliers lors d'une rencontre, mais il rencontre les classes avec Koenraad Tinel, qui porte le poids de l’engagement auprès des nazis de sa famille pendant la guerre. Ma mémoire a fusionné ces deux éléments. Précision utile en forme d'erratum qui n'entache en rien l'esprit de la démarche.

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