Vie de parent

Faire autant avec moins, le quotidien (confiné) des parents solos

Une famille sur cinq est monoparentale en Belgique. Gaëlle, Ingrid, Trâm, Catherine, Felipe sont cinq parents seuls à la manœuvre avec leur tribu. Intimité, temps (pour soi), contacts sociaux et ressources financières sont les denrées rares de ces parents solos. Témoignages.

Faire autant avec moins, le quotidien (confiné) des parents solos - Gettyimages

« Depuis le confinement, je ne me sens ni à fond dans mon travail, ni dans mon rôle de maman et je culpabilise. J’imagine que c’est pareil pour beaucoup de parents. Mais dans mon cas, ce qui pèse c’est cette impossibilité de répartir ou de déléguer. Après le boulot, j’enchaîne avec les devoirs de ma fille, car, dans son école de Strombeek-Bever, les enseignants continuent à voir de nouvelles matières. Et puis, c’est déjà l’heure du bain et du repas. Ce n’est qu’à 22h que je peux penser à moi, mais souvent je m’écroule dans le divan ». Voilà le quotidien confiné de Gaëlle, 35 ans, maman d’une fille de 7 ans.

En Belgique, une famille sur cinq est monoparentale. Dans 80% des cas, c’est une femme qui en est la cheffe de ménage. Chaque jour, ces familles doivent faire autant avec moins. Moins de force vive, moins de temps. Mais aussi, et c’est le plus compliqué, moins d’argent. Une famille monoparentale sur deux vit sous le seuil de pauvreté en Wallonie et à Bruxelles.

Temps pour soi et intimité

Pour Ingrid, 47 ans, maman solo de cinq enfants de 9 à 16 ans, c’est la coupure sociale et le nombre de sollicitations des enfants qui pèsent sur le quotidien confiné. « Ça me manque de ne pas avoir de discussion d’adulte à adulte, les échanges ne sont pas les mêmes avec des enfants. Et puis, ils me sollicitent en permanence. Ce qui m’aide, c’est de prendre du temps pour moi. J’ai pris l’habitude de me lever à 5h30 le matin. Toute la maison dort, il fait calme, je peux lire et méditer en paix. Un jour sur deux, je sors courir. C’est le seul moment de la journée où je peux faire ce que j’aime sans être interrompue ».

Seul à la manœuvre, le parent solo écope de tout. Dans une journée chargée, ce temps pour lui est d’autant plus vital. La liberté ne se donne pas, elle se prend. Catherine, 43 ans, maman de trois filles de 9 à 14 ans, s’en est aperçue. Depuis cinq semaines qu’elle vit en vase clos avec ses filles et alors que le besoin d’avoir un temps pour elle se faisait sentir, sa dernière demande pour l’accompagner dans sa sortie jogging. Agacement, déception. La maman ne comprend pas les émotions qui la tenaillent. Ce n’est que le lendemain que la sensation se précise. « J’avais juste envie d’un temps pour moi. Depuis le début, je me coupe en quatre pour les filles. Mais je me rends compte que je m’oublie, c’est ma fragilité. Je rentre toujours dans les mêmes mécanismes de faire tout pour leur faire plaisir au risque de m’oublier. »

Chez Trâm, 41 ans, maman de deux filles de 10 et 12 ans, c’est le manque d’intimité qui frustre. « Au moindre bip de mon gsm, j’ai droit systématiquement à un 'C’est qui ?', le matin dans la salle de bains, j’ai l’impression d’être scrutée. 'Pourquoi tu te parfumes, on ne voit quand même personne ?', ça n’a rien de méchant mais cette invasion permanente dans ma vie me pèse ».

Précarité économique vs réseau social

Felipe, 47 ans, papa de deux enfants de 7 et 10 ans, ne peut pas se permettre de suspendre son activité indépendante. Avec le confinement, il a mis son ouvrier en chômage économique, mais continue son travail d’entrepreneur de jardin.

« Pas le choix quand on a un seul salaire pour faire tourner une famille. Surtout que c’est une période dense pour les jardiniers. Heureusement, je peux exercer mon métier sans mettre quiconque en danger. Ce qui me pèse, c’est de devoir mettre les enfants à la garderie toute la journée. Mais il vaut mieux ça que pas de boulot et les soucis financiers qui vont avec. »

Cette difficulté économique, Ingrid la connaît bien. Depuis huit ans, elle y a goûté à plusieurs reprises. Et pas plus tard qu’au mois de janvier. À cause d’un souci administratif, elle n’a perçu aucun revenu. « J’en ai parlé à une amie. Quelques jours plus tard, elle avait récolté une cagnotte qui m’a permis de tenir un mois, le temps de percevoir à nouveau un revenu. Je ne sais pas qui a cotisé, ni combien mais je peux dire que ça m’a sauvé ».

Ce n’est pas la première fois que la maman a pu compter sur son réseau. « Je me souviens aussi d’amies qui nous ont livré des repas suite à une opération que j’avais subie ou d’un ami venu nous déposer une remorque pleine de bois pour notre poêle lors d’un hiver rude. Accepter de se faire aider, oser dire que ça ne va pas, c’était compliqué pour moi au début de ma séparation. Ce qui me bloquait, c’était de savoir que je ne pourrais pas rendre la pareille. J’étais en flux tendu non-stop. J’ai dû passer au-dessus de plein de barrières, mais je ne le regrette pas. »

Clémentine Rasquin

En pratique

Deux asbl pour les monop à Bruxelles 

► La maison des parents solos, située à Forest, propose un accompagnement psycho-social et juridique. Ses activités et ses ateliers sont suspendus pour le moment.
► L’asbl HAMAC propose un temps de repos et du relais pour les parents solos en connectant une famille monoparentale et un bénévole du même quartier.

Un réseau national d'échange de services

Les SEL (service d’échange local) sont des groupements de personnes qui s’échangent des objets, savoirs et services. Une carte répertorie sur le site les SEL sur le territoire belge.

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