Vie de parent

Fait-on travailler les enfants
pendant ces « vacances
en confinement » ?

Youpi, ce sont les vacances. Bon... passons la joie feinte, nous sommes toutes et tous conscients que, cette année, les congés auront une saveur particulière. Justement, que fait-on ? On continue à faire travailler les enfants ? Nous avons sondé plusieurs parents, profs et expert·e·s. Tour de table.

Fait-on travailler les enfants pendant ces « vacances en confinement » ?

Travail ou pas travail ? Telle est la question. Pour y répondre, nous ne voulions pas du simple avis péremptoire d'un expert, mais de plusieurs voix. Parce qu'au final, nous sommes persuadés que pour ces congés un peu particuliers, il n'y pas une règle qui l'emporte sur l'autre. Avant d'établir un tour d'horizon, discutons-en avec Isabelle Taverna, psychologue clinicienne et psychanalyste praticienne :

2 QUESTIONS À ISABELLE TAVERNA

► Est-ce que les parents continuent de faire l'école à la maison pendant ces drôles de congés ?


Isabelle Taverna : « Je dirais qu’il ne faut pas perdre de vue que les enfants, les jeunes, même s’ils ne sont pas allés en classe, mais à la maison, ces derniers jours, n'étaient pas en congés. La coupure des vacances est nécessaire, elle leur permettra d’appréhender au mieux la reprise des apprentissages après la période de congés. Les parents ont sans doute déjà entendu que, depuis le début du confinement, il est conseillé de garder un rythme. Mettre son réveil, structurer sa journée, etc.

Que l’on soit enfant, ado ou adulte c’est pareil, dans ce moment où nous sommes en perte de nos repères habituels, il est important de garder des ponctuations, que ce soit dans la journée, mais aussi dans la semaine, faire une différence entre temps professionnel et week-end alors que nous sommes sollicités chez nous, dans notre intimité, par le télétravail ou les vidéoconférences. Les vacances participent également à ce rythme : pour les adultes comme pour les plus jeunes, il est important de profiter de cette période pour instaurer une coupure. Les plus jeunes sont censés avoir travaillé ces dernières semaines, ils méritent de se sentir en vacances… La gageure, c’est de pouvoir se sentir en vacances dans ce contexte inédit. »

► Comment donner un air de vacances au confinement ?

I. T. : « Puisque les voyages, les stages, sont annulés et les déplacements interdits. Les vacances sont synonymes de discontinuité, de coupure, mais aussi de liberté. Or, dans cette période, c’est précisément notre liberté qui est entravée. Se sentir en vacances pour les plus jeunes cela pourrait être libéré de leur travail scolaire, mais pour faire quoi ? C’est la question qui taraude sans doute bon nombre de parents…

Chaque famille a sa propre culture et son contexte singulier, il serait donc utopique de donner un conseil qui conviendrait pour tous. Mais je dirais plutôt qu’il est essentiel, en ce début de vacances, de prendre le temps de se poser et de réfléchir en famille à ce qui pourrait permettre à chacun jeune ou moins jeune de se sentir en vacances. Cela se déclinera différemment en fonction des âges, mais donner la possibilité de s’exprimer quel que soit l’âge et de se sentir écouté par les autres, c’est déjà une forme de liberté, celle de se dire. Ensuite, c’est ensemble qu’il faut inventer et faire preuve encore et toujours de créativité pour échafauder des vacances de confinement avec la touche personnelle de chacun.»

Côté parents ?

Les vacances, c'est les vacances

« Je suis toute seule et je sors d'une phase horrible où il a fallu assurer sur tous les tableaux : le suvi pédagogique, le télétravail, la popote quotidienne. Là, j'ai rendu tout mon boulot miraculeusement à temps. Je mets mon ordinateur dans une armoire. Je fous la paix à mes gosses. On va lire. On va regarder des séries. On va manger comme des cochons. Bref, on va faire en sorte que ça ressemble un peu à des vacances. La culpabilité ? Elle n'a pas à être dans mon camp... »
Virginia, maman de deux enfants de 6 et 9 ans

Destination rien faire

« Nous n'avons pas joué la carte travail acharné depuis deux semaines. D'abord parce que nous n'avions pas le temps et que nos garçons n'arrivaient pas à s'y mettre d'eux-mêmes. Nous sommes tous en congés. Nous devions partir marcher dans la montagne, on attendait tous ça depuis des mois. Une chose est certaine, nous n'allons pas, en plus de cette privation, imposer un rythme d'école. Nous faisons le choix délibéré de nous offrir ça comme vacances : ne rien faire. Ce sera notre évasion ».
Thierry, papa de deux ados de 11 et 16 ans

On bosse... un peu

« Je pense que le mot d'ordre est clair : il ne faut pas trop travailler. Je préciserais que ce qu'il faut pendant ces congés, c'est surtout de ne pas trop 'mal' travailler. Maintenant, la question, c'est comment jauger ? D'abord en faisant de gros espaces entre les plages de travail. Je pense que travailler une heure le matin, une heure l'après-midi, c'est le maximum. Sans écran si possible, en ne le réservant pour les congés que pour le côté ludique. Comment ? Le matin, abordez les choses les moins amusantes : rédaction, devoir à rendre, leçons. À chaque fois, accompagnez-le dans une seule et même optique, celle d’anticiper sur les questions que l’on est susceptible de lui poser ».
Sandra, maman d'un ado de 12 ans et prof d'histoire

Dix minutes par jour

« Nous avons mis au point une petite méthode auprès de tous les enfants et nous l'appliquerons également pendant les vacances. Très simple. On prend différents moments de la journée avec un enfant, soit mon homme, soit moi. On leur demande de nous raconter une leçon dix minutes par jour. Peu importe la matière. On met une alarme. Et c'est parti. 'En néerlandais, j'ai appris à dire telle phrase. En histoire, j'ai abordé tel chapitre. En maths, j'ai appris telle formule'. En plus, c'est notre petite heure. Ça peut se faire pendant la préparation du dîner, après le petit déjeuner. Comme on le sent. Comme on peut. C'est ça le deal. On s'en fout que ce soit suffisant ou pas. On leur réclame dix minutes. Pas de pression. Il s’agit juste d’une petite gymnastique à mettre en place. »
Diane, maman de trois enfants de 8, 12 et 15 ans

Ce qu'en disent les experts

Terminons ce tour d'horizon avec Christophe Butstraen, préfet des études et de discipline, et Anne de Labouret, graphothérapeute. Ils unisssent leur expertise :

« Pouvons-nous apporter une réponse unique et systématique à une situation inédite et exceptionnelle ? Tous les enfants sont différents, toutes les familles le sont également, chacun vit le confinement dans les conditions matérielles et familiales qui lui sont propres. Encore une fois, nous vous conseillons un compromis à adapter à chaque situation. Dans cette période compliquée, vos enfants ont certainement besoin de souffler… et vous aussi. Nous savons que la continuité pédagogique demandée pèse sur tous les membres de la famille.

Pendant ces vacances de Pâques, vous pouvez leur faire réviser les points qui ont posé problème ces derniers mois. Et les laisser s’ennuyer sans les abreuver d’activités. Même si la télévision et les écrans sont d’excellents gardiens en ces temps difficiles, pensez à en limiter l’accès en prévoyant des plages horaires qui conviennent à tous. Ne perdez pas de vue non plus que c’est dans l’ennui que naît la créativité. Peut-être se tourneront-ils vers la lecture, les jeux de société, leurs Lego, le dessin, les constructions en cartons, les puzzles ou les origamis… »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Jusqu’où s'impliquer ?

Tout parent qui aide son enfant pour ses devoirs, pour un excercice en ligne, des révisions ou autre, s’est forcément posé la question de la limite de son intervention. Votre rôle est en réalité très simple. Vous êtes un assistant. Vous gérez le temps ou encore le côté affectif, du type « J’aime pas le prof, donc j’aime pas la matière ». Mais vous, ne vous mêlez pas de la pédagogie. Votre limite est là : ne pas empiéter sur le territoire du prof. Évitez si possible donc les : « Vous faites comme ça en classe ? Mais c'est n'importe quoi. Attends, je vais te montrer ». La situation est suffisamment embrouillée pour les enfants, inutile de faire un noeud supplémentaire...

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