Vie de parent

Fake news : comment aider nos enfants à les repérer ?

« Trois enfants décèdent à cause du port obligatoire du masque ». En lisant ce titre, votre sang ne fait qu’un tour. Vous cliquez et peut-être même partagez sans même lire l’article. C’est le principe des fake news : elles jouent sur l’émotionnel, laissant le rationnel de côté. Comment, en tant que parent, rester critique face à cette propagation de fausses informations et comment apprendre à nos enfants à être critique ? Mode d’emploi.

Fake news : comment aider nos enfants à les repérer ?

C’est un homme en pleurs face à la caméra. « Je connais maintenant toute cette histoire de source sûre, dit-il en allemand le visage rempli d’émotions. Ces enfants sont morts parce qu’ils portaient un masque (…) Qui est derrière ça… vous n’allez pas le croire. (…) Cette merde (le virus) ne peut pas être la vérité ». Signé Bodo Shiffman, médecin allemand. Il ne donnera aucun élément de contexte, aucune explication, aucun argument. De quel enfant parle-t-on ? Qui est derrière ça ? où ? Comment ? Même la vidéo n’est pas datée, car filmée sur un autre écran d’ordinateur.

Mais on a envie de le croire parce qu’il pleure, parce que ce serait tellement plus simple que ce virus n’existe pas, parce qu’il est présenté comme médecin, parce que trois enfants morts à cause du masque, c’est vraiment infâme !

C’est sur ces sentiments d’indignation et de peur que les fake news se basent. En cette période crise sanitaire, ces émotions sont souvent présentes et l’emportent parfois sur le rationnel.

Raisonner, c’est à cela que l’on peut entraîner nos enfants pour qu’ils puissent être critiques face à l’info trouvée sur les réseaux sociaux. Petit exercice à faire avec eux, pour eux mais aussi pour nous, en tant que parent et citoyen.

1. Recouper l’information

Quand on parle d’information « recoupée », ça ne veut pas dire qu’elle a été raccourcie. Cela signifie que l’on croise plusieurs sources d’informations sur le même sujet. Prenons l’exemple cité ci-dessus. Il suffit de taper sur un moteur de recherche « trois enfants morts à cause du masque obligatoire » pour voir qu’il s’agit d’une fake news. Libération, Le Monde ou encore Metro expliquent pourquoi cette information est tronquée et dangereuse.

Dans ce recoupement, privilégiez les sources fiables et faites preuve de nuance. Oui, un élément de l’information est probablement vrai (la mort d’un enfant), mais la cause est-elle vérifiée ? Ce n’est pas le cas ici.

Faites attention aussi à ce que l’information se base sur des faits et non des opinions.

2. Qui donne cette information ?

Si l’information est donnée par un média reconnu, cela signifie que les personnes qui la donnent sont formées pour cela. Ce sont des journalistes, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui ont appris à vérifier l’information, ils vont chercher plusieurs sources et ils les confrontent. On ne va pas acheter ses croissants chez un menuisier, car, a priori, ça ne sera pas très bon. C’est pareil pour l’info, il y a des professionnel·le·s qui travaillent dans des maisons dont c’est le savoir-faire, les médias. Et même s’ils ne racontent pas toujours ce qu’on a envie d’entendre, ils ne sont pas là pour faire plaisir, mais pour informer. Evidemment, il arrive de faire des erreurs, car les journalistes sont des êtres humains, mais le média étant reconnu, on peut toujours l’interpeller. Au Ligueur, par exemple, l’adresse mail est redaction@leligueur.be. Il existe aussi un Conseil de déontologie journalistique qui reçoit les plaintes des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs qui estiment que l’information n’a pas été traitée de manière déontologique (recherche de la vérité, diversité des sources etc.).

Attention également aux sites qui ressemblent à des médias reconnus mais qui n’en sont pas. N’hésitez pas à aller consulter l’onglet « qui sommes-nous ? ».

Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut absolument passer par un·e journaliste pour donner un message et heureusement. Internet et les réseaux sociaux ont ouvert la possibilité à tout un chacun de partager son vécu, sa pensée, son analyse. Cela s’appelle la liberté d’expression. Tout le monde a le droit de s’exprimer comme il l’entend tant qu’il reste dans le cadre de la loi (pas d’appel à la haine par exemple). Et il arrive qu’il y ait de très bonnes informations qui sont données de cette façon. Identifiez donc qui est derrière cette info. S’agit-il d’une opinion ? Sur quoi est fondée cette information ? Est-ce que l’auteur est une personne pertinente pour parler de cela ? Est-elle reconnue dans son domaine ?

Dans notre exemple, oui, il s’agit d’un médecin. Il est ORL et s’occupe donc des maladies de la tête et du cou et spécialement celles de l'oreille, du nez et de la gorge. Pas de lien direct avec les épidémies donc. Et puis, quand on y regarde de plus près, il s’agit d’une figure de proue de la lutte contre les restrictions liées au Covid 19. Au début de l’épidémie, il remet en cause la dangerosité du Sars-CoV-2. On a vu depuis lors qu’il était bien mortel.

3. De quand date cette information ?

Ce qui était vrai hier ne l’est peut-être plus aujourd’hui, surtout avec le Coronavirus que les scientifiques connaissent encore mal. Sur les réseaux sociaux, on compare souvent son taux de mortalité avec celui d’autres maladies par exemple. Dans cette analyse, l’outil Check news de Libération explique pourquoi comparaison n’est pas raison. Alors, certes, ça demande du temps, de la concentration et de la nuance pour déchiffrer l’info. Et pas sûr que vos enfants auront tout de suite la capacité de discerner le vrai du faux. Mais si vous leur faites comprendre que la réalité est souvent complexe et évolue, qu'il faut se méfier des réponses trop simples, qu'il s'agit de bien peser le pour et le contre avant de croire et/ou diffuser une info, c’est déjà bien.

4. Discuter… et écouter

La crise du coronavirus nous pousse à rester chacun chez soi physiquement mais aussi intellectuellement. On est moins souvent confronté à des opinions différentes. Les réseaux sociaux filtrent les informations en fonction de nos opinions et les renforcent. On se retrouve alors dans une société aux avis très polarisés. Cela pousse à devenir intolérant aux avis différents du nôtre. Et si on les écoutait même si on n’est pas d’accord ? A nous ensuite de nous mettre à la place de notre interlocuteur pour comprendre son point de vue. Pourquoi dit-il cela ? Sur quoi se base-t-il pour dire cela ? Ses sources sont-elles fiables ? Est-il le seul à le dire ? De quand date cette information ? La boucle est bouclée, l’info recoupée.

Dernier conseil : si vous voulez de l’info de qualité, abonnez-vous à un journal ou à un magazine. Il parait qu’il y en a un très bon qui parle de la vie des familles. Quoi ? On n’est pas objectif ? Vérifiez par vous-mêmes. ;-)

Les outils

Webetic aide les parents à s’y retrouver dans l’usage des nouvelles technologies et d’internet par leurs enfants et ados. L’initiative soutenue par Child Focus et la Ligue des familles propose des rencontres qui se font plutôt en ligne depuis la crise sanitaire. Désinformation, jeux vidéo, internet et sexualité… les thèmes abordés sont nombreux.  www.webetic.be

Action médias jeunes propose également des ateliers dans les écoles et des conférences pour les parents. Toutes les informations ici : www.actionmediasjeunes.be/

Marie-Laure Mathot

Les complotistes

« Tout s’explique, même n’importe comment… » Cette petite phrase est le sous-titre d’une BD intitulée « Les Complotistes » sortie tout droit des cerveaux en effervescence absurde de Fabrice Erre et Jorge Bernstein. Paru en cette fin d’année chez Dupuis, cet album s’amuse à démonter les théories complotistes en jouant sur un non-sens que n’auraient pas renié la bande des Nuls ou les Monty Python. Le pitch ? Kevin_néo51, jeune ado, a été attiré par un cours à option baptisé « théorie et pratique de la mise en question » et donné dans… le local à poubelles. Le prof, Patrick_Mulder427, affirme appartenir à « une société secrète des gardiens de la vérité qui a pour but de démasquer les autre sociétés secrètes et leurs complots malfaisants. » Le ton est donné.

Au fil des pages, ce prof complètement barge tente de convaincre son pupille qu’il est entouré de complots multiples et tant pis si, parfois, les théories viennent se percuter les unes, les autres dans une logique que seul semble maîtriser cet enseignant zarbi d’ailleurs complètement méconnu de la salle des profs.

C’est drôle, jouissif et, surtout, ça démontre et démonte toutes les ficelles utilisées par les complotistes pour diffuser fake news, hoax et autres contre-vérités. Voilà un bon soutien humoristique à l’approche du complotisme en famille… T.D.

« Les Complotistes » par Fabrice Erre & Jorge Bernstein chez Dupuis, 142 pages, 16,95€

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