Vie de parent

Famille et crise sanitaire : 7 parents sur 10 ne se sont pas sentis soutenus par le monde politique

C’est une institution. En cette fin d’année, sort le nouveau Baromètre des parents de la Ligue des familles. Sur fond de crise sanitaire, la santé s'offre comme élément central de l’enquête. Elle sera abordée en profondeur dans le numéro du Ligueur qui sera diffusé dès demain. On se rend compte, dans ce baromètre, de toutes les difficultés financières rencontrées par les familles lorsque la maladie s’invite dans le foyer. Analysé aussi, donc, un sentiment d’abandon des familles face au cas particulier de la crise du coronavirus.

Famille et crise sanitaire : 7 parents sur 10 ne se sont pas sentis soutenus par le monde politique

C’est un chiffre clé épinglé par la Ligue des familles que nous aurons d’ailleurs l’occasion d’approfondir dans le premier numéro de janvier du Ligueur. Selon le Baromètre des parents de la Ligue des familles, 69% des parents ne se sont pas sentis soutenus par le monde politique durant la crise du coronavirus. Plus d’un quart des parents estiment même qu’ils n’ont « pas du tout » été soutenus pendant cette crise. Des chiffres qui marquent donc comme un certain sentiment d'abandon.

Pointée du doigt, l’inadéquation des mesures sanitaires (les bulles notamment). Celles-ci sont critiquées par près de 4 parents sur 10, toutes classes sociales confondues.  

Des difficultés financières amplifiées

Cela-dit, si la critique des « bulles » est forte, quel que soit le milieu social, lorsqu’on rentre dans le détail, on se rend compte que la hiérarchie des récriminations n’est pas tout à fait la même en fonction de l’aisance des familles. Observation qui ne fait que renforcer un constat déjà posé à plusieurs reprises dans le Ligueur, la crise n’a fait qu’accentuer, creuser les inégalités sociales. C’est ainsi que les difficultés financières rencontrées et le manque de solutions apportées par rapport à celles-ci sont beaucoup plus marquées au sein de familles plus précarisées.

33% des parents des familles moins aisées estiment ainsi qu’ils se sont retrouvés en difficultés financières et qu’ils n’ont pas reçu suffisamment d’aide. Ce pourcentage tombe à 17 % dans les classes sociales plus élevées. Dans l’analyse de son baromètre, la Ligue met en liaison les chiffres d’une autre enquête livrée par la banque nationale. Selon celle-ci, réalisée auprès de plus de 5000 personnes, « les ménages les plus pauvres sont ceux pour lesquels la perte de revenu a été la plus prononcée. L’aide apportée à ces familles n’a manifestement pas été à la hauteur des besoins et a plongé de nombreux ménages dans la pauvreté, ou a aggravé celle-ci menant jusqu’à l’exclusion sociale. »

Suivi scolaire ? Peut (beaucoup) mieux faire !

Le suivi scolaire par temps de crise est aussi un point noir selon les familles. Que ce soit du côté des familles plus aisées ou moins nanties, il figure dans le top 2 des critiques. Pour les classes supérieures, c’est même la critique numéro 1. Pour ces parents le taux de mécontentement face à l’organisation de ce suivi est de 47%.  En milieu « populaire », cette critique vient juste avant les inquiétudes financières et est partagée par 1 parent sur 3.

« Pendant un trop long moment, pendant le confinement, les parents ont été laissés sans solution, ayant à choisir entre burn-out ou appauvrissement lié à un congé sans solde ou autre privation volontaire de travail. »

Du côté des familles plus aisées, combiner travail et garde d’enfant est une des grosses problématiques rencontrées. 44% des parents identifient comme source de mécontentement le fait d'avoir dû jongler entre le boulot et les enfants lorsque les écoles/crèches étaient fermées et qu’ils n’avaient pas de solution. « Il est clair qu’en dessous d’un certain âge, relève la Ligue des familles, il est très compliqué pour un·e parent de laisser seul·e son enfant à la maison. Il y a bien la solution du télétravail, mais de nombreux parents se sont adressés à la Ligue des familles pour témoigner de l’impossibilité matérielle de faire à la fois correctement leur travail pro et celui de papa ou de maman.  Pendant un trop long moment, pendant le confinement, les parents ont été laissés sans solution, ayant à choisir entre burn-out ou appauvrissement lié à un congé sans solde ou autre privation volontaire de travail. »

Des bulles de discordes

Reste les mesures sanitaires symbolisées par ces fameuses "bulles" contestées par 4 parents sur 10. Toutes catégories sociales confondues. La Ligue analyse : « De fait, le passage à un moment de l’épidémie d’un droit individuel de socialité à un droit basé sur une collectivité qu’est le foyer n’a pas été sans mal. De fait, cette mesure se heurte aux rapports de pouvoir au sein du foyer : comment décider des personnes qui compléteront la bulle familiale ? Comment également parler d’égalité lorsque quelqu’un qui habite seul peut voir 5 personnes de son choix tandis qu’une famille de 6 personnes devrait se répartir ces contacts. »

Les résultats de ce baromètre seront donc décortiqués dans les deux prochains numéros du Ligueur. Dans celui qui sort cette semaine, c’est la santé qui sera au centre des préoccupations. Le 6 janvier, un numéro spécial baromètre mettra en relief les chiffres qui ont particulièrement marqué chaque membre de la rédaction.

T. D.

L'échantillon

► Cette enquête d’opinion a été réalisée par l’institut de sondage Ipsos, via un questionnaire en ligne accessible du 5 au 15 octobre 2020. La durée moyenne de réponse était de 15 minutes.

► 1151 adultes de 18 ans et plus, vivant au moins à temps partiel avec au moins un enfant ou bel-enfant de 0 à 25 ans, résidant en Wallonie ou à Bruxelles, ont répondu au questionnaire.

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