Familles recomposées : ne léser personne !

« Pour vivre harmonieusement dans des familles aussi complexes que les familles recomposées, il faut absolument être bien équilibré psychiquement, annonce d’emblée Mireille Bergiers, médiatrice familiale et avocate. Ce qui va influencer le fonctionnement de la famille tout entière, ce sera la maturité des adultes ». À eux ensuite de gérer les valeurs éducatives des uns et des autres en veillant à ne léser personne.

Familles recomposées : ne léser personne ! - Shutterstock

Si vouloir refaire sa vie après une rupture est une belle opportunité, il est impératif de tenir compte du passé de chacun : il y a les ex-compagnons, les enfants d’une première union, des enfants parfois déjà grands et dont les valeurs éducatives ne collent pas toujours avec celles du nouveau venu. Il y a aussi la cohabitation nouvelle entre des enfants qui se découvrent et qui ne partagent pas nécessairement les mêmes intérêts.
« Lorsqu’il y a des bouleversements familiaux, de nouvelles personnes entrent dans cette famille. Il faut donc apprendre à se connaître. Et définir une place pour chacun », rappelle Mireille Bergiers. Il est particulièrement important de prendre le temps de définir cette place. Ce sera peut-être plus facile pour un adolescent, qui peut exprimer ses attentes, alors qu’un enfant plus jeune ne verbalisera pas nécessairement et exprimera son mal-être par des comportements psychosomatiques.
Quel que soit l’âge, il est essentiel de rassurer l’enfant sur le fait que les liens qu’il a avec ses parents ne changent pas, même si une nouvelle personne fera désormais partie de la famille au sens large. Cette place à définir passera également par l’aménagement d’un lieu dans l’appartement où l’enfant pourra se retrouver et installer un peu de lui, même s ‘il ne vient qu’occasionnellement.

Beaux-parents, rôle ingrat ?

Comme l’enfant, le beau-parent doit trouver sa place. En ne perdant jamais de vue que l’enfant a un père ou une mère qu’il n’est pas question de « remplacer ». II peut y avoir un temps d’adaptation, où le jeune n’acceptera pas d’emblée le nouveau-venu. Une réalité à ne pas dramatiser. Il suffit de laisser passer un peu de temps.
« Cela dit, il faut trouver un juste équilibre entre le fait qu’il n’est pas le parent de l’enfant, mais qu’il est un adulte, pas un copain », précise Mireille Bergiers. Pas question, par exemple, d’étouffer l’enfant sous les cadeaux et les marques d’affection que l’on ne ressent pas (encore), ce qui pourrait être mal perçu par l’autre enfant qui le verrait comme du favoritisme.
Pas question non plus de se montrer trop strict, au risque de se rendre antipathique… Et puis, il y a aussi la jalousie et la difficulté d’accepter ce jeune ado, incarnation d’une vie affective passée dont on n’a pas nécessairement envie d’entendre parler ! Attention à ne pas se cacher derrière des principes « éducatifs » pour exprimer un ressenti compliqué. Et puisqu’il n’est pas obligatoire de s’aimer les uns les autres, on peut commencer par veiller à être juste avec les différents enfants. En instaurant des règles claires et identiques pour tout le monde.

Parent ou beau-parent : éviter les mêmes écueils

Selon Mireille Bergiers, il est essentiel que les deux membres du couple confrontent leurs conceptions éducatives avant de se lancer dans l’aventure de la famille recomposée. « Quand, dans un couple, chacun a déjà un enfant de son côté, il est important de discuter comment envisager l’éducation des enfants et la gestion de tout ce qui en découle. Il y a trop de cas où les adultes n’en ont pas assez discuté au préalable. Trop de différences entre l’éducation des enfants entraîneront des jalousies, des incohérences et des tensions. Ce n’est d’ailleurs pas l’apanage des familles recomposées. Un jeune couple qui décide de faire un enfant ne tiendra pas s’il ne partage pas certaines valeurs de base. Le problème avec la famille recomposée, c’est qu’on risque d’imposer à l’enfant, qui a déjà connu une séparation, peut-être un déménagement, un nouveau bouleversement. C’est très perturbant. »
Le maître-mot est donc communiquer. Se parler ouvertement de ce que l’on attend, écouter aussi les enfants, sans tout leur céder pour autant… Pour un ado, il est essentiel de baliser, quitte à ce qu’il ait son mot à dire, qu’on discute avec lui de ce qu’il préfère, mais sans le laisser décider de ne plus aller chez tel ou tel parent. Ce serait lui donner beaucoup trop de pouvoir et ce n’est pas structurant pour lui. Et enfin, mieux vaut ne pas se contredire devant les enfants, ils risqueraient de repérer la faille et d’en profiter.

Sabine Schrader

EN PRATIQUE

Les clés du succès ?

  • Une bonne communication entre les membres de la famille : que chacun puisse expliquer en toute sérénité ce qu’il ressent et soit respecté dans ses propos.
  • Des règles de vie commune clairement édictées et applicables à tous les membres de la famille recomposée.
  • Une place pour chacun, et prévoir un lieu où chaque enfant puisse s’isoler s’il le souhaite (ne fût-ce que par une tenture ou un paravent).
  • Les mêmes valeurs éducatives sur l’essentiel, discutées préalablement au sein du couple avant de vivre ensemble.

A LIRE

  • Les ouvrages d'Élisabeth Darchis : La Séparation, Nathan, 2008 (avec Gérard Decherf), et Frères et sœurs. Entre complicité et rivalité (avec Jean-Patrick Darchis), Nathan, 2009.
  •  Les belles-mères, les beaux-pères, les brus et les gendres, d'Aldo Naouri chez Odile Jacob, sorti en septembre 2011.
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