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Fausse couche : non, pas moi !

Le test de grossesse est positif, c’est reparti pour un tour... Joie, excitation, planification pour ce deuxième ou troisième enfant qui arrive ! Jusqu’au jour où la nature décide de venir jouer les trouble-fête et que tombe le terrible verdict, celui de la fausse couche.

Fausse couche : non, pas moi !

La découverte d’une nouvelle grossesse est un moment fort pour un couple déjà parent. Un bouleversement qu’on apprécie d’autant plus à sa juste valeur, qu’on mesure pleinement l’impact qu’il aura sur notre univers. Ce bonheur plus conscient n’en devient que plus savoureux.
Mais, un jour, la perte de gouttes de sang vient perturber cet élan. Vous savez que ça n’est pas bon signe, mais vous refusez d’y croire. « Non, pas moi ». Mais vous avez beau lutter de toutes vos forces pour ne pas laisser s’évanouir cette lueur de vie que vous sentiez déjà grandir en vous, la nature en a décidé autrement. Et dans ce cas, la nature est sans appel. Terriblement cruelle, mais sans appel.

C’est très fréquent 

C’est alors que les langues se délient autour de vous à l’annonce de la triste nouvelle. « Tu sais, ma cousine a perdu son bébé à 3 mois de grossesse... », « Ma grand-mère a fait trois fausses couches avant d’avoir son premier enfant », « Ma chérie, je ne te l’ai jamais dit, mais j’ai moi aussi perdu un enfant entre toi et ton frère ».
Et les médecins surenchérissent. « Mais oui, madame, je me tue à le répéter, il y a une grossesse sur quatre qui finit en fausse-couche », voire sur trois selon les spécialistes. En effet, les gynécologues informent les femmes qui sont enceintes du risque d’échec de cette nouvelle grossesse, mais sont-elles réellement prêtes à l’entendre ?
Comment envisager que ce nouvel élan de vie si puissant que l’on sent naître dans notre chair puisse nous quitter du jour au lendemain, sans crier gare ? Impensable, insupportable. Et pourtant, bien réel. Le risque est là. Le répète-t-on assez ? Sans doute. Sommes-nous prêtes à l’entendre ? Assurément, non. Et pour cause, puisque cette nouvelle est un vrai choc, un vrombissement dans nos entrailles, abasourdissant, tétanisant.

Ne pas banaliser

Quand les premiers symptômes apparaissent, le doute subsiste, d’autant plus que l’on vacille entre le stress de ressentir que quelque chose ne va pas et le refus d’accepter la dure réalité. Si l’interruption intervient en début de grossesse, et c’est le cas le plus courant, c’est souvent les pertes de sang qui mettent la puce à l’oreille, même si elles peuvent survenir alors que tout va bien.
Plus tard dans la grossesse, la maman ne sentira peut-être plus son enfant bouger, et verra ses craintes confirmées lors d’une échographie qui ne percevra plus de battement de cœur. A priori, plus la nouvelle tombera tôt, plus elle sera acceptable. Plus elle arrivera tard, plus elle sera difficile à surmonter pour la maman qui aura déjà peut-être senti la vie bouger en elle et vu son ventre s’arrondir. Évidemment, chaque couple parental réagira selon sa propre sensibilité, et son propre vécu.
« Je me souviendrai toute ma vie quand ma gynécologue m’a répondu au téléphone que, tenant compte de la moyenne d’une fausse couche sur trois grossesses, c’était le prix à payer si je voulais un troisième enfant. Sans parler de mon amie généraliste qui m’a déconseillé d’aller aux urgences, parce qu’ils allaient très certainement me renvoyer chez moi, étant donné qu’ils ne pourraient rien y faire et que c’était quelque chose de ‘banal’ pour eux. »
Le monde médical est parfois rude dans ce genre de situation délicate. L’aspect empirique et pragmatique de la science peut se heurter au vécu émotionnel du patient. Certes, les chiffres rassurent sur le fait que nous ne sommes pas seule dans le même cas, que ce n’est pas notre corps qui est défectueux, mais quelle place donner à la tristesse qui nous envahit ? D’autant plus quand notre ou nos premier(s) enfant(s) se posent des questions, et qu’il faut y répondre. Eux aussi ont besoin de comprendre.

Que dire aux aînés ?

L’avantage d’être déjà parent, c’est de savoir que ce n’est pas la « machine qui ne fonctionne pas », et puis aussi de trouver du réconfort émotionnel auprès de la tribu que nous avons déjà constituée. Mais cette tribu, quel que soit son âge, traverse l’épreuve avec vous et se rend compte que quelque chose ne va pas.
« Comme mes deux premières grossesses s’étaient déroulées sans problème, je n’ai pas attendu les trois mois conseillés avant de l’annoncer à l’entourage. Et comme je voulais impliquer mon aîné de 4 ans, c’est lui qui était chargé de dire qu’il y avait un bébé dans le ventre de maman. »
Si l’enfant est en âge de parler et que vous l’estimez capable de comprendre les choses, il ne faut pas avoir peur de mettre des mots sur cet événement de la vie. En fonction de son âge, mieux vaut privilégier les mots simples, et éviter les détails trop compliqués. Mais lui expliquer que, parfois, la nature décide que le bébé n’aurait pas été en bonne santé et qu’il a dû repartir, qu’il n’est plus dans le ventre mais qu’un autre pourrait revenir une prochaine fois. Lui dire que vous ressentez de la peine, parce que papa et maman se faisaient une joie de voir arriver un petit frère ou une petite sœur dans la famille.
Ces explications lui permettront d’identifier la situation et de prendre de la distance par rapport à la tristesse qu’il ressent indiscutablement chez vous. L’occasion par ailleurs de vous dire que lui aussi est triste. « J’ai été très touchée quand Maurice, 4 ans, m’a dit que le bébé qui est parti s’appelait en fait Gaspard et qu’il allait revenir, un jour, parce qu’il avait envie de le revoir ». Le but est de faire parler votre enfant, petit ou grand, avec ses mots et son niveau de langage, de quoi faire circuler les choses, d’éviter qu’elles ne se figent en non-dits et en incompréhensions douloureuses.

On enchaîne directement ?

Après la première onde de choc passée et les symptômes physiques dissipés, la tentation est grande de « remettre rapidement le couvert », pour passer à autre chose. De quoi faire gagner la vie et oublier le passé. Chacun jugera ce qui sera bon pour lui, il n’y a pas de bonne formule.
Les médecins conseillent toutefois d’attendre le passage d’un cycle, et d’attendre d’avoir une fois ses règles avant de retomber enceinte, pour permettre à l’endomètre de se renouveler complètement et d’être tout à fait prêt pour accueillir un nouvel embryon. Il pourrait être judicieux de faire une cure de fer pour compenser la perte de sang et - pourquoi pas ? - faire un bilan sanguin qui pourrait révéler certaines carences à combler pour repartir du bon pied.
Mais au-delà de l’aspect purement pratique dont tout le monde vous parle, il y a l’aspect émotionnel qu’on a souvent tendance à négliger. Vous sentez-vous prête à retomber enceinte maintenant ? Avez-vous fait le deuil de ce bébé « perdu » ? Vous sentez-vous assez forte pour bien vivre une nouvelle grossesse ? Nier le flux émotionnel que la perte d’un enfant éveille en nous n’est pas un bon calcul, d’autant plus lorsqu’il avait été désiré et qu’il s’était déjà fait une place dans le cœur de la famille.
Les émotions sont comme de l’eau, quand on ne les écoute pas, elles finissent toujours par se frayer un chemin pour resurgir là où on ne les attend pas. N’est-il pas préférable de laisser le temps à notre mental d’accuser le coup, de digérer l’info et de se relever en douceur ? « Cette fausse couche m’a permis de réfléchir à la signification qu’avait pour moi d’être enceinte. J’ai compris que je le vivais comme un nouveau départ dans la vie, comme une nouvelle chance, comme une revanche sur mon enfance, en construisant un avenir meilleur pour moi et les miens ».
De fait, une grossesse interrompue éveille chez chacun de nous son lot d’émotions liées à un vécu plus ou moins lointain. Lorsqu’elles sont douloureuses, les identifier permet de mieux les vivre en prenant de la distance. Encore une fois, c’est un travail de deuil dont il s’agit. Pour joindre le geste à la pensée, et si cela vous parle, pourquoi ne pas imaginer un moment pour vous permettre de dire au revoir à cet enfant que vous avez attendu quelques semaines, quelques mois, voire quelques années. Lui donner un nom peut-être, le graver dans l’écorce d’un arbre ou simplement le retranscrire sur un bout de papier que vous mettrez dans une jolie boîte à enterrer dans un petit coin de paradis? Quelque chose qui vous parlera, à vous et à vos proches.
Chacun trouvera sa propre formule, de quoi permettre de tourner la page, dans le respect de ses émotions, à contre-courant du rythme effréné que nous impose notre société ultra-performante, qui nous fait bien souvent oublier d’écouter ce que notre cœur a à nous dire.

Julie Robin

Des mamans en parlent… 

Le réveil de vieilles blessures

« J’étais à 6 semaines de grossesse quand j’ai fait une fausse couche, un 30 décembre. J’ai noyé mon chagrin dans le champagne le soir du réveillon, mais j’ai mis des mois à m’en remettre émotionnellement. Avec ma psychologue, j’ai fini par comprendre que cette perte avait réactivé des vieilles blessures d’abandon. »
Juliette, maman d’Achille et de Yakari

Une forte souffrance

« J’ai perdu mon premier enfant à 3 mois de gestation, l’un des moments les plus pénibles que j’ai eu à vivre. La souffrance était d’autant plus forte que nous avons d’abord tenté de le faire partir « naturellement », avec des médicaments. Mais comme cela n’a pas fonctionné, nous avons dû faire un curetage. Ça a été très dur de garder ce bébé mort dans mon ventre, le temps de pouvoir faire l’intervention. »
Valérie, maman de Julia et de Lydie

Pragmatisme professionnel

« En tant que médecin, je connais le risque, je le vois très fréquemment dans mon cabinet. J’étais triste de perdre mon bébé en début de grossesse, mais je savais que cela signifiait que cet enfant n’était pas viable et que c’était mieux ainsi. La fois suivante était la bonne. »
Claire, maman de Lou et de Basile

Et les papas dans tout ça ?

Spectateur

« J'ai été un peu spectateur quand Sabine a fait cette fausse couche. Pour moi, ce n'était qu'une péripétie et la fois suivante serait forcément la bonne. La grossesse ne s'était pas, disons, matérialisée. Je n'ai pas ressenti ça comme un choc. Et puis, j'ai vu que Sabine ne remontait pas la pente, qu'elle souffrait vraiment. C'était difficile de trouver les mots justes. Il y a eu des hauts et des bas. Heureusement que notre aînée était là. Du haut de ses presque 4 ans, c'est elle qui a redonné le sourire à sa mère. Et qui lui a redonné l'envie de faire ce deuxième enfant. »
Pierre, papa de trois enfants

Du flottement

« Clairement, je n'ai pas su quoi faire. Pris dans la spirale boulot-école-maison, j'ai zappé l'état de ma compagne. Quand j'ai pris conscience du truc, il était presque trop tard, elle s'était refermée sur elle-même, ne voulait plus en parler. Il y a eu un gros, gros moment de flottement dans notre couple. Il a fallu qu'elle consulte un psy pour sortir de là, ça a pris une bonne année. Et puis, d'un coup, elle a refait surface. Douze mois plus tard, Léonie pointait le bout de son nez. »
Sven, papa de deux enfants

Abasourdi

« Le choc a été violent. La fausse couche a eu lieu au début du troisième mois de grossesse, on avait commencé à annoncer la bonne nouvelle partout. Et puis, d'un coup, bang, plus rien. Des deux, c'est moi qui a le moins bien vécu cette fausse couche. Jeanne est hyper pragmatique, elle m'a juste dit : 'Pas de panique, ça arrive souvent. Je me retape et on réessaye'. De mon côté, c'était un vrai drame, un vrai déchirement. J'avais déjà projeté plein de trucs sur ce bébé à venir. Je n'en ai pas dormi pendant des semaines. »
Luc, papa de deux enfants