Vie de parent

Faut-il interdire Facebook
aux moins de 16 ans ?

La Belgique va-t-elle suivre la recommandation européenne en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans ? C’est possible. Mais cela serait absurde. On vous explique.

Faut-il interdire Facebook aux moins de 16 ans ?

L’Europe veut interdire aux jeunes de moins de 16 ans l'accès aux réseaux sociaux sans un accord de leurs parents. Cette disposition toucherait tout service collectant des données personnelles (nom, prénom, date de naissance, email ...). Sont concernés les services de messagerie (Google, Yahoo, Hotmail...) mais aussi les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Snapchat, WhatsApp…).
Le Parlement européen montre à son tour qu'il souhaite protéger les plus jeunes contre l'exploitation de leurs informations personnelles à des fins commerciales, le coeur du modèle économique des services internet gratuits. 

Une absurdité

Les jeunes entre 13 et 16 ans devront donc obligatoirement recueillir l'accord de leurs parents pour s'inscrire sur ces plateformes en ligne. Les 28 pays de l'UE devront appliquer la mesure mais seront libres de choisir une limite d'âge plus basse. Reste à voir quel âge limite sous lequel l’accord parental est requis la Belgique va fixer et quels moyens techniques le pays mettra en place pour s’assurer que les plus jeunes ont bien l’autorisation de leurs parents pour partager leurs informations en ligne.
La disposition européenne se concentre exclusivement sur la protection des données mais ne comporte aucune réflexion sur le volet pédagogique. « C’est une aberration sans nom, cela sert uniquement à se donner bonne conscience, à se retrancher derrière une loi qui n’a pas prévu de sanctions, de moyens de contrôle, ni de prévention », s’exclame Christophe Butstraen, auteur de Internet, mes parents, mes profs et moi.
C’est surréaliste, pour Maryse Rolland, porte-parole de Child Focus : « Revoir cette barrière n’est pas en phase avec les réalités des adolescents d’aujourd’hui. »

Trop facile de tricher

Il est déjà compliqué aujourd’hui d’interdire les médias sociaux aux moins de 13 ans. Relever l’âge de la restriction à 16 ans ne ferait qu’attiser leur envie d’enfreindre les règles. Dès l’âge de 14-15 ans, les adolescents commencent à s’opposer à l’autorité (pour se construire).
« Il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui, à partir du moment où 80 % des jeunes sont équipés d’un smartphone ou d’une tablette, internet échappe à la vigilance des parents, rappelle Christophe Butstraen. S’ils se vieillissent artificiellement déjà maintenant entre 9 et 13 ans pour être sur les réseaux sociaux, je ne vois pas pourquoi ils ne le feraient pas demain entre 13 et 16 ans, alors qu’il y a une pression terrible pour être sur ces nouveaux médias. »
« L’interdiction, c’est de la provocation pour des jeunes de cet âge. Elle sera contournée en un clic, explique Maryse Rolland. Ils vont tout faire pour aller s’inscrire sur d’autres sites, peut-être moins sécurisés ou trouver une parade technique pour faire croire qu’ils ont l’accord parental. »

Comment les protéger ?

L’appât de la publicité et le risque du partage des données n’existent pas que sur les réseaux sociaux qui requièrent l’ouverture d’un compte. Tout jeune qui surfe sur internet reste exposé en permanence à la publicité. On ne peut pas complètement les protéger.
Enfin si, bien sûr. On peut éviter que nos jeunes soient de naïves cibles des magnats du web et faire en sorte qu’ils se comportent sur la Toile en bons e-citoyens. Pour cela, un mot d’ordre général : l’éducation aux médias, par et pour tous.
Même si on est désemparé devant les nouvelles technologies, on peut toujours profiter de l’actualité - qu’il s’agisse de drames ou de nouvelles réglementations - pour ouvrir le dialogue avec son ado. « Des parents sont tellement angoissés à l’idée que leur jeune surfe sur internet qu’ils risquent de s’appuyer sur cette loi pour interdire l’accès au web à leur enfant », craint Child Focus.

Dialogue et prévention

Que l’on soit parent ou professeur, il faut au contraire agir préventivement, dès que les enfants ont 8 ou 9 ans, pour veiller à ce qu’ils confient le moins possible des informations personnelles en ligne et esquivent les autres dangers de l’internet.
Il est également indispensable de les informer sur les bons comportements à avoir sur le web. « Le cadre légal existe déjà : les réglementations sur le cyber-harcèlement, le droit à l’image, le droit à la vie privée, etc., existaient avant les réseaux sociaux et internet ». Et on se rappelera que les mêmes règles de savoir-vivre valent dans le monde virtuel comme dans la vie réelle.

Stéphanie Grofils

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