3/5 ans

Faut-il les laisser croire
à saint Nicolas ?

Plus que deux ou trois fois dormir (selon que vous respectiez la tradition du 6 décembre ou que vous décidiez d’accueillir le grand saint, le lendemain, au lever du week-end !). Plus que quelques nuits, donc, avant le grand matin tant attendu : celui où l’on découvre devant la cheminée tout ce que saint Nicolas aura déposé. Un matin magique, mais pas pour tous car certains parents sont farouchement opposés à entretenir ce mythe. Petite enquête auprès des parents pour ou contre avant que notre saint préféré ne descende du ciel.

Faut-il les laisser croire à saint Nicolas ?

« Je ne veux pas lui mentir ! »

« Je ne tiens pas à raconter un mensonge aussi énorme à ma fille. Pour moi, c’est incompatible avec un autre discours qui me tient à cœur : celui de ne pas mentir », explique Sylvie.
« Le jour J, on ne dit merci à personne ! Où est la reconnaissance envers les parents ? L'enfant ne voit pas que ses parents restent à l'écoute de ses besoins et désirs pour lui faire plaisir en lui offrant ce dont il rêve », considère de son côté Muriel.
De tels discours, même s’ils restent minoritaires, sont de plus en plus fréquents. La volonté de ne pas mentir à son enfant et l’importance de la reconnaissance, tels sont les principaux leitmotive de ces parents.
La psychiatre Dominique Tourrès-Gobert, interrogée sur le sujet, tempère : « Oui, saint Nicolas ou le père Noël sont des mensonges, mais des jolis, gentils mensonges. Ces messieurs vêtus de rouge, c’est la magie, la fête, le mystère, mais aussi le don, la générosité, la beauté gratuite d’offrir. Si le père Noël n’est pas vrai ‘pour de vrai’, l’amour qu’il incarne, lui, l’est. C’est un mythe, pas un mensonge, disait d’ailleurs Françoise Dolto. »

« La vie n’est pas rose »

Pourquoi devrait-on vendre la mèche et dire que saint Nicolas n’existe pas ? Pourquoi priver le jeune enfant d’un moment magique qui nourrit son imagination ? Pour préparer l’enfant à la vraie vie, en ne l’habituant pas à des mensonges inutiles et en lui disant que la vie n’est pas rose répondent certains parents.
D’après Angélique Cimelière, psychologue, iI faut « donner la possibilité à l’enfant de rêver, de laisser parler son imagination sur l’arrivée de saint Nicolas et du père Noël, le laisser s’imaginer la façon dont les jouets sont fabriqués, etc. L’enfant aura largement l’opportunité de s’apercevoir que le monde n’est pas parfait. Laissez-lui donc le temps de rêver. »

Un mauvais souvenir d’enfance

Pourquoi ce « mensonge » gêne-t-il certains parents et pas les autres ? Cette question est directement liée à l’enfance du parent, comme tend à le montrer le témoignage de Muriel : « J’ai décidé de ne pas laisser mes enfants croire en saint Nicolas en raison de mon expérience d’enfant. Le jour où j'ai appris la vérité, j’ai réalisé que mes parents pouvaient me faire croire n'importe quoi et dès lors, j'ai douté de tout ce qu'ils pouvaient me dire. »
« Si enfant, on a vécu cette croyance comme une trahison, il est tout à fait compréhensible de ne pas vouloir reproduire le schéma, atteste Dominique Tourrès-Gobert. Mais pour le bien-être de son enfant, il est important que le parent fasse abstraction de ce qu’il a été petit pour donner la possibilité à son enfant d’acquérir des souvenirs positifs autour de la Saint-Nicolas ou de Noël. »

Alors, leur dire ou pas ?

De l'avis des experts, il serait souhaitable que les parents accompagnent l'enfant dans son cheminement, sans le précipiter. À la question « Finalement, il existe saint Nicolas ? », demandez à votre enfant ce que lui en pense. Puis discutez ensemble. Si vous sentez que votre enfant souhaite encore y croire, faites en sorte que cela marche. Si, par contre, vous pensez qu’il est avancé dans ses raisonnements, dites-lui en douceur la vérité.
Conseil : ne parlez pas de mensonge. Faites-le plutôt entrer dans le « monde des grands » en lui confiant que, maintenant, il est au courant d’un secret. Ainsi, vous permettez à votre enfant de faire un petit pas de plus vers le monde des adultes, tout en lui proposant d'être aussi un peu le gardien de ce mythe merveilleux. Il pourra ainsi, intuitivement, comprendre que cette histoire de saint Nicolas ou de père Noël a une fonction qui n'est pas celle d'un mensonge, dans le sens de dissimuler une vérité, mais celle d'un mythe qui donne à rêver.

Gaëlle Hoogsteyn

La question

Quand dire à son enfant la vérité sur saint Nicolas ?

On peut prolonger la magie de saint Nicolas ou du père Noël tant que l'enfant « marche ». On distingue trois situations à affronter :

  • Il est petit et un grand lui a affirmé que saint Nicolas n’existait pas : si vous le sentez malheureux, rassurez-le et dites-lui que si certains n'y croient pas, vous, vous y croyez et respectez cette tradition. Cela devrait le satisfaire.
  • Il est plus grand et commence à poser des questions : quand il commence à vous interroger, il a généralement déjà de très gros doutes… pour ne pas dire qu’il a tout compris ! S’il a 5 ou 6 ans environ (l’âge habituel auquel il commence à ne plus y croire), il sera peut-être un peu déçu que vous confirmiez ses craintes… mais c’est mieux pour lui que de se sentir idiot parce que plus personne dans sa classe n’y croit !
  • Il continue d’y croire à plus de 6 ans : un jour prochain, un camarade pourrait se moquer de lui et le traiter de bébé. Il risque alors de vous en vouloir. Et même s’il a envie d’y croire encore, il en sait sans doute au fond plus que vous ne l’imaginez. Commencez néanmoins à en parler au conditionnel, et à lui expliquer ce qui n’est pas possible : les vraies personnes ne peuvent pas voler dans le ciel avec un traîneau, elles ne peuvent pas descendre dans la cheminée…

Lu pour vous

Il était une fois le bon dieu, le père Noël et les fées, Dominique Tourrès-Gobert, Albin Michel.