Faut-il s’excuser
auprès de nos enfants ?

Stress, fatigue, emploi du temps surchargé, etc., quel parent ne s’est jamais fâché sur son enfant au terme d’une journée difficile pour le regretter amèrement juste après ? Comment réagir, alors ?

Faut-il s’excuser auprès de nos enfants ?

Ce matin, le réveil a sonné à 6 heures. Comme chaque jour, c’est la course pour Clara : préparer les enfants, les amener à l’école, arriver à l’heure au boulot. Petite chérie ne trouvait pas ses baskets roses et fils adoré ne voulait pas de ses céréales. Au bureau, le téléphone a sonné toute la journée et les dossiers se sont empilés. Une fois les petiots récupérés à l’école, Clara s’est retrouvée au milieu d’un embouteillage monstre. Résultat : un retour à la maison bien plus tard que d’habitude. Alors, quand les enfants ont refusé d’aller prendre leur bain, elle a explosé… pour le regretter cinq minutes après.

Déculpabiliser… et relativiser

Ce scénario vous rappelle quelque chose ? Vous aussi, vous venez de crier sur votre petit et vous vous en voulez ? Stop ! Arrêtez de culpabiliser. Se mettre parfois en colère contre son enfant n’a rien de grave, ni d'étonnant. Il faut dire que nos petits chenapans savent y faire pour nous énerver, nous user, nous provoquer même, parfois. Et dans un moment de fatigue, l'exaspération peut facilement se transformer en colère.
Le rôle de parent n’est pas toujours facile. Se maîtriser lorsqu’on rentre fatigué du travail, à bout de nerfs, et qu’on doit affronter un enfant (turbulent, en plus !) relève de l’exploit. Catherine Jousselme, professeur de pédopsychiatrie, le confirme : « Nous sommes tous humains ! Une journée difficile, un patron pénible et, le soir, un enfant qui tache le tapis du salon avec du chocolat : on peut facilement craquer. En raison de la tension accumulée, on finit par perdre le contrôle, c’est normal. Il ne faut surtout pas se culpabiliser pour ça. Personne n’est parfait. En tant que parent, vous avez aussi le droit à l’erreur. Le tout est de savoir le reconnaître. »

Une valeur éducative pour l’excuse

D’accord, on a le droit à l’erreur. Mais si nos mots (ou nos actes) ont dépassé notre pensée, faut-il s’excuser pour autant auprès de nos enfants ? Gérald Boutin, psychopédagogue, répond oui : « L’enfant est capable de faire la part des choses. Il n’y a rien de mal à s’excuser auprès de lui si on juge avoir été trop agressif. Au contraire, c’est une excellente façon de lui apprendre que les adultes ne sont pas parfaits et qu’ils peuvent, eux aussi, se tromper. »
Un point de vue partagé par Catherine Jousselme : « Je pense qu’il peut être utile de s’excuser auprès de son fils ou de sa fille lorsqu’on a sur-réagi et reconnaître qu’il ou elle nous a poussés à bout. Afficher ses propres limites permet à un enfant d’accepter encore mieux l’autorité de ses parents. Par ailleurs, demander pardon permet à la discussion de repartir sur une base calme et saine. L'enfant, interpellé dans sa responsabilité, sera plus ouvert à changer de comportement. »

Et l’autorité parentale dans tout ça ?

Dire non, se fâcher, demander pardon, revenir sur ses mots ou ses actes, dire oui… S'excuser auprès d'un enfant de ce qui nous paraissait justifié quelques instants auparavant, n’est-ce pas le meilleur moyen de brouiller sa notion de l'autorité ? Pour Anne Libbrecht-Gourdet, conseillère familiale, cette remise en question du parent apprend, au contraire, à l’enfant à s'excuser lui aussi et à reconnaître ses erreurs, ses fautes, la peine qu'il a pu faire à d'autres. « L'exemple et l'influence marquent profondément les enfants, bien plus que nos beaux discours, explique-t-elle. Nos enfants n'ont pas besoin de parents parfaits qui seraient impossibles à imiter et ennuyeux à côtoyer. Ils ont besoin de parents ‘vrais’ qui montrent qu'on peut être adulte, avoir une vie réussie, même en ayant quelques faiblesses. Aux yeux de l’enfant, la grandeur du parent n'est en rien diminuée s'il s'excuse auprès de lui. Savoir reconnaître ses fautes, c'est un acte d'humilité et de maturité. »

Gaëlle Hoogsteyn

Des parents en parlent...

Si le parent a eu un comportement disproportionné, l’autorité paraîtra injuste et l’enfant se sentira floué. Dès lors, si le sujet ne méritait pas que l’on s’emporte, mieux vaut le reconnaître. Selon moi, à long terme, l’autorité n’en sera que mieux acceptée.
Rafaël, papa d’Eva, 7 ans

Je pense que s’excuser auprès de ses enfants, pour autant qu’ils soient en âge de comprendre, ne peut être que constructif. Cela leur permet aussi d’apprendre que même les parents peuvent commettre des erreurs et que si on sait s’en rendre compte, ce n’est pas grave.
Lauréline, maman de deux enfants

Savoir reconnaître qu’on a tort n’est pas une mauvaise chose. Mais il faut le faire à tête reposée. L’autorité parentale repose sur la confiance et le comportement des parents. Savoir s’excuser est une chose importante à apprendre aux enfants.
Jean-Marie, papa de deux enfants

Autant savoir

COMMENT NE PAS EN ARRIVER LÀ ?

Quelques conseils pour éviter de pousser des cris que vous pourriez regretter :

  • Éloignez-vous de votre enfant ou demandez-lui de le faire avant d’exploser. Dites-lui simplement : « Va dans la pièce d’à côté cinq minutes, le temps que je réfléchisse parce que là, je suis énervé. »
  • Prenez un temps d’arrêt, buvez un verre d’eau et respirez profondément. Regardez par la fenêtre, arrosez les plantes… prenez le temps de vous calmer.
  • Réfléchissez au degré de gravité de la bêtise. Est-il utile de punir votre enfant à cause d’un verre d’eau renversé ou d’un vase cassé ? En y réfléchissant un peu, vous constaterez souvent que ce qui vous apparaissait comme un geste malintentionné de la part de votre bambin pourrait être simplement une maladresse normale pour un enfant de son âge.
  • Retrouvez votre enfant et parlez-lui calmement de ce qui vient de se passer. Au lieu de crier, essayez de mettre en cause sa responsabilité, en lui demandant, par exemple : « Es-tu fier de ce que tu as fait ? »
  • Terminez par une note positive : « Que pourrais-tu faire de mieux la prochaine fois ? »

En pratique

DEMANDER PARDON EN 5 ETAPES

  1. Attendez d’abord d’être bien calme et réfléchissez à ce que vous allez dire à votre enfant. Si ce dernier a réellement fait une bêtise, il est important qu’il comprenne que, même si vous vous excusez, il a quand même commis une faute.
  2. Allez près de votre enfant. Si c’est un ado et qu’il est dans sa chambre, frappez avant d’entrer.
  3. Excusez-vous avec des mots simples. Par exemple : « Jean, je te demande pardon de t’avoir crié dessus parce que tu as laissé traîner tes chaussures dans le salon. Toi, tu aurais dû les ranger et moi, je n’aurais pas dû m’énerver autant pour si peu. »
  4. Dites-lui pourquoi vous avez réagi ainsi : « Je suis fatigué et j’ai eu une journée difficile aujourd’hui, ça m’a mis de mauvaise humeur. Voir tes chaussures traîner a été la goutte qui a fait déborder le vase ».
  5. Terminez sur une note positive : « Je te propose de venir ranger tes chaussures et ensuite on pourra prendre le goûter/aller se balader/faire un jeu… ». Et si votre enfant est petit, un bisou de son papa ou de sa maman est toujours le bienvenu pour le rassurer sur l’amour que vous lui portez.
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