Vie de parent

Fermetures de classes & quarantaines: il faudrait du recadrage

Les fermetures de classes pour cause sanitaire semblent se multiplier. Une situation qui pose de nombreuses questions, à tous les niveaux. Les parents font les frais d’une improvisation où personne ne s’y retrouve. Entre procédures mal comprises, gardes d’enfants compliquées et manque de données chiffrées, la coordination et l’anticipation ne sont pas (encore?) à l’ordre du jour.

Fermetures de classes & quarantaines: il faudrait du recadrage

À la mi-août, l’Absym, l’Association belge des syndicats médicaux, plaidait pour la réouverture complète des écoles en septembre. Elle faisait ainsi écho à la demande de la Belgian Pediatric Covid-19 Task Force qui, elle aussi, formulait cette demande. Elle estimait que face au risque de contamination « très faible » à l’école, il était préférable de privilégier l’apprentissage et d’éviter la « privation sociale » chez les enfants.

Cette semaine, soit moins d’un mois après cette prise de position, la même Absym fait un constat amer. Le retour à l’école est en train de mettre les médecins sous pression. Interrogé par le Vif, le président de l’Association, Philippe Devos, s’explique : « Il y a en ce moment une infection virale peu grave qui se répand chez les patients et qui donne des maux de gorge et de la fatigue. Ces deux symptômes suffisent, selon les critères Sciensano, à envoyer les gens en dépistage à partir de 6 ans. De nombreux enfants sont donc exclus de l'école par les directions et envoyés chez leur médecin généraliste. »

Plus largement, dans cette interview, Philippe Devos se veut très critique sur les procédures qui sont soit mal comprises, soit peu claires.  « Il y a une mauvaise interprétation d'une circulaire par certains directeurs d'école qui estiment que toute la famille doit s'isoler. Donc ils renvoient les frères et soeurs également. Alors que normalement, c'est le médecin qui doit évaluer s'il est nécessaire de mettre une famille entière en quarantaine. » Bref, les médecins se retrouvent à devoir s’occuper de toute une famille pour un cas potentiel.

Des choix politiques à assumer

Cette situation entraîne un autre problème, l’engorgement des centres de tri. L’afflux des demandes de tests induit aussi des délais de plus en plus longs pour obtenir les résultats des analyses. Au bout du compte, le président de l’Absym en vient à critiquer le gouvernement. Selon lui, si celui-ci « veut dépister toutes les personnes peu symptomatiques, alors il faut déployer plus de moyens dans les centres de tri. Il s'agit d'un choix politique. Prendre des décisions et ne pas mettre les moyens financiers qui vont avec, c'est sûr que c'est voué à l'échec. »

Les fermetures des écoles « pour raison sanitaire » ont des répercussions fâcheuses et nombreuses. Ainsi cette semaine, les syndicats et la Ligue des Familles se sont inquiétés du manque de solutions ad hoc apportées aux parents qui se retrouvent à devoir garder leurs enfants renvoyés à la maison par les directions d’écoles. « Il n'y a aucun dispositif qui leur permette de s’absenter du travail pour cette raison » ont-ils exposé dans un communiqué commun. Leur revendication ?  Un congé spécifique pour les parents qui pourrait « s’appuyer sur divers mécanismes existants (congé prophylactique, congé parental, chômage temporaire…) mais, dans tous les cas, il est indispensable d’en renforcer la rémunération : il n’est pas admissible qu’en cas de fermeture de classes, les parents y perdent financièrement s’ils absentent du travail alors qu’ils n’ont pas d’autre solution pour faire garder leurs enfants ».

Ce problème a été anticipé dans d’autres pays. C’est le cas en France. Mercredi, le ministère de la santé a diffusé un communiqué pour exposer une mesure prise pour aider les salariés du privé à garder leur enfant en raison de la fermeture d’une crèche ou d’une école. Dispositif ? « Les parents concernés pourront bénéficier d’un revenu de remplacement dès le premier jour de leur arrêt de travail, et au plus tard jusqu’à la fin de la période d’isolement. » Un seul parent du foyer pourra bénéficier de l’indemnisation qui prendra la forme d'un chômage partiel, indemnisé à hauteur de 84% du salaire net. Même si cette indemnité n’est seulement valable qu’à partir du moment où aucun des deux parents ne peut télétravailler, elle a le mérite d’exister et de se poser en solution d'urgence.

Des parents coincés de toutes parts

Ludivine, une maman, témoigne : « Mon petit garçon n'a pas pu aller à l'école de la semaine. Il a été refusé car 2 symptômes mineurs et a dû faire le test. On attend les résultats. Mais on a dû s'organiser. Mon loulou se portait bien et n'a pas pu suivre les cours. Les apprentissages scolaires se sont poursuivis sans lui. Rien n'a été prévu pour qu'il puisse suivre à distance. » C’est un autre problème, si la reprise des cours a été décidée pour permettre la continuité pédagogique, les « quarantaines » entrent en collision avec cet objectif. Agnès perd patience : « Six mois que la situation dure et rien n’a été mis en place. Je monte au créneau si quarantaine chez mes enfants. Les enfants ont droit à un enseignement, c’est même un droit fondamental. Des « on ne sait rien faire », on n’en veut plus. »

Certains parents se projettent comme Julie. « Chez nous, 4 enfants dans 4 écoles (ou crèches) différentes et nous deux enseignants... Cela va arriver tôt ou tard et comme 3 de nos enfants ne peuvent pas se garder seuls, et bien nous ne pourrons pas aller donner cours. Et ce sont nos élèves qui seront pénalisés car si ça arrive souvent, ils n’auront pas cours pendant de nombreux jours (et j’entends déjà crier au scandale parce que les profs sont absents). Dans cette situation, tout le monde trinque mais au niveau de l’organisation, les familles vivent parfois un enfer. »

La coordination en priorité

On le voit, les procédures fixant les fermetures d’école ou l’écartement des élèves mériteraient sérieusement d’être analysées, disséquées pour répondre à toute une série de situations critiques qui se posent tant au niveau des familles que du corps médical. Mais là aussi, il faut bien avouer que ça coince.

Dans le Soir de ce vendredi, le cabinet de la ministre de la Santé, Bénédicte Linard, confirmait qu’il n’y avait pas de relevés (même hebdomadaire) des cas testés et confirmés dans les écoles. Quant aux fermetures, elles se décident sans qu’une véritable recension automatique s’organise. En clair, pour l’instant, dresser une cartographie des cas de fermetures d’écoles relève de la mission impossible. Il est donc difficile d’avoir une bonne vue de la situation sur le terrain.

Au vu de tous ces éléments, il est clair que des coordinations s’imposent à tous les niveaux que soit entre les écoles et la Fédération Wallonie-Bruxelles, les soins de santés et les autorités sanitaires, le fédéral et les régions. Sans cela, certains craignent déjà de se retrouver comme en mars dernier, acculés, obligés de prendre des mesures sans recul, cohérence ou indicatifs chiffrés pertinents.

Thierry Dupièreux

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