12/15 ans

Festival Les Solidarités : et les ados, alors ?

Dans le Ligueur du 27 juin, nous nous sommes joyeusement baladés au sein du festival Les Solidarités destiné aux enfants et en avons profité pour glisser pas mal de conseils bien sentis aux festivaliers accompagnés de leurs petits, quel que soit le spectacle, la faune et le lieu. Retournons-y faire un tour, mais cette fois, avec des ados. Non, inutile de leur tenir la main…

Festival Les Solidarités : et les ados, alors ?

« On n’est pas obligés de tout faire ensemble »

Avant toute chose, un point n’a eu de cesse de nous turlupiner avant de nous lancer : si un festival peut être un vrai moment de partage familial comme nous l’avons vu dans le dernier numéro, avec un ado, a contrario, ça peut vite tourner au pénible. Ils ont un peu honte de se trimballer avec PapaMaman, ils y mettent pas mal de mauvaise volonté, ils ne veulent rien faire… pour forcer le trait.
Alors, on leur a demandé leur avis. Au moment de la rédaction de l’article, nous avons rencontré Olive et toute sa bande de copains, âgés de 12 à 15 ans. Ils nous éclairent : « Oui, ça peut être bien de faire un truc comme ça avec ses parents. Mais pas être collés. Moi, par exemple, si j’allais voir Roméo Elvis, mon rappeur préféré, je ne voudrais pas être à côté de ma mère, ce serait vraiment mais grave la honte ».
Que doivent faire les parents, alors ? « On peut y aller, se séparer, se retrouver, style on marche dans le festival et tout, mais on n’est pas obligés de tout faire ensemble ». En un mot, parents, trouvez les bons compromis. Il suffit juste de fixer quelques règles. Que nous allons étudier, justement.

► « Promis, je vais boire de l’eau »

S’il existe bien une chose contradictoire, c’est d’expliquer aux ados qu’il y a des règles en cas de festival. Souvenez-vous, quand, au beau milieu de votre adolescence, vous partiez sac au dos et casquette à l’envers, personne ne pouvait vous dicter de loi. Pourtant, Olive et les siens sont assez sages. Ils ont bien retenu quelques leçons qu’ils ont mis en application tout l’été.
La première ? La sacro-sainte du festivalier : boire de l’eau. En grande quantité. Et surtout en cas de fortes chaleurs, de prise d'alcool. La déshydratation est souvent la cause de nombreux malaises. Mizou, le petit frère d’Olive, nous dit : « À chaque fois que je pars faire des camps ou que je pars à l’aventure, mon père me dit que je dois toujours garder les mains propres. Pour lui, c’est la première règle ».
Cette très bonne base, on peut l’agrémenter. Par exemple, en insistant sur le fait qu’ils se nourrissent, se reposent et, surtout pour les plus grands, qu'ils ne prennent jamais la route crevés, ivres ou stone. Et si le festival propose un espace camping, c’est encore mieux d’y passer la nuit.
Enfin, même s’ils sont grands, autonomes et qu’ils ne sont plus des enfants, leur épiderme obéit aux mêmes lois que celui de tout être humain : soleil, donc crème solaire, avec un bon indice (50 + de préférence), ce qui peut éviter pas mal de péripéties type brûlures, coups de soleil et allergies qui vont pourrir le festival.

► « De la drogue, je n’en ai jamais vu »

Olive et sa bande sont heureusement trop jeunes pour être confrontés aux histoires de drogues. Nous sommes tout de même obligés de l’évoquer, même si la sempiternelle association festival-drogue nous navre. Seulement, beaucoup de festivaliers le savent : dans l’effervescence, amplifiée par le phénomène de groupe, on a envie de tester des produits.
Si ça arrive, premier réflexe : on reste groupés. Si un copain est défoncé, la bande ne doit jamais le lâcher. En cas de situations ingérables, malaise, bad trip, évanouissement, on ne la joue pas tas d’autruches qui se dépatouille par ses propres moyens. Au contraire, on fonce signaler la situation aux asbl ou secouristes présents sur place. Répétez bien aux ados qu’ils sont là pour ça. Pas pour condamner, pas pour sermonner, mais juste pour faire en sorte que tout le monde reste sain et sauf. Répétez bien que pour jouir pleinement de ce moment, il suffit juste de prendre soin de soi.

► « Pfff, des capotes dans mon sac »

Les festivals sont un lieu de rencontres et peuvent s’avérer torrides si camping ou dodo sur place il y a. Tant mieux, si tout se passe dans le meilleur des mondes. Au moment de la rédaction de cet article, nous sommes en plein débat sur la majorité sexuelle qui devrait passer à 14 ans. Belle porte d’entrée pour en parler avec Olive et sa bande. Pas facile. Ils n’ont pas l’air d’être du tout là-dedans. Ou alors peu prompts à en parler.
Pourtant, un des plus âgés est parti avec des capotes, l’an dernier, gentiment offertes par ses parents. « J’ai pas compris. J’ai jamais parlé de copines, je vais d’abord écouter de la musique, pas draguer ». Le gamin a été visiblement marqué par l’absence de dialogue autour des capotes. Il n’y a pas mieux pour qu’ils se disent que vous êtes à côté de la plaque et que vous assimilez uniquement l’amour à la protection.
Peut-être pouvez-vous expliquer qu’en tant que parents, il est tout à fait normal que vous flippiez. C’est peut-être aussi l’occasion de leur montrer que vous leur faites confiance et que vous n’avez pas le sentiment qu’ils font n’importe quoi. Rappelez-vous votre propre adolescence et comme il est important de se construire avec une image positive de la sexualité. Votre rôle ? Protéger votre enfant. Ne pas l’effrayer, ni le mettre mal à l’aise.

► « On ne craint rien, mais on reste prudent »

Autre point que nous abordons avec les ados, celui de la sécurité. Nous y avions consacré un article l’été dernier, Festivals : alors, on danse... Qu’est-ce que ça donne, un festival après les fusillades qui se sont déroulées à Paris, à Manchester ou, plus récemment, à Las Vegas ?
Olive répond : « Moi, j’y ai pensé parfois, à Dour, par exemple. Dès que les rassemblements deviennent trop fat (gros, ndlr), t’es obligé de te dire que le mec avec sa kalach, il fait un carton… Et je pense que de mentaliser ça, ça te rend prudent. Je surveillais un peu autour de moi, ça ne m’a pas empêché de profiter à fond ».
Que les parents se rassurent, depuis l’an dernier, les festivals jouent la carte de la sécurité à fond. Tous travaillent en étroite collaboration avec les services de police, les pompiers. Sans en faire trop, car un festival doit rester un espace de liberté. Tiens, en parlant festival, si on parlait musique ?

► Un line up parents exclus

Nous nous sommes amusés à soumettre le line up (programmation en langage trop cool) et à trier ce qu’ils sont près à voir en famille… et à l’inverse, ce qu’il est impensable de voir, scotché à PapaMaman (ou l’inverse !).
Commençons par ceux dont les parents sont d’office exclus. Cette année, les canailles de Caballero et JeanJass, groupe de hip-hop belge, sont très attendus par nos compères. Textes crus, instrus dansantes, tous les ingrédients sont réunis pour s’amuser… loin des parents. Idem pour Dadju, Lomepal ou Eddy de Pretto qui cultivent des ambiances plus éthérées, mais ont des textes trop intimes pour être partagés en famille.
Peut-être plus de chance avec le rock bien peigné de Feu ! Chatterton, de Piano Club ou celui plus américain des Binchois de The Black Hat ? Hors de question, proteste la bande, là, on y va pour se défouler… entre copains. Même argument avec l’électro très fugace d’Hyphen Hyphen, celui plus dansant de Todeifor ou Alex Germys. Mais alors, quels sont ceux où les parents ont le droit d’aller ?

► Bon, allez pour leur faire plaisir

Ils regardent d’un œil attentif la programmation. Puis le plus âgé d’entre eux lâche : « J’emmènerai mes parents voir l’Or du Commun. Parce que c’est un groupe hip-hop un peu old school, ça leur rappellera leur jeunesse et ça peut leur permettre de faire le pont avec la scène d’aujourd’hui. Justement avec des mecs comme Caballero et JeanJass ».
Les autres ne sont pas d’accord. Pourquoi ? Trop la honte. Olive, lui, s’arrête sur Atomic Spliff, groupe de reggae. « Ça, c’est bien pour les vieux, ça les détend. Mes parents vont même tirer sur les joints qui vont tourner pendant le concert et après tout le monde sera beaucoup plus zen… ». Fou rire général. Sauf les parents d’Olive…
La chanson française semble soulever pas mal de convergences. Les Négresses vertes, Clara Luciani, Hoshi ou Da Silva. La meute veut bien partager les artistes et groupes pop comme Raphael, Charlotte, Juliette Armanet, FùGù Mango, le foufou très convenu Chaton et même Noa, musique du monde qui s’écoute les yeux fermés, disent-ils… « sans connaître bien sûr », précisent-ils...
La maman d’Olive jette un œil sur la programmation et découvre que Julien Clerc est à l’affiche. « Moi, c’est peut-être ça que j’irai voir avec mes propres parents ». Décidemment, transgénérationnel jusqu’au bout, Les Solidarités.

Youssef Bey-Karam

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Et si les ados kiffaient Les Solidarités ?

Si nous nous sommes attardés en long et en large sur la programmation musicale, le festival des Solidarités, c’est bien plus que ça. Au programme, spectacles, déambulation, véritable ambiance de fête, mais aussi toujours cette obsession de mélanger les genres pour mélanger les gens. Nous vous avons parlé du Village associatif très animé, dédié aux engagements citoyens, aux cultures urbaines qui permettent d’échanger et de nourrir les réflexions pour faire avancer la société vers le juste.
Le 24 août, toute une série de débats sont organisés gratuitement au cœur de la Citadelle : l’Agora. Au programme ? Justice migratoire, égalité femmes-hommes, redistribution des richesses et démocratie dans l’assiette au service de toutes et tous. Une journée pour tenter de répondre avec un fil rouge qui nous parle beaucoup au Ligueur : « Comment concrètement produire plus et mieux de solidarité ? ».
On vous redit d’ailleurs que la Ligue des familles sera présente sur place. N’hésitez pas à venir saluer nos sympathiques collègues, en la personne notamment d’Aimable le bien nommé.

C’est déjà demain !

Tous les concerts dont nous venons de parler ont lieu les 25 et 26 août sur cinq scènes différentes, à Namur. Retrouvez toute la programmation sur lessolidarites.be ou sur la page Facebook Les Solidarités.

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