16/18 ans

Festivals : alors on danse...

Des décennies après le Summer of love, cet été, lui, semble plus épineux. Beaucoup d’entre vous sont inquiets à l’idée de laisser partir les ados en festival ? En plus des traditionnelles inquiétudes liées à l’alcool, la drogue, ou autres risques, vient se greffer le facteur attentat. Alors Should I stay, or I should I go ? On en parle avec les organisateurs du Dour Festival, des secouristes et des parents.

Festivals : alors on danse...

Avant même d’attaquer l'article, on rassure David Salomonowicz, responsable de la communication du Dour Festival en lui disant qu'il est hors de question de tenir des propos trop anxiogènes. Il nous remercie. Un peu en surchauffe quant aux nombreuses questions liées à la sécurité du festival, il rappelle : « Nous sommes un festival de musique, aussi. Pas juste le Grand Satan ! ». Hélas, nous sommes obligés d’accorder un peu d’attention à ces questions, tant elles reflètent les craintes dont certains parents nous ont fait part.

« De l’inconscience pure »

Roxane, maman d’Irène, 15 ans, et William, 17 ans, fait partie de ces parents inquiets. « Quand j’avais l’âge de mes enfants, je me passais en boucle des VHS des festivals les plus mythiques. De Monterey à Glastonbury. Ça me fascinait, je ne rêvais que de ça. Mes parents m’interdisaient de sortir. Et je me suis juré de ne jamais faire la même chose avec mes enfants. Pourtant, après les faits récents de Manchester, du Bataclan, j’ai vraiment trop peur. C’est trop proche, trop réel ».
Une anxiété partagée par d’autres. Notamment Charline, maman de deux garçons de 14 et 16 ans. « Mes deux gamins sont fous de musique électronique, ils doivent se rendre à Creamfields, un énorme festival de musique à Liverpool qui fait rêver les clubbers. On n’était pas chauds, mais là, ça ressemble à de l’inconscience pure. Quel parent ne s'est pas projeté dans ces horribles tueries de masse ? ». Impossible de ne pas penser au pire.
David Salomonowicz l’entend et le comprend. « C’est hélas une composante dans l’organisation de concert aujourd’hui. C’est à savoir, en tant que festivalier et en tant qu’organisateur. Que les parents se rassurent, cette année, tous les festivals vont jouer la carte de la sécurité à fond (sac à dos interdits, etc.). C’est pour ça que nous y sommes préparés depuis des années d’ailleurs. Pour Dour, on travaille en collaboration avec les services de police, les pompiers. On fait tout ce qui est en notre pouvoir pour réduire les risques. Les entrées se font avec des bracelets, par des portiques automatiques comme dans les aéroports. Il y a un système de gardiennage. Des consignes pour les sacs (voir encadré). On ne peut pas en faire plus parce qu’un festival de musique, ça doit aussi se faire dans une certaine décontraction, l’esprit libre et dégagé. Même si ces mesures rassurent ».

« Vous envoyez le meilleur signal possible. À travers la jeunesse qu'incarnent vos enfants, vous montrez la vitalité du pays ». David Salomonowicz, Dour Festival

Bertrand est secouriste et bénévole depuis plus de quinze ans sur différents concerts et festivals intimes ou gigantesques. Selon lui, cette composante de la peur a aussi du bon. « Le risque attentat, je pense qu'il faut apprendre à vivre avec. Ça ne veut pas dire être obsédé et y penser sans arrêt. Ni s'arrêter de vivre. Encore moins enfermer les gosses. Ça veut dire que l'on pense plus collectif, on fait gaffe à ce qui nous entoure. Ce ne sera pas anodin pour les parents cette année d'envoyer les mômes en festivals. Ils vont peut-être leur dire de se méfier en cas de mouvement de foule, de repérer les issues de secours, les camps de secouristes... Peut-être que les gamins vont agir avec une plus grande vigilance. Est-ce qu'ils s'amuseront moins pour autant ? Bien sûr que non ! ».
Et puis n'oublions pas le reste. Comme le rappelle Charline, il n'y pas que le facteur attentat qui refroidit les parents. « Pour être tout à fait honnête, je profite du prétexte des sinistres évènements pour ne pas envoyer mes enfants en Angleterre. Les histoires liées aux drogues me font tout autant peur. C'est quand même un peu le lieu où les gamins expérimentent pour la première fois tout type de produits ».
David Salomonowicz est habitué à ce genre d'inquiétudes. Il répond d'ailleurs qu'il a vingt ans de festivals au compteur et n'a jamais tiré sur le moindre joint. « Je pense qu'il faut pouvoir expliquer aux ados qu'un festival, c'est un espace de liberté et que pour en jouir pleinement, il faut justement prendre soin de soi. Ne pas mettre sa vie en danger. De la joie, de l'abandon, du lâcher prise, ils en ressentiront. Pas besoin de tomber dans les excès. Qu'ils participent à une certaine forme de bienveillance collective. Qu'ils fassent gaffe aux affaires des autres. Qu'ils créent une émulsion positive. Qu'ils restent en groupe, jamais isolés. Que les mineurs soient toujours accompagnés de majeurs. C'est ça qu'il faut leur apprendre et leur dire ».
Et Bertrand de compléter : « Que l'on ne fasse pas l'autruche, non plus. De la drogue, il y en a. Et si jamais il leur prend l'envie de tester des produits stupéfiants ou qu'un de leurs amis est vraiment trop stone, qu'ils ne le lâchent pas et qu'il n'échappe pas à leur surveillance. En cas de situations ingérables, qu'ils n'hésitent pas et signalent la situation aux asbl ou secouristes présents sur place. Vous pouvez leur expliquer que nous ne sommes pas là pour faire de la répression, ni pour juger, mais pour faire en sorte que tout le monde s'amuse au mieux. Des gamins défoncés, c'est bon, on connaît... ».

Envoyez un signal positif

Il n'y pas que la drogue. Les spécialistes insistent sur les précautions liées à la santé. Une à laquelle on pense peu, celle de boire énormément d'eau. En cas de fortes chaleurs, de prise d'alcool, ça aide. Bertrand insiste : « La déshydratation est souvent la cause de nombreux malaises. Gare aux limites. Que les gamins s'écoutent, qu'ils se rafraîchissent au maximum, qu'ils se nourrissent, se reposent et, surtout, qu'ils ne prennent jamais la route crevés, ivres ou sous l'influence de psychotropes. Les festivals regorgent de campings. Autant en profiter ». Ça peut être l'occasion de rencontres, en plus. À ce propos, une petite discussion autour de la capote est peut-être la bienvenue. Impossible d'en parler ? Lisez donc notre article SIDA : prévention, toujours.
Autres précieux alliés à glisser dans le sac en plus des préservatifs : une bonne crème solaire indice 50 pour éviter qu'ils ne reviennent couleur écrevisse et les précieux bouchons d'oreilles (voir encadré).
Eh quoi ? N'allons-nous aborder la question des festivals que par le prisme des tueries, des excès et des précautions ? Non. N'oublions pas que permettre à nos enfants de se rendre à des festivals, c'est aussi les autoriser à rentrer de plain-pied dans le monde de la musique, de la culture et de la créativité. N'est-ce pas le plus important ?
David Salomonowicz abonde : « On va d'abord à un festival pour s'amuser. Pas pour faire des conneries. On associe beaucoup les concerts aux questions de sécurité. N'oublions pas non plus qu'il s'agit avant tout d'une manifestation collective. Rencontrer l'autre, c'est toujours une ouverture d'esprit. Il y a un rôle éducatif, un truc que l'on n’apprend pas à l'école. Pour parler de Dour, nous accueillons des artistes et des festivaliers qui viennent de centaines de pays différents. Il s'y joue l'avenir de la musique. Les grands noms de demain s'y produisent. Il y a un esprit alternatif, bon enfant. On s'y amuse. On se déguise. Permettre à vos enfants d'avoir accès à ça, c'est leur permettre de vivre une expérience, de revenir enrichi. Et au-delà de ça, quel symbole ! Vous envoyez le meilleur signal possible. À travers la jeunesse qu'incarnent vos enfants, vous montrez la vitalité du pays ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

SANTÉ

Gare aux oreilles !

L’oreille, c’est bien plus qu’un pavillon ! Sans entrer dans les détails, rappelons que cet organe complexe collecte les sons, joue un rôle dans la compréhension de ces derniers, mais intervient aussi dans l’équilibre. D’où l’importance de rappeler à votre jeune festivalier de protéger ses oreilles et ce, afin d’éviter les acouphènes mais aussi des pertes partielles d’audition et même une surdité.
Repère : dès 85 décibels (dB) - soit le seuil de risque pour l’ouïe -, il est indispensable de protéger les oreilles. Or, dans les festivals, la moyenne sonore se situe entre 90 et 110 dB.

Conseils :

• S’éloigner au maximum des haut-parleurs et des enceintes.
• Doser son temps d’écoute et prendre des pauses pour soulager ses oreilles.
• Repérer sa fatigue auditive (sifflements ou vibrations).
• Porter des bouchons.

Quels bouchons choisir ?

• En cire (par exemple, ceux de la marque Quies) : faciles à utiliser et modelables.
• En mousse (Quies) : plus difficiles à utiliser que ceux en cire, ils protègent mieux que ces derniers. La technique ? Les rouler en appuyant fort pour les aplatir au maximum et vite, les mettre dans les oreilles : ils gonfleront dans le conduit auditif externe et en prendront la forme.
• En silicone ou élastomère (Blox Xperience music ou Nonoise Musique) : avec leur petit filtre acoustique intégré, le confort auditif est optimal et la qualité sonore respectée. Le top, et réutilisables en plus.

Et pour les plus jeunes ?

Adaptés aux plus jeunes, les casques anti bruits (par exemple, le casque anti bruit Peltor Kid & EMS for kids de 3 M) sont très confortables. Pour les tous petits, ils sont équipés d’un bandeau élastique et restent donc bien en place. Les organisateurs en mettent souvent à dispositions des jeunes festivaliers le temps d’une journée. Gardons bien à l’esprit ces recommandations pour la saison des festivals mais essayons d’appliquer les bons gestes au quotidien. Diminuons un peu le son de la télévision ou du baladeur. La détérioration du capital auditif commence dès le plus jeune âge : économisons-le pour profiter de nos oreilles toute la vie !
Important : bien qu’on puisse utiliser les bouchons pour le sommeil dans les concerts, ceux pour la piscine ne sont pas adaptés contre le bruit. En effet, la fonction première des bouchons de natation est d’empêcher l’eau de passer. Ils forment une petite barrière contre les sons mais elle n’est souvent pas suffisante contre les bruits violents. À chaque loisir son bouchon !

C. C.

En pratique

La main dans le sac

L’interdiction de sacs à main et sacs à dos pose question. Gros problèmes pour de nombreux parents qui viennent assister aux festivités avec un bébé. Pensez à bien vérifier, si, cette année, les festivals n'interdisent pas les sacs. C'est le cas de beaucoup d'entre eux. Quoi qu'il en soit, les services de police recommandent de vous limiter au strict minimum : langes, lingettes, lait… à placer dans un petit sac transparent si possible. Idem pour les plus grands, dites bien à vos ados d'éviter les sacs trop remplis. En cas de contrôle, cela fera gagner du temps à tout le monde.

Le Ligueur utilise des cookies pour faciliter la navigation sur ce site web et permettre l’utilisation de ses fonctionnalités. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies. J'accepte l'utilisation des cookies
En savoir plus