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Filles et garçons, pas à égalité

De la naissance à l’âge adulte, éduquons-nous nos enfants différemment s’ils sont filles ou garçons ? Que ce soit à travers les institutions (la famille, l’école, l’orientation professionnelle) ou les représentations (livres, manuels scolaires, jouets, pubs…), nos enfants sont-ils entourés de stéréotypes ? L’éducation qui leur sera donnée, les sports et le métier qu’on les incitera à choisir seront-ils différents selon leur sexe ?

Filles et garçons, pas à égalité

Souvenez-vous, à peine l’échographie terminée, la seule question qui préoccupait votre entourage portait sur le sexe du bébé. Fatiguée, angoissée, heureuse, accablée - oui, peut-être -, mais fille ou garçon, c’était la question du jour, et parfois déjà la réponse d’une vie !
Doit-on avoir un comportement forcément différent selon le sexe de l’enfant ? Les filles seraient plus douces, sensibles et auraient moins de force physique, tandis que les garçons seraient agités, forts et bagarreurs nous claironnent les stéréotypes, toujours tenaces.
Force est de constater que de nombreux parents pensent encore qu’il s’agit de la réalité. Et que ces différences de comportements et de facultés seraient même purement génétiques.

Xavier, 6 ans : « Les filles sont lourdes en sport ! »

Quel regard ont nos enfants les uns sur les autres ? Avant 2 ans, ils semblent faire très peu la distinction entre rôles féminins et masculins dans leurs jeux. C’est vers 2 ans que les premières différences du genre paraissent émerger et celles-ci seront intégrées vers 8-9 ans.
Entre 6 et 12 ans donc, on note une forte ségrégation sexuelle dans les activités et dans les amitiés, les filles et les garçons pratiquant des jeux différents dans des endroits différents. Avez-vous déjà observé une cour de récréation à l’école primaire ? Eh oui, c’est flagrant : filles et garçons occupent l’espace de façon différente.
Les garçons occupent majoritairement le centre de la cour et étendent leurs jeux à la totalité de l’espace disponible. De leur côté, les filles utilisent les marges et les recoins de la cour pour jouer calmement. Elles font un usage limité de l’espace et sont souvent à la périphérie par petits groupes de deux ou trois. Le modèle de la séparation évoque l’image d’un monde coupé en deux, où l’appartenance à un groupe de sexe commande des comportements spécifiques.

Et tant pis pour l’élastique !

Gisèle, institutrice en 2e primaire, raconte : « Les jeux à l’heure de la récré sont très différents pour les uns et les autres. Les filles, c’est la corde à sauter, des promenades en discutant, c’est : ‘Je te cause et je ne te cause plus’, ‘Je t’aime et je ne t’aime plus’. Côté garçons, c’est plutôt la bagarre et le foot. Ils n’ont aucun respect de l’espace des autres, ça c’est clair ! Si des filles jouent à l’élastique, jamais ils ne feront le détour pour ne pas passer dedans. Je veux dire par là qu’ils n’en n’ont rien à faire, ils sont en train de jouer et rien ne peut se mettre sur leur passage, même pas le fil de l’élastique ! ».
La sociologue Claude Zaidman a constaté qu’« entre 6 et 12 ans, il s’agit d’affirmer son identité sexuelle par un processus de différenciation. Les enfants ne jouent pas ensemble, n’ont pas les mêmes jeux et ceux qui transgressent cette norme sont souvent victimes de moqueries. »
C’est seulement à l’entrée dans l’adolescence que filles et garçons vont graduellement changer de comportement pour aller vers une première mixité dans leurs relations.

Casser les stéréotypes

Mais alors, comment encourager nos 6-12 ans à aller plus volontiers les uns vers les autres ? Pour Anne Dafflon Novelle, docteur en psychologie sociale, « la seule action efficace pour casser les stéréotypes et empêcher leur diffusion, c’est d’informer le grand public. D’abord, parce que les parents sont convaincus que l’égalité des chances entre les filles et les garçons est acquise, et qu’ils sont persuadés d’élever leurs enfants de la même façon. Or, c’est complètement faux. Un exemple : des études ont démontré que les familles incitent les garçons à finir un jeu. Cela les rend plus autonomes, plus indépendants et ils apprennent ainsi la notion de réussite, de travail accompli. Les filles sont plus volontiers cantonnées à des jeux d’imitation de la vie réelle qui mobilisent moins leurs facultés de création. L’exigence n’est pas du tout la même. Nous devons faire prendre conscience de cette réalité aux parents. »
La société de consommation aide-t-elle pères et mères à combattre ces vieux clichés ? Pas sûr ! Aujourd’hui, elle propose aux jeunes enfants non seulement des jouets, mais aussi des habits très sexués. « Il y a trente ans, nous dit encore Anne Dafflon Novelle, tous les enfants portaient des jeans et des baskets. Aujourd’hui, les vêtements des petites filles sont ornés de broderies et les garçons de super héros ». Jusqu’à faire de nos gamines des lolitas…

Karin Mantovani

Témoignage

Il se trouve que mon fils adore imiter, alors oui, il bricole, il cuisine, il joue au marchand avec son grand frère. Résultat, le père Noël a prévu de lui offrir une cuisine (pas rose), car avec le temps les industriels ont bien compris qu’il n’y avait pas que les petites filles qui jouaient à préparer à manger… Les enfants ont de l’intérêt pour pas mal de choses, alors écoutons-les, c’est à nous de faire un choix approprié pour leur faire plaisir. Je n’imagine pas une seconde voir l’un de mes enfants déçu par un cadeau… »
Nadine, maman de Yannis, 3 ans

À lire

  • La mixité à l’école primaire, Claude Zaidman, Éditions L’Harmattan.
  • Filles-garçons : socialisation différenciée ? Anne Dafflon Novelle, Éditions PUG.
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