Vie de parent

Fin du « rabotage » des congés
de maternité : le récit de celle
par qui tout est arrivé

« Merci pour votre e-mail, ça m’a vraiment touchée ». Valérie Loreaux est au bout du fil. On l’a contactée dès hier soir pour lui annoncer la bonne nouvelle. Le combat qu’elle a lancé il y a quatre ans est, enfin, arrivé à son terme. Les congés de maternité rabotés pour cause de congé de maladie en fin de grossesse, c’est terminé. Valérie Loreaux indignée par ce qui lui arrivait, il y a quatre ans, avait remué ciel et terre pour que cela change, pour mettre fin à quelque chose qui n’était « pas juste ».

Fin du « rabotage » des congés de maternité : le récit de celle par qui tout est arrivé

« Quand j’ai reçu votre mail, ça m’a vraiment fait un choc. Parce que c’est un bonheur immense. C’est, je pense, la compensation de tout ce que j’ai ressenti à l’époque, de tout ce que je sais que les mamans ressentent encore au vu des messages que je reçois. Waw, c’est vraiment très fort. Vraiment très fort. »

Valérie Loreaux est remuée par la nouvelle que nous venons de lui apprendre. Pour elle, c’est la suite concrète, l’aboutissement d’un cri de rage poussé il y a quatre ans. Comme de nombreuses mamans qui se retrouvent en incapacité de travailler avant l’accouchement, elle a vu son congé de maternité raboté d’autant. Ça l’a révoltée. Elle s’est indignée. Puis a lancé une pétition. 

« Au début, je n’ai pas vraiment pensé que je me battais pour les autres. Dans un premier temps, cela a vraiment été un cri du cœur. Je revenais de l’ONE. Mon allaitement se passait super bien, mais comme je reprenais le travail, je devais sevrer ma petite fille que j’allais devoir mettre en crèche. À l’ONE, il y a eu cette infirmière qui m’a culpabilisée me demandant pourquoi j’arrêtais d’allaiter alors que tout se passait bien, me demandant pourquoi je faisais subir ça à ma fille. Alors que je n’avais pas le choix. Je vivais ça comme une situation injuste. Je n’étais pas du tout au courant de ce système pernicieux. J’avais appris le rabotement de mon congé de maternité par une simple lettre de la mutualité qui m’expliquait que mon congé de maternité débutait alors que je n’avais pas encore accouché. Cela avait déjà été un gros choc pour moi, j’étais en pleurs au téléphone à dire que ça ne pouvait pas arriver. »

« C’était injuste, point ! »

« De la crèche aussi venaientt des reproches. Je devais placer ma fille avant qu’elle n’ait ses premiers vaccins. C’était assez délicat, la crèche me le faisait bien sentir. Mais, là aussi, je n’avais pas le choix. Une multitude de choses sont ainsi venues alimenter un tiraillement entre le fait de prendre soin de son enfant, de récupérer de son accouchement et le fait qu’on me demandait de retourner au boulot. Cette double contrainte, ces discours culpabilisants, ont provoqué un cri du coeur, un cri de rage. C’était injuste, point ! Je voulais que tout le monde sache que ce qui m’arrivait était injuste. »

« J’avais vécu une fin de grossesse affreuse, parce que chaque semaine qui passait, c’était pour moi une semaine que je n’allais pas vivre avec mon bébé après l’accouchement. J’en étais arrivée dans les dernières semaines à vouloir accoucher, pour gagner du temps. C’était incroyable de se dire que le système, la Sécurité sociale sur laquelle on se repose, nous lâchent à ce moment-là. Lors d’une grossesse à risques, lors d’une période difficile après l’accouchement, c’est là que les femmes ont juste envie et vraiment besoin de se reposer sur un système pour lequel elles cotisent. »

« La Ligue des familles a fait un travail exceptionnel »

« Voilà tous les sentiments qui m’ont traversée. Je me suis mise en mode action. Il y a eu la pétition, j’ai dépensé énormément d’énergie pour faire entendre mon message. J’ai fait des lettres, des flyers que j’ai envoyés au fédéral, à la Région, chez les médecins. J’ai essayé de faire un max. Mais, à un moment donné, c’était trop pour moi en tant que jeune maman. Je suis partie travailler au Luxembourg pour être sûre de me sentir plus en sécurité au cas où j’avais un deuxième enfant. Un matin où j’étais en congé, j’ai appelé Delphine Chabbert qui, à l’époque, était secrétaire politique de la Ligue des familles. Je lui ai tout expliqué. Pour moi, c’était passer le flambeau. Je n’avais plus assez de temps pour mener le combat, mais, en même temps, je voyais la page Facebook où j’avais tout le temps des messages de relance, des personnes qui m’appelaient à l’aide, qui m’expliquaient qu’elles vivaient, ce qu’elles avaient vécu. Je ne me sentais pas dire : 'O.K., c’est fini !'. La Ligue des familles a donc repris le flambeau et le travail qu’elle a abattu a juste été énorme. Vraiment. Franchement. »

« Ma petite fille va avoir 4 ans en juillet. J’ai mis du temps à me remettre de cette grossesse, de cet après-grossesse, de ce combat. C’est quelque chose que j’avais mis un peu de côté avec beaucoup de tristesse, un peu de résignation… J’avais du mal à envisager une issue favorable. Et là, enfin, je me dis : 'C’est fait'. Grâce à cette petite étincelle, à ce cri de rage. Au final, celui-ci a eu le mérite de faire écho à quelque chose auxquelles les femmes étaient confrontées sans avoir la possibilité de faire quoi que ce soit. Les portes étaient vraiment fermées. C’est pour ça que je dis que la Ligue des familles a fait un travail exceptionnel. »

« Un soulagement et un cadeau pour toutes les femmes »

« Au final, je me sens heureuse d’avoir eu le courage de faire cette pétition alors que la force et le temps, on ne l’a pas toujours à disposition dans les semaines qui suivent un accouchement. Je suis heureuse d’avoir eu cette rage parce que je l’ai eue pour toutes les mamans. Et je suis heureuse aussi de me dire que ma fille ne vivra pas cette situation. C’est une chose qui m’avait marquée dans les messages que je recevais d’autres mamans. Elles m’écrivaient en disant : 'J’ai vécu cette situation et je vois ma fille qui est dans cette situation'. Ça m’avait travaillé, j’avais vécu ça et je ne voulais pas voir ma petite Élisabeth vivre ça. C’était vraiment une idée horrible. »

« Quand j’ai reçu votre mail, j’ai d’abord pensé à ma fille, à ce que j’ai vécu et, bon dieu, à toutes les mamans, toutes les familles parce que ce sont elles qui sont impactées par un retour au travail précoce. Surtout celles qui ont une première grossesse difficile et qui hésitent à avoir un deuxième enfant. Et puis on parle de grossesse difficile, mais il n’y avait pas que ça, même une femme qui avait une gastro ou qui se cassait la jambe se retrouvait pénalisée par la loi, c’était lié à une incapacité de travailler, ça ne devait pas forcément être lié à l’état de grossesse. J’ai pas de mots. C’est vraiment une très belle nouvelle en cette période. C’est quelque chose de juste qui n’a pas de prix. Ça va être un soulagement et un cadeau pour toutes les femmes. »

Propos recueillis par Thierry Dupièreux

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