12/15 ans

Fortnite, un jeu vidéo aux allures
de drogue dure

Sur console ou sur smartphone, c’est le jeu vidéo du moment. Fortnite est un petit raz de marée dans l’univers du gaming avec plus de 150 millions de joueurs dans le monde entier. Évidemment, son succès entraîne dans son sillage un lot de polémiques et d’inquiétudes.

Fortnite, un jeu vidéo aux allures de drogue dure

Cent joueurs et joueuses qui se retrouvent dans un espace virtuel, doivent trouver de quoi survivre – que ce soit en nourriture ou en armes – et tenter d’être le dernier ou la dernière à rester en vie. Voilà, en résumé, le principe de Fortnite Battle royale, le jeu qui fait fureur depuis un moment chez les 9 ans et plus. Et qui forcément inquiète les parents.

La première crainte est celle du temps passé les yeux sur l’écran, avec en filigrane la question de l’addiction. Une constante pour les jeux vidéo. On pourrait le dire ainsi : Fortnite est un petit bijou dans son mode de construction et, une fois plongé dans son univers, il est effectivement difficile d’en sortir. Pourquoi cette irrépréhensible envie de continuer à jouer encore et encore ? Tout d’abord, Epic Games, le studio de développement du jeu, s’est attaché les services de spécialistes en psychologie cognitive lors de la création du produit.

La psychologie cognitive à l’aide des concepteurs

Si cette pratique est de plus en plus répandue dans le monde des jeux vidéo, elle n’avait jusqu’ici pas encore été déployée de façon si pertinente. Les expert·e·s recruté·e·s par le studio de développement ont ainsi pu indiquer comment intégrer les ressorts psychologiques qui font que les joueuses et les joueurs n’ont presque jamais envie de stopper leur partie en cours. Ni la prochaine, ni les suivantes, d’ailleurs.

Concrètement, les équipes d’Epic Games ont travaillé à traquer le moindre décrochage d’attention du gamer ou de la gameuse tout au long de sa partie. Compréhension des mécanismes de base, mémorisation, motivation… la psychologie cognitive s’est glissée dans tous les compartiments du jeu pour mettre en lien les idées des concepteurs et la réalité du jeu. Pourquoi telle action à tel moment ? Pourquoi cet outil en bleu ? Pourquoi le passage par tel chemin ? L’objectif de ces pourquoi : que le joueur ou la joueuse se prenne le plus possible au jeu, que les missions ou récompenses lui fassent secréter le maximum de dopamine, une des hormones du plaisir.

Une épopée intéressante

Deuxième crainte des parents : leur porte-monnaie ! Si Fortnite Battle royale se présente comme un jeu gratuit, il comporte néanmoins une série d’achats intégrés (de nouvelles options, des trésors cachés, des armes plus puissantes et autres outils pour se débarrasser de ses adversaires…). Et là, si la console ou le smartphone ne sont pas bien configurés, la facture est directement pour papa et maman. Et elle peut très vite prendre des proportions gigantesques. Des cas d’achats intégrés à plus de 5 000 € ont plusieurs fois été enregistrés de par le monde.

Fortnite suscite des inquiétudes, d’accord. Mais c’est aussi un jeu bourré de qualités. Si son principe de base est critiquable, le monde qu’il présente est lui hyper attractif et incite à la découverte, à la coopération, à la communication entre joueurs et joueuses. Rentrer dans Fortnite Battle royale, c’est commencer une fabuleuse épopée, pleine de découvertes, et qui obligera votre enfant à faire preuve de curiosité, d’inventivité, de malice, de stratégie pour ne pas voir sa partie se terminer en quelques minutes.

Romain Brindeau

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Addict ou pas addict

À plusieurs reprises, les médias ont déjà mis en avant des cas d’addiction à Fortnite. En faisant à chaque fois référence à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) qui a classé les jeux vidéo comme potentiellement à risque en matière d’addiction. L’ensemble des professionnel·le·s rencontré·e·s à propos des jeux vidéo pondèrent ce genre de constat. Les heures à répétition passées devant un écran ne sont généralement que le signe d’un mal-être profond. Se réfugier dans une vie virtuelle est alors un moyen de se protéger des « agressions » ressenties dans la vie réelle.
Pour savoir si votre ado développe de véritables troubles, quelques indicateurs peuvent vous aider au-delà du temps passé à jouer : une chute des résultats scolaires, de moins en moins d’interactions sociales « en vrai », les jeux vidéo comme centre d’intérêt unique, des troubles alimentaires. Dans ce cas, le premier réflexe est de se tourner vers votre médecin de famille. Ce dernier pourra alors vous orienter vers des professionnel·le·s spécialisé·e·s.

Ils en parlent...

Un truc dans ma tête

« J’ai commencé à jouer une demi-heure, une heure par jour à Fortnite. C’était il y a deux mois. Maintenant, c’est quatre-cinq heures quotidiennes. Quand je me dis que je dois arrêter, que c’est la dernière partie pour aujourd’hui, je sais pas, il y a un truc dans ma tête qui m’en empêche. Et je continue. »
Alban, 16 ans

Ça me rend dingue

« Dès qu’elle a deux minutes, ma fille de 14 ans se rue sur son truc-là, Fortmachin. Elle est focalisée sur son écran, n’entend plus rien, ne répond plus à mes questions. Ça me rend dingue ! Elle me dit qu’elle améliore son anglais avec son jeu parce que c’est mondial. J’y crois pas des masses. »
Annabelle