6/8 ans9/11 ans

Frères et sœurs, si près… si loin

Vêtements, sorties, argent de poche, télévision, ordinateur… tout est prétexte à discussions et à comptes d’apothicaire. Chaque enfant défend sa chapelle et se compare à son frère ou à sa sœur, à qui on passe tout, bien sûr ! À tel point que vous, parents, finissez par douter de votre impartialité à leur égard. Comment satisfaire chacun selon son âge et sans inégalités ?

Frères et sœurs, si près… si loin - Thinkstock

Sportif de gérer les frères et sœurs ! C’est à l’âge dit « de raison » qu’ils apprennent de manière consciente que le même, c’est aussi l’autre, ici et maintenant, plus tard et ailleurs. Douloureusement, parfois.

L’autre, cet étranger…

Elle s’appelle Aurélie et a 25 ans. Cadette d’une fratrie de cinq enfants, elle a toujours voué à sa sœur aînée une admiration sans borne. « Pendant de nombreuses années, nous avons été très complices, et j’ai tout fait comme elle. Au point de suivre les mêmes études et d’exercer le même métier ! Aujourd’hui, je me rends compte que je ne suis pas moi-même. Mais comment construire ma vie de femme sans avoir peur de la trahir ? »
Le psychiatre Serge Hefez dit de la relation fraternelle qu’elle « confronte les enfants à une dualité : l’autre, cette ‘étrangère qui me ressemble comme une sœur’ est une rivale, une intruse, une semblable dont il faut se différencier. Cette dualité se définit à la fois par l’affection et le conflit, la rivalité et le pouvoir. Bref, par l’incontournable ambivalence.
Mais, ces rapports peuvent se modifier, contrairement aux places des parents, qui restent d’avantage fixées du fait de la différence des générations ». Et d’ajouter que la « jalousie fraternelle est stimulante, car elle conduit à se battre et à se différencier. Les rapports oscillent entre exclusion - ‘C’est elle ou moi’ - et identification - ‘C’est elle et moi‘, voire ‘Elle est moi‘. »
À travers l’histoire des enfants abandonnés qui se retrouvent solidaires, les contes nous renvoient à cette ambivalence : la violence des passions éprouvées conduit aussi bien à la solitude qu’au soutien envers et contre tout.

La dispute, un passage nécessaire

« J'ai une grande sœur et un petit frère, pourtant je m’ennuie, se plaint Christine, 12 ans. Ma sœur a 13 ans et est tout le temps sur son portable, son ordi ou sa Wii, nous engageons peu de discussions. Mon frère a 8 ans, il mange beaucoup ou regarde la télé. Et quand il veut jouer avec moi, c'est quand je fais mes devoirs ou quand je regarde une émission. Je lui dis ‘Pas maintenant’ et il commence à dire ‘Et pourquoi pas maintenant ?’ Je lui réponds : ‘Parce que j'ai pas envie’ et il me demande pourquoi j’ai pas envie et il continue ou, des fois, il m'injurie, éteint la télé ou renverse ma trousse et prend mes cahiers. Ça se transforme en bataille. »
Et si ces disputes étaient la scène où vos enfants exercent leur personnalité, où ils s’entraînent pour la vie ? Et si elles étaient positives pour se construire ? À la longue, les cris et les coups (quand il y en a !) s’épuisent, l’occasion alors pour les gamins, gamines d’apprendre à partager, à dialoguer, à s’affirmer sans s’énerver… C’est pour cela qu’il est bon, lorsqu’on est témoin de leurs disputes, de prendre du recul et de les laisser se débrouiller… tout en restant vigilant au cas où les événements tourneraient au vinaigre.

La jalousie : naturelle

Marcel Rufo, autre célèbre pédopsychiatre, renchérit à propos de la rivalité : « Elle aide les enfants d’une même fratrie à grandir et permet de faire le deuil de la toute-puissance de l’enfant-roi. Le sentiment de jalousie est naturel, au point qu’il faille s’inquiéter des aînés ne manifestant nulle agressivité à l’encontre de leur cadet. Et si ses manifestations sont parfois difficiles à vivre, il faut savoir que cette jalousie participe aussi à la construction de l'image que l'on a de soi. Elle stimule le désir de savoir, de se connaître soi-même. Mais il est important que cette jalousie soit entendue, et surtout pas niée ou condamnée. Car le jaloux aime et hait à la fois, il en souffre et culpabilise. »
Beaucoup d’enfants supportent mal de vivre en compagnie de leurs frères et sœurs. Régression, agressivité, turbulence, autant de comportements qui se soignent… par la tendresse. On ne le dira jamais assez : l’enfant à besoin d’être rassuré quant à l’amour que lui porte ses parents. Enfin, c’est souvent à l’adolescence que les relations entre frères et sœurs vont aller en s’améliorant.

Karin Mantovani

EN PRATIQUE

Apaiser les rivalités

Les jeux de société, c’est bon pour dompter la rivalité. Pour savoir lequel choisir, suivez nos coups de coeur. Vous pouvez soit l’acheter, soit le louer dans une des ludothèques de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Autre possibilité : vous rendre dans l’une des bourses aux jouets de la Ligue des familles.

À LIRE 

  • Frères et sœurs, chacun cherche sa place, Françoise Peille, Éditions Hachette.
  • Frères et sœurs, une maladie d’amour, Marcel Rufo, Éditions Le Livre Poche.
  • Les aînés et les cadets, Marc Sznajder, Éditions Odile Jacob.
Sur le même sujet

Profitez-en !

Il y a des moments magiques dans une vie de parent. Celui, par exemple, où vos enfants jouent à cœur joie avec leurs copains. Il y a une telle force de vie dans cette scène-là que vous ne pouvez que ressentir une vague de bien-être vous envahir. Du bonheur à l’état pur ! C’est sans nul doute entre 6 et 10-12 ans que les parents connaissent le plus souvent cet état de grâce. Parce que les jeux ne tournent pas tout de suite aux larmes, comme quand ils étaient plus jeunes. Parce qu’ils n’ont pas encore les questions de l’adolescence qui les tourmentent.

 

École : ne le dégoûtez pas !

Un des premiers espaces où la vie d’enfant de votre 6 ans et plus va s’organiser en dehors de la maison familiale (et donc loin de vous !), c’est l’école. S’il est possible, même à cet âge-là, d’avoir mal au ventre le matin par crainte de l’école, il n’en reste pas moins que c’est l’époque bénie où la plupart des gosses ont une soif d’apprendre et de se nourrir du monde qui les entoure.

 

Copains : les bienvenus

Tendresse, rupture, trahison, partage, confiance… autant d’apprentissages que votre enfant découvre avec les copains. Des copains sans qui il ne pourrait se construire. Alors, ouvrez-leur tout grand la porte et soyez attentifs : les ruptures d’amitié peuvent être très douloureuses à cet âge.

 

Être l’aîné, pas si confortable !

Isabelle nous écrit : « Ma fille aînée qui a 6 ans et demi est persuadée que je préfère son frère âgé de 3 ans et demi. Depuis qu'il est né, sa vie semble être un enfer. Elle ne se lasse pas de lui dire qu'elle ne l'aime pas, voire qu'elle le déteste… ». L'aîné occupe une place de premier choix. L'arrivée d'un cadet ne va-t-elle pas mettre en péril cette place de choix ? Histoire d’une rivalité fraternelle vieille comme le monde…

 

Comment lui expliquer l’arrivée d’un bébé

L’arrivée d’un nouveau-né implique un jeu de chaises musicales pour chaque personne du foyer, un glissement de rôle et de statut qui s’accompagne de diverses émotions, tant positives que négatives, de la part des enfants de la fratrie. Comment les parents peuvent-ils les aider à vivre au mieux ce type de situation ? Décodage avec Nathalie Nader-Grosbois, professeur en psychologie de l'UCL. 

 

Il ne sait pas jouer seul !

« Tu fais une tour avec moi ? ». Bon, d'accord pour dix minutes de cubes et après vous continuerez vos activités. À moins que... « Dis, tu m'aides pour mon dessin ? ». Chaque soir, c’est la même rengaine. Pour jouer, votre enfant semble ne pas pouvoir se passer de vous. Il va donc falloir lui apprendre.

 

Tous jaloux, nos loulous ?

Ils ont systématiquement envie de jouer avec le même jouet et veulent parfois leurs parents pour eux tout seuls. Oui, les frères et sœurs peuvent être jaloux, ils le sont même très souvent. Mais en tant que parents, on peut calmer le jeu.

 

Fratries : qui a la meilleure place ?

Aîné, puîné, cadet, benjamin : des appellations aux sonorités de contes et légendes qui mettent en scène alliances et rivalités entre frères et sœurs. Son rang dans la fratrie, on ne le choisit pas, on le subit même, parfois. Pourtant il impacte la construction de la personnalité et du caractère de l’enfant.