Vie de parent

Garde alternée et confinement :
des parents racontent

Vous êtes nombreux et nombreuses à vous inquiéter des conséquences du confinement sur la garde alternée. Soyez rassuré·e·s. Les mesures de renforcement prises le 17 mars n’empêchent en rien les déplacements dans le cadre d’une garde alternée. Sophie Wilmès, Première ministre, a déclaré lors de la conférence de presse : « Nous ne voulons pas priver un parent de son enfant ou un enfant d’un de ses parents ». Ouf !

Garde alternée et confinement : des parents racontent

Si d’aventure les mesures devaient se durcir et aboutir à un lockdown complet, mot qui pour l’heure n’a pas été prononcé, les déplacements dans le cadre d’une garde alternée resteraient autorisés. Chez nos voisins français, italiens et espagnols c’est également permis. Dans certains cas, les forces de l’ordre demandent une déclaration sur l’honneur attestant que le déplacement sert bien à déposer ou reprendre un ou plusieurs enfants en garde alternée. En Belgique, il n’est pas demandé de montrer patte blanche et de se justifier. La Première ministre en appelle à la responsabilité de chacun de limiter tout déplacement au strict nécessaire. Voilà pour les faits.

Trois parents témoignent

Julien, 34 ans, est le papa de Samuel, 2 ans et demi
Ici, le mode de garde alternée choisi par les parents est le 2-2-3. Ce système morcèle la semaine en trois parties et permet à l’enfant de maintenir un lien fort avec ses deux parents. Ce contexte de confinement change bien sûr la donne comme l’explique Julien.

« En temps normal, on s’échange un ou deux messages sans plus. Depuis les mesures de confinement, les contacts sont quotidiens et multiples. Je souhaitais mettre mon fils à la crèche, mais mon ex-compagne m’a demandé de ne pas le faire. Étant chercheur d’emploi, je peux me le permettre et assurer la garde de mon fils pendant que sa maman travaille. Cela signifie que pour assurer sa garde, elle décharge sur son papa et sa belle-mère. Ce qui n’est pas souhaitable. La confiance entre nous est suffisamment bonne pour qu’on parvienne à fonctionner, mais il y a beaucoup plus d’ingérence. On cherche mutuellement à savoir ce que fait l’autre et comment il se comporte. »

Caroline, 38 ans, est maman de deux filles de 5 et 9 ans
Les deux filles vont chez leur père du mardi au jeudi, puis encore un jour et une nuit le week-end. Ce qui correspond à une modalité 60 % chez la maman et 40 % chez le père.

« Je suis très stressée par ce contexte. Je me suis tenue informée et j’ai répété les recommandations au papa qui prend la situation plus à la légère. Je lui ai clairement donné des consignes, style pas de visite chez papy et mamy, pas de courses avec les filles, ne plus se rendre au travail. Dans le cas de non-respect de ces règles, je l’ai prévenu que je souhaiterais basculer vers une garde exclusive le temps du confinement. Mais il joue le jeu et respecte les consignes, donc tout va bien. »

Maxime, 34 ans, est papa d’une fille de 5 ans
Pour lui, la situation est nettement moins rose.

« Nous n’avons plus aucun contact direct avec mon ex. Un jugement est en cours. De mon côté, je suis hyper vigilant, d’autant plus que ma compagne est enceinte de trois mois. Du côté de la maman, les règles ne sont pas respectées. Elle est éducatrice et continue de travailler. Ses parents gardent ma fille et sa demi-sœur. Elle continue de fréquenter des amis et sa demi-sœur, qui est ado, aussi. Dans ce contexte, je suis hyper inquiet pour ma fille et aussi pour nous par ricochet. »  

Clémentine Rasquin

Conseils

Une avocate en droit de la famille explique

« Le cadre du confinement n’altère en rien la garde alternée. Rappelons ici deux notions essentielles :

  • L’autorité parentale : celle-ci veut que toutes les décisions de la vie des enfants doivent être prises conjointement et ce, quel que soit le statut des parents. Les décisions se prennent donc à deux. Cela reste d’application en cas de confinement.
  • L’hébergement : il peut être égalitaire, principal ou secondaire. Le confinement n’impacte pas les modalités d’hébergement habituelles et n’empêche pas de changer l’hébergement d’un parent à l’autre.

Dans les cas extrêmes, comme chez Maxime, voici ce que préconise l’avocate consultée : « Dans ce cas délicat, il y a une balance des intérêts à faire. Si le papa est convaincu que la maman a un comportement à risque, il peut l’avertir par écrit de ses craintes et la mettre face à ses responsabilités en précisant qu’il ne souhaite plus fonctionner en garde alternée si elle ne respecte pas les consignes.»

L’avocate met toutefois en garde les parents pour ne pas invoquer le non-respect des mesures de sécurité à tort et à travers au risque d’aliéner le co-parent et de s’arroger tous les droits relatifs à l’enfant ce qui n’est pas souhaitable. L’autorité parentale doit continuer à s’exercer, même dans un contexte de confinement.

Le conseil : « Tous les parents ont intérêt à fonctionner dans la bonne entente et le respect des consignes afin de conserver une relation avec leur enfant. Si des risques objectifs sont présents, parlez-en et tentez de trouver une solution acceptable pour les deux parties. »