Vie de parent

Garderies et télétravail :
le paradoxe demeure

Hier, la ministre de l'Éducation, Caroline Désir, a clairement affirmé à la RTBF que des enfants risquaient de se voir refuser l’accès à la garderie dans les écoles. Quels enfants ? Ceux des parents qui télétravaillent. La circulaire n’était pas claire à ce propos, Caroline Désir lève l’ambiguïté, mais pas un paradoxe teinté d’une absurde injustice.

Garderies et télétravail : le paradoxe demeure

« Bonjour, je suis actuellement en télétravail. Mon activité professionnelle reprend à la normale et intensifie ce travail à domicile. Cela est donc compliqué avec un enfant de 3 ans. J’aimerais l’inscrire à la garderie de l’école, ne serait-ce que des demi-journées. Ai-je un recours si l’établissement refuse l’inscription de mon enfant à cause du télétravail ? Quand pourrions-nous envisager une note à ce propos dans une nouvelle circulaire adressée aux écoles ? »

Des messages comme celui d’Audrey, on en reçoit des dizaines au Ligueur. C’est une des laissées pour compte du système de garderie prévue par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Au début, la circulaire ne prévoyait pas explicitement cette distinction entre parents télétravailleurs et parents qui doivent se rendre physiquement au travail. Mais, rapidement, sur le terrain, cette dichotomie s’est brutalement révélée à certains parents qui comptaient sur ces garderies pour organiser leur journée de travail.

À la RTBF, Caroline Désir s’est expliqué ainsi : «  Nous avons très clairement mis comme priorité les parents qui doivent se rendre physiquement au travail, parce que nous ne savons pas combien d’enfants vont se présenter dans les garderies. Et comme les règles de distanciation physique sont importantes et que nous ne pouvons pas repousser les murs de nos locaux, nous devons nous assurer que ces enfants puissent être accueillis avant d’autres ». Elle ne fait que confirmer une information que nous diffusions déjà mardi.

La solution d’une maman

Cette distinction entre télétravailleurs et travailleur in situ laisse songeur lorsque l’on sait qu’au Conseil national de sécurité, on affirme que le télétravail doit continuer à être privilégié pour contenir la propagation du virus. En clair, ceux qui télétravaillent pour être dans les clous sanitaires sont pénalisés lorsqu’il s’agit de placer leurs enfants dans les garderies à l’école.

Les parents essaient donc de trouver vainement une logique à tout cela et, en réaction, viennent avec des propositions concrètes. Comme Axelle, maman en couple avec deux enfants (un en maternelle, l’autre en 1re primaire) qui a envoyé cette lettre à la Fédération : « Pourquoi ne permettriez-vous pas, en l’absence d’ouverture des écoles, que les parents dans une situation de télétravail 'obligatoire' puissent laisser leurs enfants à la garderie des écoles ? Leur situation n’est pas la même que des parents en chômage temporaire, qui peuvent donc se consacrer plus aux enfants... Et si les instituteurs ne sont pas en nombre suffisant, pourquoi ne pas permettre l’organisation de garderies par des organismes reconnus, habitués à gérer des groupes d’enfants dans le cadre des stages organisés pendant les vacances scolaires ? Cela permettrait de donner de l’air aux parents, aux enfants, et de prévenir des situations de burn-out ».

Clarté et suivi

De son côté, la Ligue des familles a aussi transmis sa proposition. Pour elle, le respect des règles sanitaires est évidemment crucial, mais il faut laisser une possibilité aux parents qui télétravaillent « en donnant d’abord accès aux garderies aux enfants de familles monoparentales et aux enfants dont les parents travaillent à l’extérieur de chez eux, ainsi qu’aux enfants en situation sociale difficile comme prévu actuellement, puis aux parents en télétravail en fonction de la place disponible ».

Ce simple aménagement dans la circulaire donnerait un peu d’oxygène aux parents qui télétravaillent. D’autant qu’aujourd’hui, nul ne peut prédire dans quelle mesure ces garderies seront vraiment sollicitées.

En attendant, des parents n’en peuvent plus de devoir jongler entre la garde des enfants et leur boulot à gérer à domicile. À l’instar de Véronique : « Pour les parents d'enfants entre 3 et 6-7 ans, la vie est un enfer depuis deux mois avec ce confinement, mais personne n'en parle. Soyons réaliste : le télétravail avec cette catégorie d'enfant est soit un enfer-cauchemar, soit un leurre total. Cette catégorie d'enfant n'est pas du tout autonome, que ce soit pour jouer, pour s'occuper ou faire les semblants d'activités proposées par les institutrices ».

Côté garderie, on attend toujours les suites de l’idée de Caroline Désir concernant « les gardes solidaires » entre familles. Un système qui sans être officialisé commence à s’organiser, in petto, par des familles que l’on laisse sans véritable solution. L’option traditionnelle des grands-parents restant toujours déconseillée… 

On le voit, pour les parents télétravailleurs, ça reste la galère... Et du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on ne leur propose pas beaucoup de solutions créatives et organisées.

T. D.

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