Vie de parent

Gare aux photos de son enfant
sur le web

Le défi des mamans, c'est le petit jeu qui circule sur Facebook pour le moment et qui invite les mamans à publier des photos de ses enfants sur le web. Mais cela peut comporter des risques.

Gare aux photos de son enfant sur le web

Ah, les enfants ! On en est gagas, on en est si fiers qu’on ne peut s’empêcher de les prendre en photo, partout, tout le temps. Et de partager leur frimousse sur les réseaux sociaux…

Un parent publierait, en moyenne, 195 photos de son enfant sur Facebook, d’après une étude britannique. C’est ce qu’on appelle le « sharenting », néologisme anglo-saxon contractant « share » (partager) et « parenting » (parentalité).

Tous les parents aiment partager les moments précieux de la vie de leurs enfants. Et sur les médias sociaux comme Facebook, c’est très facile. Il n’y a d’ailleurs là rien d’illégal. Les parents exercent le droit à l’image de leurs enfants jusqu’aux 18 ans des bambins. À chacun ensuite d’apprécier ce qu’il convient de partager publiquement sur son réseau social fétiche. Mais il vaut mieux publier leur image en connaissance de cause.

Attention à leur vie privée

La première chose à laquelle il faut veiller, c’est la protection de leur vie privée. Ils sont mineurs. Seuls 46 % des parents reconnaissent qu’ils n’ont vérifié qu’une ou deux fois leurs paramètres de confidentialité sur Facebook et 17 % ne les ont jamais pris en compte, selon une étude du site de sécurité en ligne britannique The Parent Zone.

Or, il est important de bien contrôler ses paramètres de confidentialité pour protéger ses informations des personnes mal intentionnées ou des commerciaux. Car il faut savoir que si Facebook est gratuit, la firme californienne peut utiliser ces photos à des fins commerciales, sans même demander l’avis de qui que ce soit.

Toute nue sur le web

Autre problème : les parents font parfois preuve de maladresse. « Oui, c’est mignon une photo de sa petite fille toute nue dans le jardin, lorsqu’il fait beau... lorsque ça reste dans le cadre de la famille. Une fois que la photo apparaît sur les réseaux sociaux, elle peut être vue par les amis d'amis, partagée, et ce sont peut-être 1 000 ou 2 000 personnes qui la voient », explique Etienne Wery, spécialiste du droit à l'image.
Nudité, pipi au lit, bêtises, bagarre, mini-miss, sportif ou supporter… Il faut garder en tête que, un jour, les marmots deviennent des ados, puis des adultes. On sait combien l’image est importante à l’adolescence, quand on rencontre quelqu’un ou lorsqu’on postule pour un job. On sait aujourd’hui que les recruteurs n’hésitent pas à utiliser les profils Facebook des candidats dans les processus d'embauche.

« Comment t’as pu me faire ça ? »

Il ne faudrait pas compromettre leurs chances, dans quelque domaine que ce soit. Ils pourraient aussi finir par nous le reprocher. Qui sait s’ils ne se retourneront pas contre leurs parents plus tard à cause d’une photo embarrassante ? « On n’a pas encore tellement de recul parce qu’entre le moment où les parents mettent des photos embêtantes et celui où ça se retourne contre l’enfant, il faut du temps. Mais ça va arriver, ça me paraît évident », soutient le juriste.
Bien sûr, les parents restent protégés par le droit. « Quand les parents mettent une photo de leur enfant mineur, c’est comme si c’était le gamin qui l’avait publiée lui-même, puisqu’ils exercent l’autorité parentale jusqu’à sa majorité », rappelle le juriste. Mais dès que l’enfant a 16 ans, les parents doivent tenir compte de son avis (jurisprudence). Sans quoi, il leur en voudra peut-être à vie. Car, à l’heure actuelle, il est très compliqué de revenir en arrière.

Pas vraiment le droit à l'oubli

Le droit à l’oubli a fait du chemin dans les législations. On peut désormais s’adresser à Google ou à un réseau social pour faire retirer une vidéo ou une image d’une page. Mais cela reste un strict droit au déréférencement qui permet d’éviter que des informations personnelles apparaissent lorsque l’on tape leur nom dans un moteur de recherche.
C’est un progrès mais le droit à l’oubli ne règle pas tout. « Si l’info est entrée sur internet en raison d’un acte de la personne elle-même, ou de ses parents qui exercent l’autorité parentale, on considère que la personne était d’accord », explique le spécialiste et père de famille. Elle ne peut donc pas s’adresser aux réseaux sociaux pour retirer un contenu. » Et on le sait, tout ce qui entre sur internet reste, quasiment pour toujours, sur internet. « Il vaut donc mieux réfléchir à deux fois avant de diffuser des images de nos enfants qui, aujourd’hui, nous font sourire mais pourraient un jour les desservir ».
Alors être des « sharents » en puissance, oui, mais en soignant l’e-réputation des enfants dès les premiers gazouillis. Et en méditant sur cette question que se pose l'une de nos fans sur Facebook : « Comment expliquer à son enfant de ne pas trop s'exposer si nous l'avons toujours exposé ? »
 

Stéphanie Grofils

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