12/15 ans

Grand Méchant Look : parents et ados face à face

Pantalon fluo, T-shirt à tête de mort, bracelets à clous… Pas toujours facile de comprendre ni d’apprécier les tenues vestimentaires de votre adolescent. Et pour couronner le tout, c’est un point sensible à aborder sans le braquer. Un dialogue doit pourtant être possible. Témoignages.

Grand Méchant Look : parents et ados face à face

Dans notre société particulièrement centrée sur le paraître, les ados en pleine phase de mutation peuvent s'identifier à des modèles, des styles ou des communautés. La traduction visuelle est un look plus ou moins décalé, plus ou moins inquiétant. Parce qu’ils construisent leur personnalité et leur image, la mode et le look sont au cœur de leurs préoccupations. L’ado fait tout pour essayer de plaire, de se singulariser au milieu de ses amis ou au contraire de jouer le conformisme. Son look signifie : « Je deviens une jeune fille ou un jeune homme ». Le temps de l'enfance est bel et bien révolu.

Mélissa, 12 ans, l’hyperféminine

Son look habituel : jean slim ou jupe courte, soutien-gorge, T-shirt échancré, boots, petite veste en cuir, sac à main, boucles d’oreilles, collier, vernis à ongles.

  • Ce qu’elle en dit : « Depuis que je suis entrée en humanités, je n’ai plus envie de m’habiller comme une gamine. Toutes mes copines s’habillent cool, alors je fais comme elles. Je suis une fille, donc je trouve ça normal de vouloir être féminine et jolie. C’est important si on veut se trouver un petit copain. En plus, comme ma mère travaille dans un magasin de vêtements et adore les fringues, elle peut difficilement me dire non. Souvent, on s’échange même des vêtements. Y a certains trucs sur lesquels on n’est pas d’accord, comme le maquillage pour aller à l’école (pour l’instant, c’est que en soirée), mais j’espère la convaincre bientôt de changer d’avis. »
  • Ce que Laure-Anne, sa maman, en dit : « Étant moi-même une passionnée de mode, je trouve ça plutôt chouette que Mélissa fasse attention à son look. Maintenant, je ne la laisse pas exagérer non plus. Je la laisse porter en vacances ou le week-end des choses que je n’accepte pas pour l’école, comme des minishorts, des petits talons ou du maquillage. Et il y a certaines choses sur lesquelles je ne transige pas : l’autre jour, elle voulait que je lui achète un soutien rembourré et un string. Ça, c’est non. Elle était frustrée sur le moment, mais j’ai essayé de lui expliquer qu’à son âge, ça pouvait donner une mauvaise image de ses intentions aux garçons. Je crois qu’elle a compris. De façon générale, on ne se dispute pas souvent à cause de ses tenues vestimentaires. On est plutôt complices et en tant que maman, c’est chouette de partager ça avec sa fille. »

Agnès, 15 ans, la « Je m’en foutiste »

Son look habituel : jean baggy, T-shirt uni, pull à capuche ou polar, baskets, cheveux en pétard, sac à dos.

  • Ce qu’elle en dit : « Les vêtements, ça ne m’intéresse pas. Je veux ‘être confort’, pouvoir bouger, ne pas me prendre la tête le matin ni me préparer pendant une heure. Parfois, mes copines ne me comprennent pas. L’endroit où je me sens le mieux, c’est chez les scouts. Car, là, les fringues, tout le monde s’en fout. On est tous en uniforme et le soir, on est dégueulasses de toute façon. Ma belle-mère me fait souvent des remarques à propos de mon look. Elle ne comprend pas qu’à mon âge, je ne fasse pas plus attention. Avant, elle m’achetait tout le temps des fringues féminines que je ne mettais jamais et alors elle râlait car c’était de l’argent gaspillé. Maintenant, elle a enfin compris que ça ne servait à rien. Par contre, elle ne me lâche pas sur les cheveux : si elle est encore à la maison quand je me lève, je suis bien obligée de me coiffer avant d’aller à l’école. »
  • Ce que Maëlle, sa belle-mère, en dit : « Le look d’Agnès et moi, ça fait deux. Enfin, quand je dis look, c’est déjà un grand mot : sa façon de s’habiller, c’est plutôt une sélection aléatoire faite le matin encore à moitié endormie. Je ne comprends pas… À 15 ans, on veut plaire, non ? Franchement, la majorité du temps, je trouve qu’Agnès ne ressemble à rien alors que c’est plutôt une jolie fille. J’ai cessé de lui acheter des jolis vêtements car elle ne les mettait jamais et ça créait des disputes à la maison. Son père me dit de laisser faire, que sa féminité ‘viendra bien assez tôt’, mais moi, ça me frustre. J’aimerais bien qu’elle fasse des efforts, au moins pour les grandes occasions comme un resto ou Noël. Mais même ça, c’est trop lui demander. Les points sur lesquels je ne transige pas : l’hygiène. Se laver tous les jours, se brosser les dents, se couper les ongles régulièrement, se coiffer… ça, elle n’y échappe pas, même si ça crée d’office une dispute. »

Vincent, 13 ans, le fashionista

Son look habituel : jean slim de couleur, pull de marque, bracelet à clous, gel dans les cheveux.

  • Ce qu’il en dit : « Je trouve ça chouette de me créer des looks originaux, avec plein de couleurs, qui me permettent de me faire remarquer. Aujourd’hui, la mode n’est plus réservée aux filles. D’ailleurs, ça me fait souvent un bon sujet de conversation avec celles de ma classe. Mes copains sont jaloux, car eux ne savent pas trop quoi leur dire. Mes parents ne sont pas toujours d’accord avec ce que je mets. Parfois, ils me disent : ‘C’est quoi ce look ? Tu ne vas pas aller à l’école comme ça ?’. Enfin, c’est surtout mon père. Ma mère prend souvent ma défense et est plutôt cool. D’ailleurs, c’est toujours avec elle que je vais acheter mes vêtements. »
  • Ce que François, son père, en dit : « Je ne comprends pas vraiment l’intérêt de mon fils pour les vêtements. Moi, à son âge, je pensais surtout aux copains et à faire des bêtises. Son look presque métrosexuel m’inquiète parfois : est-ce indicateur de sa future identité sexuelle ? J’ai souvent envie de le renvoyer dans sa chambre ‘s’habiller comme un mec’, mais ma femme me tempère. Elle dit qu’il faut que jeunesse se passe. »
     

Gaëlle Hoogsteyn

En pratique

Des idées pour les parents déconcertés

  • Tout est dans la formulation. Si vous lui dites : « Ne t'habille pas comme ça », il fera évidemment le contraire ! Il est préférable de l'amener à réfléchir sans mettre directement son apparence en cause... Vous pouvez par exemple regarder ensemble des magazines de mode et discuter des différents looks.
  • Négociez. Certaines tenues sont acceptables pour sortir avec des amis, mais pas pour aller à l’école ou à un repas de famille. Faites-lui comprendre et accepter que les vêtements doivent s’adapter aux circonstances.
  • Trouvez le bon moment pour que la discussion ne soit pas frontale. C’est-à-dire pas au moment où il part à l’école, même si ses bracelets à clous vous horrifient.
  • Dans les magasins, essayez de le guider, mais pas de le contrôler. Gardez en tête que plus vous irez à son encontre, plus il s'échappera.
  • Face à un look extrême (gothique, bimbo...), en fonction de l'âge et du contexte, il sera parfois nécessaire de réagir plus fermement. À l'adolescence, tous les jeunes jouent avec leur corps, avec les vêtements ou le maquillage. Mais il y a une différence entre le corps mis en jeu et le corps mis en danger. C'est à chaque dynamique familiale de décider du danger.
  • La confiance que les adolescents ont en eux est fragile. Même si vous ne trouvez pas son look très joli, il est important de ne pas le ou la dévaloriser et de ne pas se moquer de ses tenues vestimentaires.
  • Soyez patients : les problèmes de look ne durent « que » jusqu'à 18-20 ans.

À lire

Souriez, vous êtes parents d'adolescents ! de Virginie Dumont, Fleuve Noir.

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Non à la crise vestimentaire du matin !

Jusqu’à présent, elle enfilait ses vêtements sans mot dire. Voilà qu’aujourd’hui, elle y met son grain de sel. Elle est grande, maintenant, elle a bien le droit de choisir ses habits elle-même. Oui, mais choisir le pull à grosses mailles en plein été ou la liquette rose en plein hiver, cela ne vous arrange pas vraiment. Ce genre d’embrouille n’arrive qu’avec les filles ? Hélas, garçons et filles sont également touchés par ce syndrome. Comment ne pas se laisser piéger par la crise du collant rose ou du T-shirt avec le dinosaure ? Des pistes pour en sortir.