Vie de parent

Gratuité des protections
périodiques : et chez nous ?

Bonne nouvelle pour les jeunes Écossaises : leur pays a récemment adopté un plan de gratuité des tampons et serviettes hygiéniques pour les étudiantes. Et chez nous, peut-on s’y attendre ?

Gratuité des protections périodiques : et chez nous ?

« Les protections périodiques seront gratuites pour toutes dans les écoles, les collèges et les universités », a annoncé la Première ministre d’Écosse, Nicola Sturgeon. Les 395 000 élèves et étudiantes écossaises pourront donc prochainement bénéficier de protections hygiéniques gratuites. Revenons dessus, un instant.

L'Écosse, l'autre pays du tampon

Biens de première nécessité, les protections menstruelles constituent une dépense coûteuse, parfois difficile d’accès pour les jeunes femmes précarisées. Pour info : chez nous, une boîte de 22 tampons de qualité oscille aux alentours de 7 €. D’après une étude menée par Plan International UK et publiée en décembre 2017, au Royaume-Uni, une jeune femme sur 7 aurait du mal à s’en procurer. Résultat, certaines d’entre elles doivent opter pour des protections de fortune. En choisissant la gratuité, le gouvernement écossais vise ainsi à combattre la précarité menstruelle des étudiantes, qui peut, par ailleurs, leur procurer de l’anxiété, de la déprime et mener jusqu’à de l’absentéisme scolaire.
Pour ce faire, c’est près de 6 millions d’euros que l’Écosse s’apprête à poser sur la table. Un investissement qu’applaudit la parlementaire écossaise Aileen Campbell : « Dans un pays aussi riche que l’Écosse, il est inacceptable que des personnes luttent pour s’acheter des produits sanitaires de base. Je suis fière que l’Écosse prenne la tête du mouvement contre la précarité menstruelle et je salue le soutien des autorités locales, des écoles et des universités », a-t-elle déclaré le 24 août dernier.

Et chez nous, alors ?

D’après Manoë Jacquet, coordinatrice de la plateforme pour promouvoir la santé des femmes, cette initiative est globalement positive. « En théorie, ce type d’initiative rend compte du fait que les femmes ont, en raison de leurs règles, une contrainte qui représente un coût. Rendre gratuites les protections hygiéniques - qui ne sont pas des produits de luxe mais bien de première nécessité - rétablit donc ici une certaine neutralité. Cette mesure me semble innovante et représente un pas vers davantage d’égalité entre les hommes et les femmes. Elle me semble en tout cas plus efficace que de réduire la TVA sur ce type de produits comme c’est le cas chez nous (réduite de 21 % à 6 %), où leur coût continue de peser sur les femmes ».
En Belgique, ce type de projet ne semble toutefois pas encore prévu. « Les mesures d’austérité mises en place par le gouvernement actuel pénalisent déjà davantage les femmes que les hommes et risquent de croître les inégalités entre les sexes, souligne la coordinatrice. Je ne pense donc pas que ce type d’investissement soit leur priorité. De manière générale, on peut s’interroger sur la réelle volonté du gouvernement belge actuel à faire valoir les droits des femmes. Les associations qui se battent pour cette cause constatent qu’il n’y a pas de grandes avancées à ce niveau actuellement. J’ai donc du mal à croire que l’on soit dans la réflexion des protections hygiéniques gratuites ».

Les alternatives ? Oui, elles existent

Reste à savoir comment cette initiative sera concrètement mise en place, si les protections proposées seront de qualité et si elles seront accompagnées d’une éducation à leur utilisation. « Certes, les protections sont éminemment importantes pour les jeunes femmes, mais une éducation à leur utilisation pourrait également être utile, notamment sur l’importance de les changer régulièrement », souligne Manoë Jacquet.
Un autre point qui soulève la réflexion concerne les composants de ces protections, souvent interrogées pour leurs produits chimiques potentiellement dangereux pour la santé. Des alternatives existent sur le marché et sont dignes d’intérêt, comme la cup menstruelle, solution aussi bien économique qu’écologique.

Maria-Laetitia Mattern