Vie de parent

Grève des sans-papiers :
moins de 5 minutes pour en parler
avec ses enfants

La grève de la faim des sans-papiers se déroule de façon encore trop discrète. Si elle suscite une grande émotion, elle n’est toujours pas comprise par la population, peut-être mal expliquée dans les familles et ne semble pas faire bouger les lignes politiques. Il est plus que temps d’en parler et de trouver les mots justes.

Grève des sans-papiers : moins de 5 minutes pour en parler avec ses enfants - Ciré asbl

Plus de 50 jours qu’a débuté la grève de la faim des sans-papiers de l’église du Béguinage à Bruxelles. Images remuantes. Vive émotion. Mais pas l’once d’une issue en vue. Vos petit·e·s sont peut-être tombé·e·s par inadvertance sur des photos. Vos grand·e·s militent. Ou peut-être tout simplement que vous connaissez de près ou de loin les quelques centaines de milliers illégaux présents sur le territoire belge, inquiets eux aussi de leur sort. De près, de loin, nous sommes toutes et tous concerné·e·s.

« Mais c’est quoi au fait un sans papier ? »

► Vos enfants, grands et petits, vont peut-être débarquer avec tout un tas de questions. Cette grève des 400 sans-papiers prend de plus en plus d’ampleur. Elle commence à être de plus en plus médiatique. Et quoi qu’il en soit, ce n’est pas fini. Dans les prochains jours, il est prévu des manifestations, des veillées. L’Église, elle-même, appelle les politiques à plus de compassion. En un mot, ça bouge. Et gageons que d’une façon ou d’une autre, cela risque d’atteindre les innocentes et militantes petites oreilles de vos enfants. Soyez prêt·e·s.

Première chose, ayez les bons termes. Attention de ne pas confondre réfugié, migrants et sans-papiers. Un réfugié est une personne qui a fui son pays et qui demande une protection internationale. Avant d’être réfugiée, elle est demandeuse d’asile et bénéficie de certains droits, le temps que son dossier soit examiné par l’État belge.

Être sans-papiers signifie être en séjour irrégulier en Belgique. Par exemple, si un demandeur d’asile reçoit une décision négative mais ne quitte pas la Belgique, il devient alors sans-papiers, donc sans droits. On peut également devenir sans-papiers dans beaucoup d’autres cas, dès qu’on perd son droit de séjour. Parmi les grévistes de l’église du Béguinage, certaines personnes ont vécu plus longtemps sur le territoire belge que dans leur pays d'origine.

« Pourquoi ils ne mangent plus ? »

► Parmi ces sans-papiers affaiblis et alités dans l’église du Béguinage se trouvent des gens qui travaillent de façon illégale, parfois depuis plusieurs années. Elles ont peut-être des compétences à offrir et n’acceptent pas ou ne comprennent pas pourquoi elles devraient les exercer sous les radars. Un sans-papier participe au rayonnement économique d’un pays. Il n’est pas l’assisté que l’on décrit trop souvent. Au contraire, il multiplie des tâches souvent ingrates, sans aucune protection. Il est force de travail, sans aide sociale en retour. Ces conditions précaires concernent toute la famille. Les enfants ne peuvent pratiquer aucune activité, n’ont pas accès au soin, ne peuvent pas sortir du pays. Ils n’ont aucun droit. Aux yeux du pays, ils n’existent pas. Ces enfants sont invisibles, pourtant vous les croisez tous les jours.

« Si on les aide, on peut aller en prison ? »

► À ce jour, toujours pas de déni de solidarité. Certaines coalitions politiques ont pourtant essayé de faire passer des lois condamnant les personnes qui accueillent des réfugiés, des migrants ou des sans-papiers depuis la grande crise d’accueil de 2015, en vain. Cohabiter avec une personne en séjour irrégulier ou lui apporter une aide désintéressée n’est pas puni en Belgique. En effet, certains politiques utilisent les règles sur le séjour des étrangers pour intimider les citoyens qui voudraient apporter leur aide aux sans-papiers.

Tant que l’aide est offerte pour des raisons principalement humanitaires, il n’y a pas de sanction. Ces raisons humanitaires comprennent le fait d’héberger une personne, de la nourrir, de la conduire vers un médecin, un service social, un avocat ou un lieu d’hébergement. En revanche, conduire un sans-papiers vers un lieu de rendez-vous avec un passeur ou l’exploiter d’une manière ou d’une autre de façon illégale n’est plus dans le domaine de l’aide humanitaire et peut être poursuivi en justice.

« Pourquoi ils se battent ? »

► Après tout, à se perdre dans des débats, on en oublie l’essence même du combat d’un sans-papier. Ce n’est ni l’argent, ni la passion du pays dans lequel il évolue. Mais simplement la survie. Très majoritairement, il fuit les conditions de son pays pour survivre. Que ce soit pour se mettre à l’abri d’un conflit armé, de conditions climatiques, d’idéologie, de grande misère… Plus que d’être expulsé, sa crainte le plus souvent consiste à retrouver la situation qu’il ou elle a réussi à fuir. Or, à tout moment, peu importe le nombre d’années passées en Belgique, le sans-papiers risque une expulsion du territoire.

Être en séjour irrégulier est une infraction. Le fonctionnaire de police qui constate qu’une personne est en séjour irrégulier en informe l’Office des étrangers. L’Office des étrangers peut décider de le détenir en centre fermé ou de l’expulser. Une personne en situation illégale vit donc en permanence avec ce couperet prêt à tomber.

Pourquoi se battent les 400 ? Pour un peu de dignité, un peu de liberté. Et pour la survie des 100 000 à 150 000 illégaux du pays que vous croisez tous les jours.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Pétition

Vous pouvez agir en vous manifestant auprès des responsables politiques et leur signifier qu’en tant que citoyens de Belgique, vous souhaitez prendre part au débat concernant la situation des grévistes. Signez la pétition.

Pourquoi soutenir la régularisation des sans-papiers ?

Le Ciré liste 8 arguments imparables pour soutenir la régularisation des grévistes et des sans-papiers. À lire et à partager sur ses réseaux sociaux préférés.

Si mineurs

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