Vie de parent

Handicap : la galère des transports scolaires

« Mon fils se lève chaque jour à 6h25, le bus le prend à 7h10 et il ne rentre pas avant 17h30. Soit des journées de plus de dix heures... Après quoi, il lui reste encore la logopédie trois jours par semaine, puis juste le temps de manger avant de se coucher à 19h30 tellement il est fatigué, épuisé ! Même pas le temps de jouer ou de se poser. »

Handicap : la galère des transports scolaires - Thinkstock

Voici un des témoignages présentés lors de la conférence de presse qui s’est tenue ce matin à l'école d’enseignement spécialisé, Escalpade, à Limal, à l’initiative du Groupe de travail inter-réseaux « transportscolaire.be ». Une situation fréquente dénoncée par de nombreux parents, souvent sous le couvert de l’anonymat tant ils craignent des mesures qui pénaliseraient davantage encore leur enfant.
Autre témoignage : « Je trouve cela scandaleux la façon dont on traite nos enfants handicapés. Pourquoi n'ont-ils pas le droit d'avoir les mêmes avantages qu'une autre personne ? Ma fille de 12 ans passe plus de six heures dans le car chaque jour, et cela, depuis plus de quatre ans. Elle se lève à 5h du matin et rentre à 18h30 ». Et cette maman continue : « Le pire, dans tout cela, c'est que durant les vacances scolaires aucun moyen de transport n'est assuré, ce qui la prive de ses thérapies et c'est une très grande source d'angoisse pour elle ! »

Une situation désastreuse

Les parents ne sont pas les seuls à se manifester. Tel cet accompagnateur, qui dessert un itinéraire très complexe : « Notre circuit est le champion toutes catégories confondues : records de longueur en kilomètres et en temps, complexité d'itinéraires que nous avons dû adapter au fur et à mesure selon les avis de prises en charge, arrivant au compte-goutte, durant le premier mois de l'année scolaire. En écrivant ces quelques lignes, je suis conscient des retombées qui pourraient me valoir des sanctions disciplinaires de la part de mon employeur. »
Cet accompagnateur, parmi de nombreuses doléances, ajoute celle-ci, souvent évoquée : « Notre tâche est très limitée, mais non dénuée de responsabilités. Pourtant, la plupart des convoyeurs n'ont reçu aucune formation, surtout ceux chargés de s'occuper d'enfants aux handicaps moyens et sévères. Combien savent réagir en cas de crise d'épilepsie ? Ce cas n'est pas rare, mais régulier. »
Au pays des droits de l’enfant, ces difficultés au quotidien rencontrées par les plus fragiles d’entre eux sont nombreuses.

Des avancées ?

Pourtant, ces situations sont largement dénoncées depuis 2009, plus d’une législature donc. Des situations sans solutions ? Non, des solutions existent, comme l’explique Christian Lieutenant, directeur de l’école L’Escale et de sa section secondaire Escalpade, membre de la commission subrégionale des transports scolaires en Brabant wallon et l’un des organisateurs de la conférence de presse : « Quand le substitut du procureur du Roi de Nivelles, Éric Janssens, a ouvert en 2010 une information judiciaire pour faits de maltraitance, avec l’appui de sa hiérarchie, 500 000 euros ont été débloqués, ce qui a permis d’organiser huit circuits supplémentaires en Wallonie, dont quatre en Brabant wallon. »
Preuve qu’il est possible de faire bouger les choses.
Depuis lors, malheureusement, le nombre de jeunes a continué à augmenter et on retrouve des situations catastrophiques malgré de nombreux avis, par exemple pour limiter les trajets à une heure. Des avis émis par le Conseil supérieur de l’enseignement, le Centre pour l’Égalité des chances ou encore le Délégué général aux droits de l’enfant. « On accepte pourtant que les trajets prennent plus d’une heure, précise Christian Lieutenant, conciliant, car on sait bien que l’on ne peut pas avoir une école spécialisée pour chaque handicap dans chaque village. »
Un autre espoir est émis par Christian Lieutenant à la suite de discussions qui ont eu lieu en intercabinets entre le ministre de la Mobilité de la Région wallonne et la ministre communautaire de l’Enseignement. « Un rapport a été remis au gouvernement qui prévoit des mesures d’assouplissement pour la création de nouvelles écoles spécialisées ». L’espoir est de les voir coulées dans des circulaires de la rentrée 2014 qui devraient être présentées aux directions au mois de mai…

Ouvrir l’enveloppe

Les problèmes sont connus. Des solutions existent. Où cela bloque-t-il donc ? « Alors que la Région bruxelloise a prévu une enveloppe financière proportionnelle au nombre de jeunes concernés, la Région wallonne travaille à enveloppe fermée, quel que soit le nombre d’enfants impliqués. Nos interlocuteurs agissent avec les moyens qu’on leur donne et doivent trouver des économies d’un côté, pour apporter des moyens de l’autre, soit pour créer plus de circuits, soit pour mettre plus de convoyeurs. Des efforts sont faits d’ailleurs. »
Augmenter cette enveloppe relève bien évidemment de choix politiques. D’où cette conférence de presse. « Pour la petite histoire, il n’y a pratiquement que Florence Reuter qui suit le dossier depuis des années et interpelle régulièrement le Parlement wallon, tient à préciser Christian Lieutenant. Notre intention est, plus que de revendiquer, de sensibiliser les futurs élus, qu’ils soient dans l’opposition ou dans la majorité, en vue de la prochaine législature. »

Michel Torrekens

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Les conséquences des trajets trop longs

Les durées de parcours beaucoup trop longues ont des conséquences en cascade dans la vie de tous les jours des familles concernées et pour la santé de ces enfants. « Pour prendre l’exemple de nos élèves qui sont de type 4, explique Christian Lieutenant, directeur de l’école L’Escale et de sa section secondaire Escalpade, membre de la commission subrégionale des transports scolaires en Brabant wallon et l’un des organisateurs de la conférence de presse, certains doivent se lever trop tôt pour être prêts pour le passage du bus. Il y a des prises de médicaments, il y a des enfants qui nécessitent des attelles, etc. Ils arrivent à l’école à moitié endormis, parfois pratiquement à jeun car la règle dit qu’il est interdit de boire et manger dans les bus. »
Certains enfants vivent de véritables traumatismes physiques (énurésie, maux de dos, fatigues excessives) ou psychiques (comportements dépressifs ou agressifs, phobies scolaires). Cela les met dans des situations d’insécurité, en plus de conditions de transport difficiles (véhicules non conformes au niveau de l’accessibilité, manque de ceintures, etc.).
Autre conséquence de ces transports : des retards répétés à l’arrivée à l’école ou au domicile, ce qui entraîne parfois l’impossibilité de poursuivre des traitements paramédicaux après l’école, vu le temps perdu et la fatigue.

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