Vie de parent

Harcèlement : 1 élève sur 6 est victime

Près d’un élève sur six (16,4%) est concerné par le harcèlement à l'école. Mais qui sont ces jeunes bourreaux ? Et que faire en tant que prof, directeur et parent pour éviter ce phénomène ?

Harcèlement : 1 élève sur 6 est victime

Plus d'un élève sur trois (35%) est concerné par le harcèlement à l'école entre la 6e primaire et la 3e secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, selon une enquête de l’UCL révélée dans le Soir. Ils sont soit  victimes (16,4%), soit auteurs (13,9%), ou même auteurs-victimes (4,7%). Ce sont donc près d’un élève sur six qui souffrent des mauvaises intentions sans savoir comment y mettre fin. Ces actes  négatifs délibérés et répétés peuvent prendre différentes formes :

  • atteintes verbales : insultes, menaces, injures…,
  • dommages physiques : coups, bousculades…,
  • préjudices contre les biens : vols et de dégradations…,
  • atteintes relationnelles : diffamations, exclusions…,
  • discrédits publics (sur les réseaux sociaux) : commentaires, messages injurieux…

Ce sont très souvent les moqueries, rumeurs, insultes (harcèlement verbal) qui sont privilégiées.

Qui sera la victime ?

Il n’y a pas de profil-type d’une victime de harcèlement (niveau scolaire, origine ethnique, taille, corpulence, classe sociale, religion…) dans une classe, ce sera l’intello ou le bourgeois, dans une autre, le dernier de classe ou celui qui porte des lunettes… Ce n’est pas une différence spécifique qui déclenche le risque mais le fait d’être différent dans un groupe où le climat est favorable au harcèlement. Et le harcèlement échappe à la logique du milieu social pour s’inscrire dans une dynamique de groupe. Les seuls facteurs déclencheurs  peuvent jouer sont le fait d’être au départ plus isolé ou moins confiant en soi.

Qui sont ces jeunes bourreaux ?

D'après  l’enquête, il existe un lien étroit entre harcèlement et trouble du comportement dans le chef du harceleur. Ces violences peuvent répondre à ces divers comportements. Les 5 hypothèses de Benoît Galand, chercheur en psychologie et sciences de l’éducation de l’UCL :

  1. La déviance : le harceleur manifeste des comportements non conformes par rapport aux normes sociales.  Il peut se montrer « agressif dans d’autres domaines que les relations entre pairs ». Il a aussi tendance à consommer davantage de psychotropes (alcool, tabac, cannabis,…) et à fréquenter des personnes elles-mêmes « déviantes ».
  2. La détresse : le comportement de harcèlement résulte d’une détresse psychologique importante (liée à des sentiments négatifs par rapport à l’école, à une faible capacité de contrôle de soi, à une tendance à l’impulsivité). Le harceleur a alors tendance « à recourir à des comportements agressifs pour se défendre de sentiments dépressifs ».
  3. La dominance : le harcèlement vise à s’assurer un statut de supériorité dans le groupe. Les harceleurs recherchent « la reconnaissance sociale, la réputation et le statut et voient l’agression comme un moyen légitime pour arriver à leurs fins ».
  4. La protection : le harcèlement est le résultat d’un besoin de « protection ». « Face à une école où la violence est perçue comme courante, à des pairs perçus comme rejetants et à des enseignants perçus comme inéquitables et arbitraires, les harceleurs ne verraient aucune raison de se montrer coopératifs et se protégeraient en adoptant eux-mêmes des comportements agressifs ».
  5. La compensation : le harcèlement résulte de frustrations suscitées par la vie scolaire (échec, sentiment de ne pas être soutenu par les enseignants, distraction face à des cours dont on ne trouve pas le sens…) Ces élèves-là « cherchent une compensation dans une position haute obtenue par la force », ceci dans un contexte où les autres « offrent une cible moins risquée qu’une rébellion ouverte face à la forme scolaire ».

Ca se passe à l’école

Pour le chercheur de l’UCL, le harcèlement s’exacerbe dans un système scolaire inégalitaire. Mais pas facile de maîtriser le comportement de certains élèves. Benoît Galand souligne l’importance de l’encadrement offert par les adultes et insiste sur leur indispensable présence vigilante dans les lieux où se développe le harcèlement (cours, couloirs, réfectoires,…). Et surtout de se montrer sensible, d’être moins sceptique quand un élève se plaint de la répétition de gestes agressifs, qui bien souvent, se passe en dehors du regard des adultes. Il invite également les écoles à favoriser la coopération entre les élèves, renforcer l’esprit d’équipe, promouvoir des contacts positifs durant les temps libres,… Bref, gestion proactive des relations humaines au sein de l’école, et pas seulement au sein d’un cours, afin de limiter le désir de dominance au sein des classes ou dans l’école, et ainsi prévenir du harcèlement.

Stéphanie Grofils

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Les réseaux sociaux jouent-ils un rôle ?

Les chercheurs n’observent pas de différence depuis l’avènement des réseaux sociaux. Par contre, les changements se marquent plutôt au niveau de la victime : les réseaux sociaux rendent plus visible une relation qui se dégrade. C’est un stigmate lourd à porter et difficile à effacer. Et le cyber-harcèlement, ça ne s’arrête jamais, la victime ne peut plus se mettre à l’abri.

En pratique

Comment réagir côté école et côté parent ?

Le harcèlement est toujours celui d’un groupe possédant sa propre dynamique, dans lequel chacun occupe une place et tient un rôle. Il n’existe pas dans n’importe quelle école ni dans n’importe quelle classe.

L’Ufapec toujours, mais aussi l’Université de paix, proposent une série de bonnes pratiques aux écoles soucieuses de lutter contre le harcèlement.

Tous les spécialistes sont unanimes : les parents doivent réagir immédiatement en cas de harcèlement.

Où trouver un médiateur ?

Il existe également des asbl et des médiateurs scolaires privés auxquels écoles, jeunes et familles peuvent faire appel. Par exemple, l’Atelier de la réussite scolaire et de l’épanouissement personnel.

Attention : les services des médiateurs publics sont gratuits, ce qui n’est pas le cas des privés.

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