12/15 ans

Harcèlement à l’école :
objectif, faire mal

Le harcèlement scolaire toucherait, tous âges confondus, 8 à 15 % des jeunes Européens scolarisés. Tu par la victime, sous-estimé voire non pris en compte par les adultes, il peut mener au suicide dans les cas les plus graves. Analyse avec Pascal Vekemans, médiateur scolaire, d’un phénomène sournois qui doit être combattu le plus rapidement possible.

Harcèlement à l’école : objectif, faire mal

Harceler, c’est répéter durablement un comportement agressif vis-à-vis d’une personne précise. Le harcèlement peut être physique, avec des coups, des gestes, voire du racket (fréquent chez les jeunes garçons), mais aussi psychologique (plus souvent chez les filles) : moqueries sur l’aspect physique, recours à un surnom péjoratif, diffusion de fausses rumeurs, de photos prises à l’insu de la victime, d’insultes, de menaces… L’objectif est de mettre l’autre en difficulté, de lui faire mal, de le dominer sans qu’il puisse sortir de son rôle de victime.
Le harcèlement est souvent connu par tous les pairs de l’élève visé sans que les profs se rendent compte de quoi que ce soit. L’explication ? Les professeurs sont multiples, les classes éclatées, les intercours comme les couloirs peu surveillés et les changements de locaux fréquents.
Enfin, le harcèlement est toujours celui d’un groupe possédant sa propre dynamique, dans lequel chacun occupe une place et tient un rôle. Il n’existe pas dans n’importe quelle école ni dans n’importe quelle classe.

La compétition : un terrain favorable

Pascal Vekemans, médiateur scolaire, répertorie trois sources du harcèlement : la logique de fonctionnement de l’institution scolaire, les caractéristiques des valeurs du prof qui met la priorité sur la personne ou sur les performances et la dynamique de classe.
Certaines écoles favoriseraient-elles donc le harcèlement ? « Quand des parents choisissent une école élitiste, il est clair qu’ils vont rentrer dans une logique où la performance scolaire sera mise en avant, avec la compétition entre élèves, renforcée par les palmarès et autres points donnés devant tout le monde. Mais des enseignants peuvent aussi viser la performance, même si elle n’est pas dans la logique de l’institution. Ces profs pratiquent alors l’humiliation sans vraiment s’en rendre compte. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’il existe déjà une dynamique au sein de la classe qui met les élèves en compétition et que son attitude la renforce. »
L’Ufapec, association des parents de l’enseignement libre, partage cet avis en mettant également en évidence des fonctionnements d’institution et de classe qui, sans le vouloir, renforcent le harcèlement par « un climat de compétition, de concurrence qui prévaut sur des moments ludiques et créatifs ».
Autres caractéristiques de ces écoles qui ont opté pour la course à l’excellence : « Les élèves doivent apprendre à travaille par eux-mêmes. Ils manifestent peu d’enthousiasme et ne s’intéressent pas à la vie de l’école. Il y a peu d’activités parascolaires et les jeunes s’ennuient ». Bref, il n’y a guère d’attention portée à une ambiance plus sereine.

Contre le harcèlement, côté école…

L’Ufapec toujours, mais aussi l’Université de paix, proposent une série de bonnes pratiques aux écoles soucieuses de lutter contre le harcèlement.

  1. Réagir le plus rapidement possible, nommer le phénomène et prendre position contre lui, mais aussi informer les élèves et leur expliquer de quoi il retourne. Ceux-ci ne réalisent pas toujours que leur comportement est du harcèlement avec, à la clé, des conséquences fâcheuses.
  2. Mettre des règles précises, claires et concrètes. Des lieux de parole au sein de l’école offrent une aide réelle.
  3.  L’importance d’une surveillance de qualité, pendant les récréations comme en dehors des heures de cours. L’encouragement à la solidarité, le soutien des élèves et des notes et sanctions traitées de manière juste permettent souvent de renverser la vapeur en instaurant une ambiance positive.
  4. Enfin, l’implication des parents dans la prévention semble indispensable et ne peut se faire que s’il y a un vrai dialogue entre parents et enseignants sans se renvoyer systématiquement la responsabilité du problème.
  5. Une solution de secours : une gestion de la dynamique de la classe par le titulaire, le PMS, un médiateur scolaire…

… Et côté parents !

Tous les spécialistes sont unanimes : les parents doivent réagir immédiatement en cas de harcèlement. Comment ? En prenant contact avec le professeur concerné, le titulaire, l’éducateur, la direction de l’école. D’autres services peuvent être contactés comme les centres PMS (hélas, souvent débordés), les services de médiation scolaire ou de promotion de la santé, des psychologues scolaires privés.
Si les phénomènes de harcèlement sont mieux connus qu’auparavant, les enseignants n’y sont pas (encore) tous sensibilisés.
« Quand un père ou une mère interviennent, ils font face à un mammouth, explique Pascal Vekemans. L’école est à la fois juge et partie. Non entendu par un titulaire, le parent ne peut que grimper, s’adresser à un préfet de discipline, un directeur, un PO, mais ceux-ci ont leur logique et, souvent, se tiennent. »
Pour instaurer un réel dialogue, Pascal Vekemans prône le recours systématique à un tiers, extérieur à l’école. Selon son expérience en médiation scolaire, un parent ne peut efficacement réagir face au harcèlement de son enfant, surtout s’il estime qu’un enseignant ne se comporte pas comme il le devrait. Le tiers permet alors au jeune de ne plus se sentir seul, perdu, et rassure les parents qui savent que le problème est pris en charge par un professionnel compétent.

Thérèse Jeunejean

En pratique

OÙ TROUVER UN MÉDIATEUR ?

Il existe également des asbl et des médiateurs scolaires privés auxquels écoles, jeunes et familles peuvent faire appel. Par exemple, l’Atelier de la réussite scolaire et de l’épanouissement personnel.

Attention : les services des médiateurs publics sont gratuits, ce qui n’est pas le cas des privés.

Autant savoir

HARCELÉ-HARCELEUR

On peut définir un profil théorique du harcelé : souvent timide, introverti, différent (physiquement, intellectuellement, socialement), tout comme on peut définir un profil théorique du harceleur : leader, dominant…
Attention cependant aux étiquettes et à leurs conséquences : il s’agit chaque fois de personnes tenant ce rôle dans un groupe donné, à un moment donné. Elles peuvent avoir un tout autre comportement en d’autres lieux et d’autres temps.
Aujourd’hui, via les réseaux sociaux et les GSM, le phénomène de harcèlement se poursuit en dehors de l’école et entre dans les maisons. Aucun répit pour le harcelé, d’autant moins que les photos, rumeurs, commentaires humiliants ou quoi que ce soit posté sur internet pour leur nuire se propagent avec facilité.

Vécu

« Depuis la rentrée scolaire, Zoé invoque de multiples prétextes pour ne pas retourner le lendemain en cours. Elle ne va pas bien, a mal à la tête, mal au ventre… Elle part de fort méchante humeur, avec des pieds de plomb, et ses résultats scolaires sont pitoyables. Il y a quelques jours, elle nous a enfin parlé. Nouvellement arrivée dans cette école en septembre, pas à jour pour un cours important, plutôt timide et mal dans sa peau, Zoé a mis longtemps à comprendre ce qui se passait. Dès le premier jour, le groupe dont elle a voulu s’approcher s’est tu et l’a dévisagée en silence. Quand il faut faire équipe, elle est clairement rejetée et personne ne s’assied à côté d’elle. Depuis peu, les langues se sont déliées. Elle apprend qu’elle aurait été mise à la porte de son école précédente parce qu’elle était jugée infréquentable et qu’elle colportait des mensonges. Ces rumeurs, lancées par une seule élève, ont suffi à dresser toute cette 3e secondaire contre ma fille. Et les remarques d’un professeur qui affirme régulièrement devant toute la classe qu’elle n’a pas travaillé pour ses interros ne fait qu’empirer les choses. »
Cathy, 42 ans, maman de Zoé 

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