Hauts potentiels : ni une chance,
ni une pathologie

Votre enfant est très éveillé pour son âge, il est très sensible et passe très vite dans le rouge, il est plus à l’aise avec des enfants plus âgés et vous semble en décalage? L’enfant HP, ou l’« enfant zèbre » comme on l’appelle aussi, n’est pas une bête rare, ni un cas pathologique. Il fonctionne juste différemment, avec ses forces et ses faiblesses. Les spécialistes expliquent pourquoi il est impératif pour lui de reconnaître sa spécificité.

Hauts potentiels : ni une chance, ni une pathologie

Matis a toujours été différent. Bébé, il était mauvais dormeur et observait tout, il était tout le temps en alerte et en éveil, impossible d’envisager une sieste hors de son lit. Il s’est mis à marcher vers 13 mois, comme d’autres. En revanche, il a commencé à parler (deux langues) assez tôt, avec un vocabulaire très riche et une grande aisance verbale. Il passait volontiers de longs moments plongé dans ses livres, et en sortait pour rejouer l’histoire en détail de manière très théâtrale, sous les yeux ébahis de ses parents.
Son père lui avait appris l’alphabet en une matinée, à l’âge de 1 an et demi, et il avait non seulement de l’humour mais passait son temps à négocier. « Il a déjà tout d’un politicien celui-là », se disaient ses parents, amusés mais aussi conscients que leur fils était doué de grandes capacités. Et puis, un jour, la lecture d’un article sur les enfants à hauts potentiels leur a mis la puce à l’oreille. « Surdoué, quoi ? Comment ? Mais non... ». S’en est suivie la lecture de livres sur le sujet, qui a confirmé leur doute et qui a permis d’apporter un nouvel éclairage aux choses.
Au-delà de la nouvelle grille de lecture que cette prise de conscience apportait à la personnalité complexe de leur enfant, ces parents ont également réalisé que cela s’appliquait aussi à eux, et qu’ils venaient de découvrir une pièce maîtresse de leur vie. Comme si, d’un coup, la lumière s’était allumée, et qu’ils pouvaient enfin comprendre toute l’histoire, restée floue jusque-là. Ils ont ensuite compris qu’ils ne devaient pas s’engouffrer trop vite sur cette voie qui n’était qu’une nouvelle information, certes précieuse, mais non une solution à part entière à tous leurs problèmes.

C’est quoi un enfant HP ?

Si ce diagnostic est à considérer comme un angle de lecture et non comme une fin en soi, force est de constater que les petits HP ont des caractéristiques communes. Dotés d’une sensibilité très forte, ils rencontrent souvent de l’inconfort dans la gestion de leurs émotions. Comme ils sont en décalage avec les enfants de leur âge, leur vie sociale est souvent plus difficile, la communication et les interactions sont compliquées. Ces difficultés créent de l’inconfort et de la tristesse, qui engendrent de la colère et de la violence. Et comme les émotions sont vécues de manière plus intense, c’est le début d’un cercle vicieux qui entraîne un mal-être chez l’enfant.
Leur cerveau est plus rapide, plus alerte, plus réceptif, le raisonnement est plus fluide, les sensations sont perçues de manière plus forte et le vécu est plus intense. Un bonheur sera plus beau, un échec sera plus lourd. Ce sont des enfants qui analysent tout, sans le vouloir et sans s’en rendre compte. C’est fatigant, aussi bien pour eux qui sont bombardés de stimuli en permanence que pour les autres qui sont face à un être souvent trop intense dans ses réactions. Ils sont perçus comme des personnalités torturées et compliquées, pas forcément le genre de tempérament que la majorité des gens recherchent dans leur entourage.
Et là où le bât blesse, c’est que, comme ils sont ultra-sensibles, ils perçoivent l’inconfort que leur réaction provoque chez leur interlocuteur, et ils comprennent que quelque chose cloche, qu’ils sont bizarres et en déduisent qu’ils sont « anormaux ». Ils vont commencer à ruminer, à remettre en question leur personnalité et vont se retrouver face à une grande solitude, faite d’incompréhension et de désamour de soi. Cette conviction encombrante entraîne un mal-être qui, s’il n’est pas reconnu, peut faire souffrir toute une vie et entamer sérieusement l’estime de soi de l’enfant et ensuite de l’adulte.

Pourquoi faire passer un test ?

« Mon fils s’ennuie à l’école, il est sûrement HP », « Il est hypersensible et pique des colères, ça doit être ça !». Attention à ne pas aller trop vite en besogne, met en garde Pierre Debroux, psychologue clinicien, ancien chercheur sur le HP et chargé d’enseignement à l’Université de Mons. « Un enfant qui s’ennuie à l’école peut avoir des troubles de l’attention, un enfant qui n’a pas de copains peut juste être timide et réservé, un autre peut être curieux mais pas de manière inassouvie pour autant. La seule manière d’objectiver un doute est de passer par une analyse quantitative d‘abord et qualitative ensuite, à savoir faire passer un test de QI. Cela doit se faire chez un psychologue averti, qui fera des observations pendant le test et qui pourra ensuite analyser finement les résultats au vu de cette observation ».
Un enfant peut, par exemple, être hyper-compétent socialement, lire beaucoup, bien parler, sans être HP pour autant. L’outil scientifique qui donne accès au profil réel de l’enfant selon Pierre Debroux est le test WISC V (de 6 à 17 ans). Ce bilan permettra de mettre en évidence les ressources ou les faiblesses éventuelles d’un enfant. « J’ai toujours su que Florian était différent, mais j’ai attendu que son enseignant de 3e primaire m’interpelle pour lui faire passer un bilan », explique cette maman. Mais ce n’est pas toujours aussi évident pour tous les parents. Et c’est parfois l’enseignant qui met sur la voie quand l’élève raisonne de manière un peu spéciale, quand il comprend très vite et qu’il doit être occupé quand il a fini (avant les autres) l’activité, sous peine de perturber la classe.
La Fédération Wallonie-Bruxelles a publié en 2013 un rapport complet à l’adresse des enseignants, leur offrant des outils pour apprendre à gérer ces enfants « surdoués ». L’enjeu d’un bilan est donc essentiel, puisqu’il s’agit d’informer et d’outiller les adultes qui les accompagnent dans leur développement. Aussi bien les professeurs dans leur parcours scolaire que les parents en dehors, pour leur permettre d’agir adéquatement et en connaissance de cause. C’est aussi et surtout une manière de faire prendre conscience à cet enfant, dont l’estime de soi est souvent entamée par les moqueries et le rejet, qu’il n’est pas anormal et qu’il a juste un « moteur de Porsche sous sa petite carrosserie ». Un super moteur à huiler et bichonner, et non pas à échanger...

Julie Robin

ZOOM 

Il serait faux de donner une définition unique et fermée d’un enfant dit HP, dans la mesure où chacun d’entre eux possède sa propre personnalité, son propre parcours et ses caractéristiques propres. Il ne pourrait être réduit à cette catégorie, ce qui serait simpliste et dangereux. Même si un enfant est diagnostiqué comme tel, il est avant tout Paul, Diane ou Aziz, et ces deux lettres ne peuvent en aucun cas le définir entièrement. Il faudrait plutôt le voir comme une grille de lecture pour aider à comprendre certains comportements atypiques que les enfants d’un certain niveau de compréhension ont en commun et qui sont souvent socialement incompris et donc mal acceptés. Ces caractéristiques peuvent être interprétées comme des troubles psychiques ou des tares sociales par des personnes non informées, et ce diagnostic doit permettre d’offrir de nouveaux outils aux parents dans leur accompagnement de l’enfant, et à l’enfant dans son développement personnel.

Autant savoir

Un enfant qui présente une telle sensibilité a besoin avant tout d’un cadre rassurant, avec des limites qui lui sont expliquées et assorties de conséquences qu’il a acceptées en cas de non-respect. En gros, il a besoin de limites claires, avec l’impression d’avoir participé à l’élaboration d’un contrat avec l’adulte. « On est bien d’accord que si tu refuses de manger tes légumes ce midi, il n’y aura pas de crêpes cet après-midi ? », « Tu as bien compris que, puisque tu réclames trois histoires maintenant, il n’y en aura qu’une ce soir ? ». En acceptant la limite clairement, l’enfant HP, qui est particulièrement sensible au sentiment d’injustice et qui a besoin de donner du sens à tout ce qui lui arrive, acceptera mieux les choses, ce qui évitera les débordements d’émotion.

En pratique

L’hygiène de vie de ces petits êtres est fondamentale dans la gestion de leurs émotions. « Quand Félix a faim, il se transforme en Gremlin. Si je ne lui donne pas correctement à manger, il devient un petit monstre ! ». Et pour cause, puisque chez les hauts potentiels, les sentiments de faim, de fatigue, de peur, de stress ou de tension sont vécues de manière exacerbée.
L’alimentation équilibrée est l’un des piliers en matière de stabilité de l’humeur. Exit les sucres blancs, faites la part belle aux aliments non raffinés (pain et pâtes complètes, légumineuses, etc.), aux légumes et aux fruits qui maintiendront une glycémie stable… et l’humeur qui va avec ! Ne faites pas l’impasse sur les heures de sommeil, votre petit ange vous le ferait payer cher. Prévoyez une sortie en plein air ou une activité sportive après avoir consommé des écrans et évitez ces sources de lumière bleue en soirée pour ne pas perturber le sommeil. Quelques exercices de méditation destinés aux enfants lui feraient également le plus grand bien. Plus que quiconque, la personne HP devrait respecter l’adage « un esprit sain dans un corps sain ».

Des parents en parlent...

À l’écoute des besoins

« En tant que psychologue, j’ai toujours su que David était différent, mais je n’ai pas voulu lui faire passer de test, parce que je n’en ressentais pas la nécessité. Cette année, son animatrice de 3e primaire m’a demandé de le faire tester, pour mieux le comprendre. Mon intuition s’est confirmée, mais cela n’a pas changé grand-chose à la situation, ce n’est qu’une donnée empirique. Je n’ai pas attendu des chiffres pour apprendre à écouter ce dont il a besoin. »
Nathalie

Telle mère… tel fils

« Je n’ai pas encore fait tester mon fils de 4 ans et demi puisqu’il est encore trop petit, mais nous avons consulté une pédo-psychologue pour son comportement atypique. Elle m’a dit qu’il n’avait aucune pathologie et a ajouté que « les chiens ne faisaient pas des chats ». Par la suite, j’ai moi même passé le test WAIS qui m’a diagnostiquée HP. Je comprends mieux certaines choses aujourd’hui et cela m’a apaisée. »
Joëlle

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Pas facile d’être enfant à hauts potentiels

5% des jeunes en feraient partie. 5% ? Cela veut dire un à deux élèves en moyenne par classe. On les dit « doués », « surdoués », « talentueux », « petits génies », etc. Certains le vivent très bien. D’autres souffrent de cette intelligence au-dessus de la moyenne, alors que leur corps reste celui d’un enfant. D’être en décalage avec les autres D’être souvent incompris. L’école, partenaire de leurs parents, s’y intéresse de plus en plus.