Vie de parent

Héberger comme en famille

« On trouve que la vie est injuste pour certains et on a les moyens « d'allonger notre table », alors pourquoi ne pas le faire ? » C’est par cette réflexion qu’a débuté l’aventure de l’hébergement de réfugiés pour Diego et Anne, son épouse. Mais, depuis le mois de mars, la pandémie de Covid-19 complique l’affaire autant qu’elle représente une opportunité pour trouver des solutions.

► Cet article a été réalisé par des étudiant.e.s en Master 2 de la section Presse / Info de l'Ihecs, école de journalisme à Bruxelles. Dans le cadre du cours de "journalisme vivant", ces étudiant.e.s ont brossé les portraits de personnes dont le quotidien se décline au service des autres sur fond de crise sanitaire...

Héberger comme en famille

Depuis maintenant trois ans, Diego et Anne hébergent régulièrement des migrants chez eux, à Lincent, petite commune de la province de Liège. Infirmiers de formation, ils détiennent depuis plusieurs années un magasin de jouets et de livres. Le contact humain se place au centre du parcours de Diego. Il aime partager, échanger et apprendre de l’autre. C’est sans aucun doute cette qualité qui l’a entraîné dans l’hébergement de réfugiés.

« Nous étions consternés par la façon dont la Belgique accueillait les gens, ou plutôt ne les accueillait pas. »

Diego et Anne ont commencé à accueillir en 2015 alors que la fourmilière du parc Maximilien ne cessait de s’agrandir. En colère contre nos gouvernants, ils ressentaient le besoin d’agir à leur échelle : « Nous étions consternés par la façon dont la Belgique accueillait les gens, ou plutôt ne les accueillait pas. » Alors, ils ont ouvert la porte de leur maison à quatre hôtes, puis six, sept, huit, jusqu’à parfois une dizaine d’invités. D’abord les week-ends seulement, puis finalement tous les jours.

À l’époque, ils étaient les seuls hébergeurs dans la région d’Hesbaye, ils ont donc eu l’idée de lancer un appel à la solidarité pour leur venir en aide : « On s’attendait à avoir dix ou quinze personnes, pas plus. Maintenant on est 1500. », explique Diego. La plateforme « Hesbaye, Terre d’accueil » constitue désormais un véritable havre de solidarité où les hébergeurs du coin peuvent s’entraider et se soutenir.

« Pour nous, c’était une affaire de quelques mois, maximum. »

Altruisme pur ou besoin physique d’être entouré ? Il est très difficile de faire la différence chez Diego. Après le départ de leurs cinq enfants, le couple ne pouvait s’imaginer une maison vide. L’homme admet : « Je me souviens que, quand j’étais adolescent, je disais toujours que le pire de mes cauchemars serait de me retrouver adulte dans une grande maison vide. » Il ajoute en riant : « Parfois, maintenant, j’en rêve. » Diego reconnaît en effet le besoin de lever le pied parfois. Ce n’est pas facile tous les jours et la fatigue s’accumule : « Personne ne pouvait imaginer qu’on allait héberger pendant trois ans. Pour nous, c’était une affaire de quelques mois, maximum. ».

À la maison tout le monde y met du sien. Quand le couple rentre après une journée au magasin, l’accueil est chaleureux. « Ça n’a pas été toujours comme ça. Mais depuis qu’on a des Érythréens à la maison, on ne peut plus rien faire. Si Anne ou moi voulons prendre un balai, il faut le faire en cachette pendant qu’ils dorment ». La preuve d’un immense respect selon Diego. Les repas sont le plus souvent préparés par les hôtes, un vrai moment d’échange et l’occasion d’apprendre de chacun « le poulet frites salade, ils le font mieux que moi, par exemple. Ils sont demandeurs d’apprendre tout ça donc c’est très chouette ».

Un confinement qui complique tout

L’annonce du confinement en mars a, par ailleurs, permis à Diego d’interpeller les pouvoirs sur la nécessité d’accueillir les migrants dans des lieux adaptés. En effet, comment rester chez soi quand on n’a pas de chez-soi ? Divers logements collectifs ont ainsi été mis en place pour offrir un toit aux réfugiés avec la coordination des associations sur le terrain. La Plateforme citoyenne a, par exemple, pris en charge environ 1000 migrants en hébergement continu 24h/24 pendant les trois mois de confinement. Chez Diego et Anne, ils étaient huit.

En revanche, la période de mi-octobre est nettement plus difficile à gérer. Ce confinement qui ne dit pas son nom rend les choses moins claires et empêche de mettre en place des solutions concrètes d’hébergement. Diego explique la difficulté de trouver de nouvelles familles hébergeuses tout autant que celle de maintenir les gestes barrières au sein du foyer. Aujourd’hui, même chez Diego, ils ne sont plus « que » quatre invités. Un chiffre moins important qu’auparavant, car la crise sanitaire est venue, ici aussi, tout chambouler. Les allers-retours dans une famille ne représentent évidemment pas la meilleure façon de contenir la propagation du virus. Pourtant, avec l’hiver qui arrive, de nombreux réfugiés sont encore dans la rue, à la recherche d’un endroit où s’abriter et se reposer.

« J’estime être plus utile dans ma fonction actuelle sans étiquette politique.»

Le père de famille accuse « l’inaction du gouvernement belge en matière d’accueil », ainsi que le manque d’ambition sur ce thème à l’échelle européenne. On devine d’ailleurs son engagement à travers son profil Facebook où se mêlent coups de gueule et prises de position. Aux dernières élections, il a été contacté par trois partis différents mais a décliné leur proposition. Quand on demande à Diego s’il envisage de se lancer dans la politique, il répond « pas tout de suite, j’estime être plus utile dans ma fonction actuelle sans étiquette politique. » Un jour, peut-être.

Réfugiés, migrants, sans-papiers… Qu’importe les termes utilisés. Pour Diego, ils sont simplement des amis. « Dès qu’on donne un nom, un visage, une histoire, la personne sort des statistiques et ne se résume pas à être « un migrant », mais un humain. » Au-delà de la fatigue et des sacrifices, l’hébergement permet avant tout des moments de bonheur partagés. Une expérience qui fait grandir et qui ouvre l’esprit.

 

Ondine Werres & Martin Vanroelen

UNE LÉGALITÉ DE PRINCIPE

Si héberger les plus démunis semble louable, la législation belge est formelle : on ne peut pas aider au déplacement, au passage de frontière ou favoriser le séjour sur le territoire de personnes illégales. Au risque d’être considérés comme les complices des réseaux de passeurs, les hébergeurs jouent sur un petit paragraphe de cet arrêté de loi qui stipule « sauf pour raisons humanitaires », invoquant ainsi l’assistance à personnes en danger. Petit hic, l’arrêté ne définit pas le caractère humanitaire et il arrive que des familles hébergeuses, principalement en Flandre, soient sanctionnées pour complicité de trafic d’êtres humains. Pour éviter tout risque de poursuite judiciaire, les associations d’aides aux migrants recommandent par exemple de ne pas acheter de cartes SIM à leurs hôtes ou encore de ne jamais accepter d’argent. Le fameux procès « des hébergeurs de migrant » illustre parfaitement cette légalité de principe. En 2018, quatre femmes hébergeuses devaient répondre à des accusations de complicité de trafic d’êtres humains parce qu’elles hébergeaient des réfugiés. Alors qu’elles ont été acquittées par le tribunal correctionnel de Bruxelles, le parquet a fait appel. Le jugement final sera connu en mars 2021.

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