6/8 ans

Il fait toujours pipi
dans sa culotte !

La propreté s’acquiert généralement vers 3 ans. Mais, pour certains enfants, ce n’est pas si évident… Certains font encore pipi la nuit, la journée, ou encore étaient propres puis régressent. Même si cela est assez contraignant pour vous, parents, rien ne sert de s’énerver. Les explications de Stéphane Luyckx, urologue pédiatrique à l’Huderf.

Help, il fait toujours pipi dans sa culotte !

Comment expliquer que certains enfants font encore pipi dans leur culotte à un âge où on est généralement déjà propre ?
Stéphane Luyckx
 : « Par le passé, l’énurésie (pipi dans la culotte) était souvent attribuée à des problèmes psychologiques. Il s’agissait, disait-on, d’enfants paresseux ou mal dans leur peau. Aujourd’hui, on sait que, dans la majorité des cas, les causes sont plutôt d’ordre physique et que les problèmes psychologiques sont plutôt la conséquence de ces pipis-culotte.
En effet, vers l’âge de 4 ans, tous les enfants passent par une phase de développement où leur vessie devient hyperactive. Normalement, durant la phase de remplissage, les muscles de la vessie sont relâchés. Ils se contractent lorsque la vessie est pleine, donnant le signal à l’enfant qu’il doit aller aux toilettes. Mais quand la vessie est hyperactive (instable), ces muscles se contractent de manière anormale durant la phase de remplissage. En réaction, l’enfant serre ses muscles pour se retenir. C’est un réflexe, il ne s’en rend pas compte. Il se retient ainsi jusqu’à ce que sa vessie soit pleine à craquer puis court aux toilettes avec le risque de ne pas y arriver à temps. Chez certains enfants, les contractions dues à l’hyperactivité vésiculaire sont tellement fortes qu’ils n’arrivent pas du tout à se retenir et à éviter des fuites. »

Cela signifie donc que l’enfant ne le fait pas exprès ?
S. L. : « Absolument. Durant la phase d’hyperactivité vésiculaire, l’enfant ne sent pas qu’il doit faire pipi. Il ne faut donc pas y voir un signe de paresse, ou penser qu’il ne veut pas s’arrêter de jouer. C’est un peu comme si le cerveau était déconnecté de la vessie. Certains enfants sont totalement propres à 2 ans et demi - car, à cet âge, la vessie n’est pas instable - puis recommencent vers 4 ans à faire pipi dans leur culotte. Cela prouve bien que ces accidents, comme on les appelle, sont totalement indépendants de leur volonté. Les enfants sont concernés par l’instabilité vésiculaire de façon plus ou moins prononcée. En grandissant, l’instabilité vésiculaire se calme normalement toute seule. »

Contrairement à ce qu’on a pu penser auparavant, les causes sont avant tout physiques et non psychologiques

Peut-on aider son enfant à mieux contrôler sa vessie ?
S. L. : « L’une des principales pistes de solution est d’envoyer régulièrement son enfant aux toilettes et ce, même s’il dit qu’il ne doit pas faire pipi. Aller uriner à des horaires plus ou moins fixes permet d’éviter le ‘trop-plein’ qui provoque l’incontinence. Si vous voyez que votre enfant se dandine, pince son zizi, saute sur place… c’est sans aucun doute que sa vessie est pleine et qu’il ne s’en rend pas compte. Prendre l’habitude d’envoyer son enfant aux toilettes toutes les trois heures permet souvent de résoudre le problème. Cela implique une certaine discipline pour les parents. Un bon truc est de mettre une alarme sur son téléphone et de profiter des week-ends et des vacances pour mettre ce passage régulier aux toilettes en place. Idéalement, un enfant devrait aller aux toilettes au moins sept fois par jour. Malgré des passages réguliers aux toilettes, certains enfants ont des contractions vésiculaires tellement fortes qu’ils ont encore des fuites. Pour ces enfants, il est possible d’avoir recours à des médicaments pour diminuer les contractions vésiculaires. »

Comment faire les jours d’école ?
S. L. : « Si votre enfant souffre d’incontinence, n’hésitez pas à en parler à son enseignant et à lui demander de veiller à ce que votre enfant aille aux toilettes à chaque récré. Dans les écoles, les toilettes ne sont pas toujours propres, ni accueillantes. Cela n’encourage pas l’enfant à y aller. Il n’est pas rare que certains enfants fassent pipi le matin avant de partir, puis plus du tout avant le retour à la maison en fin de journée ! »

Qu’en est-il du pipi au lit ?
S. L. : « Concernant le pipi au lit, c’est un petit peu différent. Durant la nuit, notre corps produit une hormone antidiurétique afin de diminuer la production d’urine. La sécrétion de cette hormone s’acquiert progressivement et est parfois plus tardive. Certains enfants font donc pipi au lit plus longtemps que d’autres. Par ailleurs, beaucoup d’enfants ne boivent pas assez pendant la journée. De retour à la maison, ils sont assoiffés, boivent beaucoup et remplissent leur vessie peu avant l’heure du coucher. À nouveau, il est important de bien les envoyer aux toilettes avant de dormir, mais également de vérifier ce qu’ils ont bu pendant la journée. Si chaque jour en rentrant de l’école, votre enfant a sa gourde encore pleine, il faut lui expliquer qu’il doit boire à chaque récré. Le pipi au lit n’est pas toujours lié à une incontinence pendant la journée. Mais si c’est le cas, il faut d’abord régler les problèmes d’incontinence diurnes avant d’espérer normaliser ce qui se passe la nuit.
L’hérédité est aussi un facteur à prendre en compte. Lorsqu’un des deux parents a eu ce problème, on estime que l’enfant a 40 % de risque d’avoir aussi un retard d’acquisition de la propreté. Ce chiffre grimpe à 85 % si les deux parents étaient concernés. »

Garder des langes, est-ce une bonne ou mauvaise idée ?
S. L. : « C’est à voir au cas par cas. Certains parents pensent que remettre des langes à son enfant ne l’encourage pas à aller aux toilettes, que ça entretient une certaine paresse. Selon moi, quand un enfant fait pipi toutes les nuits, il faut lui mettre une couche. Sinon, c’est parfois toute la famille qui est réveillée chaque nuit et fatiguée le lendemain. Garder des couches la nuit permet aussi de limiter l’énervement des parents et de réduire fortement la lessive. Quand on décide de prendre en charge le pipi au lit et que l’enfant a de plus en plus de nuits sèches, on peut alors progressivement arrêter les couches pour valoriser l’enfant. Si des accidents ponctuels surviennent, faire participer l’enfant au changement de ses draps l’aidera à devenir acteur de son symptôme. »

Des traitements au cas par cas, sans forcément passer par la médication

Au-delà d’une bonne discipline de vie, quels sont les traitements possibles ?
S. L. : « Il existe plusieurs traitements possibles, qui sont à prescrire au cas par cas. Il existe, par exemple, un traitement hormonal qui va favoriser la sécrétion des hormones antidiurétiques chez l’enfant. Il est aussi possible d’utiliser un appareil qu’on appelle familièrement le ‘pipi-stop’ et qui réveille l’enfant quand il doit faire pipi. Ce système fonctionne à l’aide d’un petit capteur que l’on place dans le slip et qui sonne dès que la culotte devient un peu humide. Avec un taux de réussite de 75 % en quelques semaines, cet appareil est assez efficace. C’est une bonne alternative pour les parents qui ne veulent pas donner de médicaments à leur enfant. À noter toutefois que le problème peut ressurgir lorsqu’on cesse d’utiliser l’appareil. Par ailleurs, il faut que les parents soient motivés. Car un enfant qui se réveille la nuit va, dans la majorité des cas, aller réveiller un de ses parents. Il faut aussi que l’enfant dorme seul dans sa chambre pour ne pas réveiller le reste de la fratrie. »

Quelles conséquences l’incontinence tardive peut-elle avoir sur les enfants ?
S. L. : « Elles sont principalement psychologiques et ne sont pas à négliger. De nombreuses études sur les enfants incontinents montrent que leur qualité de vie en est fortement affectée. Ils ont une qualité de vie parfois inférieure à celle des enfants souffrant de maladie chronique. Faire encore pipi dans sa culotte, surtout après l’entrée en primaire, provoque chez l’enfant une très forte altération de son estime de soi et de son schéma corporel. Il est donc important que les parents comprennent que l’enfant ne le fait pas exprès et ne se fâchent pas contre lui. L’incontinence limite aussi les interactions de l’enfant avec autrui, car il n’ose pas aller dormir chez un copain ou participer aux voyages scolaires. Ces enfants se sentent souvent très isolés, alors que 10 % des enfants de 6 ans font encore pipi au lit. »

Gaëlle Hoogsteyn

Des parents en parlent…

Jusqu’à l’adolescence

« Mes deux filles ont fait pipi la nuit jusqu’à l’adolescence. Nous avons tout essayé : le pipi-stop, se fâcher, faire comme si de rien n’était, les faire changer elles-mêmes leur lit pour les responsabiliser… en vain. Le problème s’est réglé naturellement lorsqu’elles ont eu leurs règles. Mais cela a été très pénible pour toute la famille. »
Louis, papa de deux grandes filles et d’un beau-fils ado

Calendrier et autocollant

« Manon fait pipi dans sa culotte jour et nuit... parfois jusqu’à cinq fois par jour. J’ai parfois du mal à ne pas m’énerver. La nuit, je lui remets des langes, sinon c’est l’enfer. Depuis quelque temps, cela va un peu mieux la nuit. On a fabriqué un calendrier sur lequel elle colle un autocollant quand elle n’a pas fait pipi. Si elle a trois nuits sèches d’affilée, on réessaye sans les couches. Il y a des hauts et des bas (je vois clairement un lien avec la fatigue) et à la longue cela devient pesant. »
Maëlle, maman de Manon, 5 ans 

À lire

Camille a fait pipi dans sa culotte, de Nancy Delvaux (éditions Hemma). Un petit livre à lire avec votre bout de chou pour dédramatiser le pipi dans la culotte.

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