16/18 ans

Homosexualité : votre enfant
n’est pas seul(e)

Un enfant homo, vous êtes plusieurs à nous dire que ça ne vous dérange pas. Mais… il y a toujours plein de bêtises qui suivent après ce « mais ». Même aujourd’hui, en 2016. On fait donc un petit tour d’horizon, guidé par des parents ainsi que par la psychologue et psychothérapeute Myriam Monheim.

Homosexualité : votre enfant n’est pas seul(e)

Une de ces matinées au ciel opaque. Elle l’est d’autant plus que nous sommes au lendemain de la tuerie à Orlando qui a fait une cinquantaine de victimes. On se salue là-dessus avec Myriam Monheim qui est désolée, mais rappelle que ce n’est ni la première fois, ni la dernière, que l’on s’en prend à la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT). Est-ce que ce sinistre épisode veut dire pour autant que l’on doit associer l’homosexualité à la persécution, comme le craint Dan, papa d’un ado de 17 ans ?
« Le jour où il m’a fait son coming out, j’ai eu la bêtise de lui dire qu’il allait souffrir. Au-delà de cette maladresse, je voulais dire que je craignais pour lui des actes homophobes qui existent depuis toujours ». Myriam Monheim retouche : « On peut dire ‘J’ai peur que tu ne souffres’. Et aussi éviter d’enfermer son enfant dans une destinée préétablie. Après, sur la question des angoisses, elles sont légitimes. C’est le destin de tous parents. L’homophobie a toujours existé. D'une certaine manière et dans certains milieux, elle se décomplexe ».

Ni fautif, ni faute

Premier conseil de la psy : que le jeune se préserve. Rien ne l’oblige à dévoiler son homosexualité partout et tout le temps. Qu’il se protège et qu’il se dévoile quand il a les ressources nécessaires pour affronter d'éventuelles difficultés. Ce que Lucia a convenu avec sa fille de 18 ans. « Ma grande vit avec sa copine depuis quelques mois. Pour se protéger des archaïsmes de ma famille catho traditionnelle, elle évoque sa relation en parlant de sa koteuse et laisse planer le doute. Elle y va calmement ».
Jusqu’à quand ? Myriam Monheim nous apprend que la communauté LGBT vit des coming out à répétition tout au long de son parcours. « Koteur, koteuse, très bien, mais, à 35 ans, ça ne passe plus ! Puis viennent les premiers jobs où l’on demande sans arrêt le nom du conjoint et où l’on se coltine des questions un peu… comment dire, naïves ».
Ces « naïvetés », justement, sont assez intéressantes pour armer son enfant et permettre à ses interlocuteurs de se mettre à sa place. Le principe ? Inverser toutes les interrogations les plus saugrenues et remplacer le mot « homosexuel », par « hétérosexuel ». Du type : « Quand as-tu découvert ton hétérosexualité ? », « Est-ce que tu n’as peur de la transmettre à tes enfants plus tard ? ». Un beau pas de côté qui peut faire comprendre pas mal de choses.
La remarque de Dan à propos de son fils va dans ce sens. « Un gamin ne va pas annoncer à ses parents qu’il est hétérosexuel. Il va parler de sa copine. Un(e) jeune homo est obligé(e) d’évoquer sa sexualité, c’est injuste. Et en plus, il y a toujours des suspicions qui planent sur les parents, comme ‘C’est vrai que la mère est un peu masculine’ ». Comme s’il était impossible de ne pas être brimé quand on sort de la norme.
Myriam Mohneim en profite pour faire tomber une vieille idée reçue : « Les parents ne sont pas coupables. Il n’existe aucune étude scientifique sérieuse dans le monde qui est en mesure d’expliquer les causes de l’homosexualité. On ne peut ni prédire, ni choisir ou changer une orientation sexuelle. On n’en explique toujours pas les causes, de la même manière que l’on n’explique pas l’hétérosexualité ». Est-ce que cette foule de stéréotypes n’atteint pas le moral des jeunes ?
Les témoins sont unanimes, le cheminement n’est jamais simple, même en 2016. Lucia ouvre le bal. « Ma fille est victime des représentations homosexuelles véhiculées par la pornographie. Donc, il lui est arrivé des tas de fois de croiser des jeunes connards qui lui miment un cunnilingus dans la rue ». Même type d’histoire pour Dan. « J’ai quand-même un collègue qui m’a demandé très sérieusement si ça ne me dérangeait pas de faire la bise à mon fils. Sous entendu, les risques de maladies. La preuve que l’on est encore un peu au Moyen Âge. Être gay, c’est synonyme de détraqué sexuel. C’est faire des choses sales ».
Myriam Monheim abonde : « C’est pour toutes ces petites difficultés que je conseillerais aux jeunes de ne rien s’imposer. De se respecter soi avant tout. Trouver la place entre une discrétion totale qui enferme et une sexualité revendiquée trop brusquement. Autre chose, les jeunes manquent d’informations ciblées et précises. Il est important de les informer sur les risques de contaminations par les IST. Les infections sexuellement transmissibles n’ont pas disparu ». Chez les filles, comme chez les garçons, homo comme hétéros d'ailleurs.

Avoir un(e) bon(ne) ami(e)

Nous évoquons uniquement les situations où les parents comme Dan et Lucia, cultivent une certaine ouverture d’esprit. Elle est précieuse. Mais trop rare. Mina, 19 ans, revient sur la façon dont elle s’est fait mettre à la porte le jour où elle s’est fait surprendre avec sa copine.
« Dans certaines familles, ça peut-être une vraie malédiction. Tout aurait été plus simple si je m’étais mariée. Après plusieurs tentatives de dialogue, je suis coupée de tout le monde. Dieu merci, j’ai un cocon protecteur ». Myriam Monheim travaille beaucoup sur cette question. Son analyse est saisissante.
« En tant qu'homo, le dilemme est le suivant : soit on se crée un réseau où on est accepté tel qu’on est, soit on accepte de se plier à la pression de la famille. C’est vrai, qui sommes-nous, professionnels, pour affirmer à un(e) jeune qu’il ou elle doit assumer cette différence auprès des siens ? Les risques d’exclusion sont tellement immenses. L’importance c’est d’essayer de comprendre les choses, et choisir de vivre son homosexualité ou pas. Les seuls conseils que l’on pourrait donner à des jeunes LGBT sont de ne jamais s’enfermer dans un mariage quoi qu’il arrive. Et de leur montrer que dans toutes les familles - même les plus traditionnelles - il y a toujours des choses transgressives qui se passent. Aux jeunes qui nous lisent, surinvestissez votre parcours scolaire. Se préparer à l’avenir, c’est se préparer à un maximum de liberté professionnelle, économique. »
Le témoignage de Mina va dans ce sens. « J’ai des amies qui ont perdu les pédales, tant elles ne supportaient pas cette marginalisation familiale. En ce qui me concerne, c’est difficile de se dire que je n’ai pas parlé à ma mère depuis plus de deux ans. De se dire que je ne la reverrai peut-être plus jamais. Je le déplore, mais je comprends celles et ceux qui ne veulent pas se frotter à cette série d’épreuves ». Il est rageant de se dire que certains amours ne peuvent s'exposer au grand jour.
C’est justement cette pression familiale et sociétale qui fait que beaucoup de jeunes nient leur sexualité. Aux parents alors de lancer des perches et voir si leur enfant les saisit ou non. Ce que Myriam Monheim appelle « l’homophobie intériorisée ». Le jeune a développé tout un ensemble de stéréotypes et de préjugés à propos de son homosexualité.
« C’est important d’aller discuter avec un jeune. Une homosexualité mal acceptée peut rendre malheureux et causer des dégâts psychiques importants, notamment sur l’estime de soi. Attention, l’identité de genre n’a rien à voir avec la sexualité. Un ado considéré comme trop efféminé peut en prendre plein la figure tout en étant quand même hétéro », appuie-t-elle. Pour toutes ces questions, il est important de montrer à son enfant qu’il(elle) n’est pas seul(e). Montrez lui qu’il existe tout un réseau qui l’accepte et lui ressemble. Pas pour getthoïser, mais pour trouver des pairs si importants en pleine construction d’ado. L’importance du groupe est vitale, tant pour lier des amitiés, tomber amoureux, faire du sport, se rendre à des festivals, militer. On termine avec Myriam Monheim en se disant que dire à un enfant qu’il n’est pas seul, c’est pas mal comme titre. Elle rajoute : « …il lui faut juste trouver les siens ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

Quelques lieux précieux

  • Plan f : planning familial, consultation spécifique LGBT à Bruxelles.
  • Sips : planning familial, consultation spécifique LGBT à Liège.
  • Tels quels : toutes les infos pour un public concerné de près ou de loin par l’homosexualité.
  • Les Maisons Arc en ciel : supers lieux de rencontres pour les jeunes.
  • Ex aequo : toutes les infos à propos des infections sexuellement transmissibles.
  • Merhaba : association LGBT pour les jeunes d’origine turque ou maghrébine.
  • La Communauté du Christ Libérateur : il s’agit d’un groupe de chrétien(nne)s homosexuel(le)s.
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