Vie de parent

Humeur | Les jeunes méritent bien plus de considération

Les mesures prises dans le cadre de l’extrascolaire ont secoué les familles. Petite bulle d’air pour les 13-18 ans, peut-être. Mais restrictions notables de libertés pour les moins de 13 ans. L’incompréhension des parents, est là, forte et exprimée. Une réaction à replacer dans un cadre général où un sursaut de démocratie participative et de transparence s’avère nécessaire dans la gestion de cette crise.

Humeur | Les jeunes méritent bien plus de considération

« Aujourd’hui, à une jeune de fille de 16 ans, quand je lui ai demandé ce qu’elle voulait pour son anniversaire, elle m’a répondu tristement ‘une vie’. » Cette petite phrase est tirée d’un courrier de lecteur envoyé à un quotidien wallon cette semaine. Le désarroi des jeunes est réel et touche, par la bande, les parents qui sont forts démunis face à cette situation qui n’est plus vraiment « inédite » tant elle s’incruste, tant elle s’inscrit dans la durée.

Le désarroi des jeunes, il en sera question dans le numéro du Ligueur qui sort la semaine prochaine. Dans le cas présent, nous nous sommes focalisés sur les 18-25 ans qui souffrent, comme leurs cadets, du confinement. Avec cette particularité que cette souffrance survient à un moment où on oriente sa vie, son parcours professionnel. Où les amitiés, les amours, les aiguillages de la vie sont particulièrement déterminants pour la suite. Nous apporterons des pistes aux parents pour les aider dans leur soutien à cette génération malmenée.

« La détresse de nombreux jeunes a été discutée lors du dernier comité de concertation mais il n’y a pas de 'solution parfaite'. Voilà, voilà.»

Sans vous mentir, au Ligueur, on attendait avec impatience le Comité de concertation consacré à la jeunesse ce jeudi. On s’attendait à une prise en main sérieuse, empathique, globale et efficace des problématiques auxquelles sont confrontées les jeunes. Las ! Ce Comité n’a pas eu lieu. Il a été tout bonnement annulé. Message désastreux. En guise de lot de consolation, le Premier ministre Alexander De Croo a eu un mot pour eux devant la Chambre. Le pitch ? La détresse de nombreux jeunes a été discutée lors du dernier comité de concertation mais il n’y a pas de « solution parfaite ». Voilà, voilà.

La suppression de ce Comité de concertation spécial jeunes a été justifiée par les mesures prises dans le courant de la semaine, au pas de charge, par les Communautés sur l’extra-scolaire. On s’était occupés des « jeunes ». Ces mesures, on les connaît. Restriction du champ des possibles (bulle et nombre d’activités réduits) pour les plus jeunes, mais ouverture (légère) pour les plus de 13-18 ans. Et les plus de 18 ans ? Évoquée, la possibilité d’une « bulle kot de 6 », mais ce n’est qu’un projet.

« On peine parfois à trouver la logique générale dans laquelle s’inscrivent ces mesures.»

Soyons de bons comptes, des mesures de soutiens financiers sont décidées. Hier, deux d’entre elles ont encore été votées à la Fédération Wallonie Bruxelles. Six millions d’euros débloqués pour un plan de soutien aux étudiants de BAC1, plus de deux millions supplémentaires pour renforcer les subsides sociaux à destination des étudiants. Mais, on peine parfois à trouver la logique générale dans laquelle s’inscrivent ces mesures. On a l’impression que celles-ci se prennent plus en fonction de pressions ponctuelles (carte blanche, sujet médiatique, carte blanche) qu’en fonction d’une stratégie globale basée sur des chiffres, des données, des remontées de terrain fiables.

À ce stade de la crise, ce qu’on peut reprocher, c’est le manque de transparence par rapport aux mesures prises. Depuis près d’un an, les gouvernements se sont habitués à prendre des décisions qui contournent allègrement les assemblées parlementaires, privées de débats pour des mesures touchant des choses aussi essentielles que la liberté, la sécurité, l’éducation…

« Livrés en pâture dans les médias, les chiffres n’expliquent pas grand-chose. »

À cette centralisation du pouvoir, du débat et de la décision s’ajoute un déficit de transparence. Plus que jamais, la diffusion des « chiffres du Covid » laisse planer un certain malaise. Livrés en pâture dans les médias, ils n’expliquent pas grand-chose. Pire, ils sèment la confusion. Car, lorsqu’on les examine de près, on ne comprend pas toujours très bien pourquoi certains experts s’inquiètent autant, réclamant des mesures plus strictes, alors que d’autres viennent avec des discours plus posés et moins dramatiques.

Résultat, l’adhésion aux mesures prises est de plus en plus faible. Avec un débat public limité sur les mesures à prendre (et donc un manque de transparence), avec un déficit de chiffres et données scientifiques précis pour justifier telle ou telle mesure ciblée, la gestion de la crise s’offre un désamour du grand public qui, lassé, sent la fatigue miner ses capacités de résilience.

« Il est urgent de donner aux familles de réels signes d’empathie active. »

À ce titre, la suppression du Comité de concertation consacré aux jeunes a été un signal désastreux. Croire que des mesures entérinées à la va-vite vont remplacer une prise en considération visible, claire, porteuse d’avenir est un leurre. Il est urgent de donner aux familles de réels signes d’empathie active. Pas seulement des mots pour cacher une disette de perspectives, mais des vrais plans d’aides structurés, ambitieux, centrés sur le bien-être de tous les jeunes.     

Thierry Dupièreux, rédacteur en chef

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