Vie de parent

Humeur : ce si difficile adieu au bisou

Et nous voilà donc orphelins de bisous ! Dégât collatéral de la propagation du coronavirus, la mise au placard de nos habituelles marques de salut et sympathie perturbe nos habitudes. Secoué·e·s dans nos protocoles quotidiens, nous sommes un peu déboussolé·e·s. D’où cette chronique à prendre avec la distance sanitaire de circonstance.

Humeur : ce si difficile adieu au bisou

Au début, c’était un jeu. Pas complètement pris au sérieux. Et ceux qui ont adopté d’emblée, de façon draconienne, la disette de bisous étaient même plutôt considérés comme des malpolis qui profitaient de la situation pour révéler leur vraie nature. Des talibans de l’attitude anxiogène. Bon, j’exagère. Mais c’était presque ça. Sans oublier le petit Arthur qui trouvait là une occasion de ne plus embrasser tonton Roger qui pique ou tata Jacqueline qui sent trop le parfum au mépris de toute une éducation transmise ces dernières années.

Au fil des jours, les exceptions se sont révélées règles. Et si, à présent, une bise de salut s’échange, c’est par un automatisme venu de loin, frappé d’une amnésie des mesures de convivialité telles qu’établies par les autorités compétentes. Pour éviter de propager le virus, pas de contact direct. Simple, mais efficace, semble-t-il. Et donc, au vu de la situation, on obtempère.

Pourtant, Dieu que c’est dur. La poignée de main et le bisou, c’est comme une marque d’appartenance, la transmission pragmatique de sentiments entre personnes. La poignée de main, jadis, c’était pour montrer que la main était non armée. Une main bienveillante, donc, dépourvue de ce couteau qu’on vous plante dans le dos. Ça rassure. Ça montre que le milieu n’est pas hostile.

Le bisou, marque supérieure, faisait rentrer dans une autre sphère d’intimité. La famille, les collègues. Un rapprochement, une volonté affichée de vivre ensemble. Les grincheux avanceront les contre-exemples de bisous toxiques genre Judas, mais passons. Quoique. Judas, aujourd’hui, aurait bien la tête d’un virus en ce mois de mars 2020. Prêt à faire prendre des vessies pour des lanternes, de l’empathie pour de la pandémie, une marque d’affection pour une zone d’infection. Foutu Judas !

Or donc. Privés de bisous et de poignées de main, nous voilà à inventer des codes. Des pieds qui s’entrechoquent, des coucous de la main appuyés, des regards pénétrants qui, limite, vous mettent mal à l’aise, des petits signes de la tête discrets. Chacun choisit sa voie, mais, franchement, ce n’est pas toujours facile de décoder les signes de chacun, les motards ont les leurs, les basketteurs ont les leurs, les rappeurs aussi, et ne parlons pas des geeks, des millennials, des boomers, etc. Le gouvernement devrait rapidement intervenir pour déterminer des règles, histoire de dissiper ces petits malaises du quotidien. Au risque de voir déraper nos relations sociales bousculée.

On pourrait ainsi s’inspirer du rei, le salut très codifié des arts martiaux japonais. Facile. Zéro contact. Tout est décrit dans Wikipédia, comme, par exemple, le très adapté salut debout, le ritsu-rei : « Le salut se fait en position debout (shizentai), le regard en direction de l'endroit où se trouve la personne à saluer. Le buste est incliné vers l'avant d'environ 30° en maintenant le dos droit, avant de reprendre la position debout. La profondeur du salut dépend de l'occasion. Dans tous les cas, il convient de garder le dos droit, en particulier au niveau de la nuque. La direction du regard joue un grand rôle pour différencier le type de salut. Il convient en général de garder le regard à l'horizontal, en direction du partenaire ou de l'enseignant, sauf dans le cas d'un salut au kamiza où celui d'une personne que l'on tiendrait à honorer particulièrement ».

Ce n’est qu’un exemple, une piste pour inspirer le Centre national de sécurité qui pourrait élaborer des petites fiches afin de gérer la convivialité quotidienne dans un souci de stopper la propagation de l’épidémie. On verrait bien Sophie Wilmès et Maggie De Block se plier à une petite démonstration devant caméra ou, mieux encore, Paul Magnette et Bart De Wever, à moins que celui-ci ne veuille développer des codes propres à la ville d’Anvers.

Au-delà des bienfaits pour la santé, cette codification claire nous permettrait de nous débarrasser de ces petits malaises quotidiens qui minent notre convivialité…  Et surtout de rappeler au petit Arthur qu’on ne se dispense pas aussi facilement des convenances sociales….

Thierry Dupièreux

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