Vie de parent

Humeur du lundi :
d'une tempête à l'autre

Ambiance plutôt calme ce matin dans le train. Le lundi matin n’explique pas tout. La tempête Ciara a perturbé le sommeil du plus grand nombre. Les yeux sont cernés. Les gestes un peu plus lents qu’à l’habitude. L’esprit est sans doute resté en éveil face au vent, aux rafales, aux trombes d’eau. Pour prévenir le danger.

Humeur du lundi : d'une tempête à l'autre

Ciara nous rappelle qu’on ne peut pas être maître de tout, qu’il y a des choses qui nous échappent, que nous ne maîtrisons pas. Face aux intempéries, nous ne sommes que fétus de paille balayés par le vent. Tant pis pour notre égo d’humain conquérant. Tant mieux pour notre humilité qui se refait une santé.

La tempête, donc. Et l’instinct qui incite à la prudence. Veiller à ce que les enfants ne sortent pas. Identifier les éléments du jardin ou de la maison qui pourraient se faire la malle. Anticiper. Agir en bon père et bonne mère de famille. Quand la bourrasque qui déboule, chacun file à l’essentiel, entre instinct de protection et sens des responsabilités.

Démunis ? Certes, mais pas inactifs ou fatalistes. Même si les événements extérieurs ne se commandent pas, il y a des marges de manœuvre, des voies qui conduisent au moindre mal. Comme vérifier le lundi matin ses horaires de train pour être sûr qu’on ne restera pas à quai faute de correspondance.

Et Jésus dans tout ça ?

À propos de tempête, qu’en est-il de celle qui sévit mollement sur la formation du gouvernement fédéral ? Cette sourde tempête n’en finit pas d’emporter avec elle les dernières illusions de ce pays où l’union fait la force. Comme face à Ciara, certains adoptent une résignation de circonstance. Impossible d’y faire face. Même Jésus ne pourrait démêler un tel sac de nœuds s’épanchait, ce week-end, Georges-Louis Bouchez, ancien débroussailleur royal, redevenu « simple » président du MR. Même Jésus. C’est dire.

N’empêche, il serait rassurant que cette tempête politique de type alerte rouge soit prise au sérieux et que les négociateurs de tout bord voient plus loin que l’éventuelle tenue d’élections législatives. Comme les chef·fe·s de famille, s’assurant que la maison soit prête à affronter des vents de 130 km/h. Les partis devraient songer à ausculter la maison Belgique, à considérer ce qui ne tient pas, à identifier les talons d’Achille, les faiblesses de la structure. Retrouver des bases solides. Et passer à autre chose.

Moins spectaculaire, mais...

Car c’est bien ça le problème. À force de simplement regarder les effets collatéraux d’un évident dérèglement politique de grande ampleur, sans s’attaquer au fond du problème, la pression du baromètre, elle augmente, elle augmente. Cette sourde tempête doit être prise au sérieux. Pas comme un simple contrecoup des élections de l’année dernière.   

Une tempête, c’est un moment pénible à passer qu’il s’agit d’anticiper, qu’il faut subir et enfin, obligatoirement, dépasser, surmonter. Là, cela fait plus d’un an que le pays stagne dans la case « subir ». La tempête fédérale est peut-être moins spectaculaire que Ciara, mais elle est nettement plus coriace et, à long terme, risque de laisser beaucoup plus de traces, au sein des familles, que sa consoeur climatique. Car au-delà du gouvernement, ce sont des politiques globales comme celle de la santé ou de la conciliation vie privée-vie professionnelle qui risquent de se retrouver dans la tourmente.  

Thierry Dupièreux