Vie de parent

Humeur du lundi : les bienfaits
de la mémoire de papier

Sur la table, les photos sont étalées. Autant de souvenirs dans chaque cliché. Chacun tente d’y reconnaître un visage ou des traits de ressemblance. C’est un album de famille qui s’est improvisé, là, dans le salon. Entre la tristesse d’un décès et le clair besoin de se réunir. Les images aident à parler, elles deviennent supports de mots et de partages.

Humeur du lundi : les bienfaits de la mémoire de papier

C’était ce weekend, un décès dans la famille. Celle-ci se rassemble, autour d’une table basse de salon sur laquelle, donc, se sont éparpillées des images. Chacune renvoyant à un souvenir, à une histoire, à une anecdote… Ces clichés donnent à voir les couleurs d’une époque. Plutôt orangées dans les années 70 et au début des années 80. Couleurs pastels des années 60. Et puis les images en noir et blanc qui tirent parfois vers le sépia. Elles datent « d’avant la guerre ».

Les mots, dans ces circonstances, peuvent parfois avoir bien du mal à se frayer un chemin. Mais les photos montrent la voie. Elles suggèrent des répliques immédiates liées au langage : « Oh, je me souviens, ce jour-là, il a dit… », « Elle disait toujours… ». C’est le passé qui ressurgit par bribes. Parfois oublié. « Tiens, je ne me souvenais pas de cette photo – Mais si, rappelle-toi… ». Aide-mémoire, passe-parole, ces images deviennent des alliées précieuses dans le vide que laisse la disparition.

Réflexion digitale

C’est là qu’une réflexion se fait. Naturellement. « C’est dingue, on fera comment plus tard ? Aujourd’hui, on n’a plus de photos sur papier. Tout est dans le smartphone ou sur le PC. Des moments comme ceux-là, on risque de ne plus les vivre de la même manière ». Pour confirmer la chose, une des personnes présentes sort son GSM et montre les photos des petits-cousins qu’on n’a pas vus depuis longtemps, voire jamais. C’est vrai, ce ne sera plus pareil.

Les photos étalées, là, sont soumises au regard de tous, offertes à l’échange. Le digital viendra-t-il à bout de cela dans un déficit de convivialité ? Mes pensées en étaient restées là quand, le lendemain, je vois un jeune homme qui prend des photos en rue. Avec un appareil, un vrai, pas un GSM. J’oublie sa présence. Puis il vient vers moi. « Pardon, monsieur, j’ai pris une photo de vous, ça ne vous dérange pas ? Si vous voulez, je peux vous l’envoyer. Donnez-moi votre mail ». Le garçon m’est sympathique, je lui fais confiance.

De doigts en doigts

Le soir, la photo arrive sur ma boîte mail. En noir et blanc. Prise sur le vif. Je ne reconnais pas vraiment mon expression. Mais le cliché est intéressant. Je la partage sur Facebook. Les gens réagissent. Beaucoup de pouces levés et quelques cœurs plus tard, je m’interroge sur cette photo. Restera-t-elle à tout jamais digitale ou se retrouvera-t-elle un jour sur une table basse de salon quand j’aurai déserté cette planète ?

Entre nous, plutôt que se partager sur écran, j’aimerais qu’elle se passe de doigts en doigts ce jour-là. Pour détendre l’atmosphère. Déclencher quelques phrases du genre : « Oh, ben, dis donc, là, on dirait vraiment qu’il n’était pas content. On dirait qu’il va casser la gueule à quelqu’un ». Une photo, là, au milieu d’une vie de papier. De celle qui attire le regard et ravive la mémoire de toute famille.

Thierry Dupièreux

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