3/5 ans

Il est intenable... Est-ce maladif ?

Votre petit ange est une terreur qui ne tient pas en place. À l’école comme à la maison, il mord ses copains et n’écoute plus personne. À bout, vous vous demandez si votre chérubin ne serait pas hyperkinétique ? Ce problème comportemental, qui est en fait qualifié de « trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) », est bien plus complexe qu’il n’y paraît et n’est, en réalité, pas si fréquent.

Il est intenable... Est-ce maladif ? - Thinkstock

Paul ne tient pas assis sur sa chaise. Martin est incapable de rester dans le rang. Louis désobéit en permanence. Sont-ils tous les trois hyperactifs pour autant ? Non, évidemment.
« Un enfant turbulent n’est pas nécessairement hyperkinétique au sens médical du terme, précise Mikaël Mathot, neuropédiatre à la Clinique Sainte Élisabeth de Namur et consultant externe aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. L’agitation chez l’enfant est un problème fréquent, mais neuf fois sur dix, la cause est d’origine comportementale. Des séparations parentales ou un ‘enfant-roi’ par exemple, génèrent des troubles sociaux ou comportementaux qui n’ont rien à voir avec un trouble déficitaire de l’attention. »
Dans tout diagnostic, il sera donc important de déterminer s’il existe ce genre d’éléments déclencheurs ou aggravants pour y remédier par une approche relationnelle. Osons donc, en tant que parent, nous remettre en question, tenter de déterminer ce qui pourrait être rectifié dans notre éducation, thérapie familiale, outils pédagogiques ou conseil de famille à l’appui. Il y a de grandes chances pour que cela suffise à remettre de l’ordre dans notre foyer et dans le parcours scolaire de notre rejeton. Mais, dans certains cas, tous ces efforts ne suffisent pas…

TDA/H : un trouble surtout chez les garçons

« Lorsque mon mari et moi avons été convoqués par l’école de Nathan pour parler de son trouble d’attention, nous n’avons pas été surpris. Nous avions déjà remarqué qu’il avait du mal à se concentrer, que c’était mission impossible de le faire obéir ou de le faire tenir en place », nous confie une maman.
En effet, le trouble déficitaire de l’attention est un trouble neurologique qui affecte le développement du cerveau et qui induit une incapacité chez l’enfant à se concentrer de manière prolongée. Parfois, ce trouble est accompagné de signes d’agitation et d’impulsivité, mais ce n’est pas toujours le cas. Ce problème survient de manière précoce et peut persister à l’âge adulte, mais a tendance à diminuer avec le temps.
On considère à l’heure actuelle que 3 à 5 % des enfants souffrent de TDA/H, avec une prédominance chez les garçons. On ne connaît pas l’origine exacte du trouble, mais des études réalisées sur plusieurs centaines de patients ont démontré qu’il existait certains enfants à risque, à savoir les grands prématurés, les enfants dysmatures (nouveau-nés dont la taille et le poids sont nettement inférieurs à la moyenne), les enfants issus de grossesse marquée par la prise importante d'alcool, les enfants porteurs de neurofibromatose (maladie associant des taches cutanées et divers problèmes neurologiques).
« Le diagnostic n’est pas évident à établir, puisqu’il s’agit d’un trouble complexe qui peut se cacher derrière différents symptômes », explique le docteur Mathot. À partir d’outils d’évaluation, les médecins évaluent les capacités d’attention et de maîtrise de soi de l’enfant. Sa capacité d’inhibition, par exemple : est-il capable de rester concentré malgré le passage d’un oiseau dans le ciel ? Ou bien sa capacité de flexibilité : restera-t-il concentré sur ses calculs si on glisse une soustraction au milieu de neuf additions ? La validité de ces tests neuropsychologiques est beaucoup plus faible avant l’âge de 6 ans, entre autres pour des raisons de maturité.
Faut-il faire passer à tout prix une batterie de tests à son petit ? « S’il n’y a pas d’inquiétude scolaire ou de problème de sociabilité, il n’y a pas nécessairement d’intérêt à tester un enfant », estime Mikaël Mathot. Quelques mesures simples peuvent en revanche très rapidement porter leurs fruits pour gérer un petit turbulent : le désigner « délégué-frotteur » de la classe pour lui permettre de se lever régulièrement sans se faire punir, le placer à côté de la porte plutôt qu’à côté d’une fenêtre pour qu’il ne soit pas tenté de regarder ailleurs ou encore le placer à côté d’un élève calme.

Médicament ou pas ?

Un enfant qui souffre d’un TDA/H est bien souvent déjà fragilisé psychologiquement. Sa faible estime de soi fait qu’il est d’autant plus sensible aux réactions de rejet ou d’agacement de la part des adultes, excédés par son comportement de trublion. Toute la difficulté consiste donc à distinguer les causes de l’agitation, souvent multiples, et à y répondre de manière adaptée. « Un vrai travail de dentelle », explique la psychologue Isabelle Goldsmith, par ailleurs coordinatrice de l’asbl Singularités plurielles.
Hors de question donc de passer par la pharmacie et d’avaler une pilule miracle qui calmera les ardeurs intempestives de votre petit diable. La prise en charge d’un tel enfant est complexe, demande du doigté et de la patience.
« De nos jours, on veut des résultats rapides, les parents et les professeurs veulent régler le problème au plus vite, alors que cela demande un travail de fond et donc souvent de longue haleine, déplore Isabelle Goldsmith. Nous préconisons une évaluation générale tenant compte de tous les aspects de la vie de l’enfant, pour dresser un bilan global qui distinguera les différents facteurs. Il arrive encore trop souvent qu’on donne un traitement ciblé, qui peut avoir des effets positifs dans certains cas, mais qui n’est bien souvent pas suffisant sur le long terme. La tendance aujourd’hui est de donner des médicaments de manière presque préventive, pour ‘voir ce que ça donne’, alors qu’ils devraient être prescris en dernier recours. »
À l’heure actuelle, il existe deux grands types de traitement pour l’enfant atteint d’un TDA/H, par ailleurs complémentaires. Le premier est une revalidation psychologique cognitivo-comportementale chez un pédopsychologue, par laquelle il va dans un premier temps apprendre à contourner ses difficultés et, dans un deuxième temps, développer ses lacunes par de l’entraînement, l’objectif étant la cure.
La deuxième approche auprès d’un neuropédiatre est médicamenteuse et agit au niveau de la régulation hormonale. Elle donne une réponse rapide, puisque les résultats scolaires peuvent s’améliorer nettement en quelques semaines si la cause de l’échec est l’inattention. Elle n’a en revanche qu’un effet limité dans le temps (quatre heures pour un comprimé) et peut s’accompagner d’effets secondaires, tels qu’une diminution de l’appétit, des douleurs abdominales, des troubles du rythme cardiaque chez les enfants opérés du cœur. Une éventuelle dépendance reste sujette à controverse mais n’a pas encore été prouvée à ce jour.
Garant d’une prise en charge multidisciplinaire, le remboursement de ces molécules par la mutuelle n’est prévu que si elles sont prescrites en parallèle à d’autres traitements complémentaires. « Je conseille toujours aux parents de contacter le PMS de l’école pour élaborer ensemble un projet et mettre en place des aménagements scolaires », explique le docteur Mathot.
Certaines thérapies peuvent encore apporter une aide supplémentaire, comme la psycho-éducation dont la technique consiste à fixer des objectifs sous forme de challenge et à faciliter le quotidien de l’enfant en standardisant les consignes.
Un projet d’intégration de type 8 ou une réorientation en enseignement spécialisé orientation « troubles instrumentaux » peuvent éventuellement être envisagés en dernier recours.

Julie Robin

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Témoignages

« Depuis peu, j'ai remarqué chez ma fille de 5 ans des réactions qui me faisaient penser à un déficit de l’attention. Inquiète pour son avenir scolaire, j’ai consulté un spécialiste. Je me suis vite rendu compte que j’avais le même problème qu’elle. Nous sommes depuis toutes les deux sous médicament et nous nous en portons mieux, elle et moi. »
Karine, maman

« J’ai eu un enfant hyperkinétique dans ma classe et j'ai appliqué les conseils bien utiles que m’avait donnés une psychologue du PMS. Ne formuler qu'une consigne à la fois, ne pas lui renvoyer une image négative de lui et lui donner des tâches qui lui permettent de bouger sans se faire gronder. Ce n'est pas facile à gérer dans une classe, mais avec un peu de patience on peut y arriver. »
Marie, institutrice

En pratique

Pour aider votre petit à la maison…

  • Organisez son environnement en utilisant des codes de couleur pour ses cahiers.
  • Si les projets scolaires lui semblent insurmontables, divisez-les en plusieurs petites étapes.
  • S’il ne peut se concentrer sur des instructions (ou regarder la télévision !) que lorsqu'il tape du pied, laissez-le faire.
  • Encouragez votre enfant à identifier les sujets qui l'intéresse.
  • Récompensez-le lorsqu'il accomplit certaines tâches domestiques.
  • Expliquez-lui les règles de politesse de base telles que la façon d'entamer une conversation ou la manière de tenir une porte pour laisser entrer quelqu'un.
  • Apprenez-lui à gérer les conflits en lui expliquant la différence entre un geste volontaire et un geste accidentel.
  • Expliquez-lui que vivre des conflits ne veut pas dire qu'il est méchant

Un site pour s’informer et se faire aider : www.tdah.be

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