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Il me croque, je craque

Sur son petit pied, des traces de dents. Surprenant, effrayant ou tout à fait normal ? Comment réagir si notre petit chou rentre mordu de la crèche ? Et si c’est lui, le mordeur ?

Il me croque, je craque

Ils ne savent pas encore parler, mais peuvent déjà se servir de leurs petites dents toutes neuves. Nos bébés passent parfois par une phase « cannibale » durant laquelle ils « goûtent » leurs congénères.
« Prunelle, notre fille de 14 mois, adore son grand frère. Elle le suit partout, elle veut jouer aux mêmes jeux que lui, lui fait des gros bisous, des câlins tête contre tête et puis, parfois… elle le mord de toutes ses forces ! », nous raconte Laetitia, sa maman. « Chez nous, pas de morsure à la maison, mais notre fils est déjà revenu de la crèche avec des traces de dents sur son pied. Les puéricultrices disent que ça arrive parfois et qu’elles grondent très fort le mordeur », confie Maud, maman de Colin, 10 mois.

Une pulsion… normale ?

Pourquoi nos petits anges se comportent-ils parfois en mini-vampires ? Est-ce une envie d’attirer l’attention de l’autre ou une maladresse de nos petits bipèdes encore un peu gauches avec leur corps ? Marie Léonard, psychologue de la petite enfance, s’est penchée sur la question dans le livre Ça mord à la crèche.
« Les morsures sont une étape fréquente et normale entre la marche, vers 1 an, et l’acquisition du langage, vers 2 ans, 2 ans et demi. L’enfant n’a pas encore l’outil des mots pour s’exprimer, il peut déjà dire ‘Non’, mais il a surtout des gestes pour exprimer ses pulsions. Un mécontentement peut tout à fait s’exprimer par une morsure. À cet âge-là, il est difficile de résister à ses pulsions. »
Rien de très grave donc, cette étape est assez fréquente chez les tout-petits. Mais ça n’empêche pas les parents de poser des limites pour ne pas finir mâchouillés comme un chewing-gum. Et d’expliquer avec douceur, fermeté et conviction que les dents ne servent pas à mordre ses congénères.
« Quand un enfant mord, il ne faut pas hésiter à lui poser un interdit : on ne fait pas mal à autrui, ni à soi-même », insiste Marie Léonard. Même si ce n’est pas toujours facile. « Les parents sont souvent désorientés face à des petits mordeurs. Certains mordent à leur tour, ce qui est complètement contradictoire… puisque le parent fait à l’enfant ce qu’il lui interdit de faire. »

Fermeté et conviction, mais sans violence

« Si le parent ou la puéricultrice réagit brusquement à une morsure, qu’il crie ou jure, il effrayera peut-être l’enfant mais ne l’aidera pas. Il est préférable de réagir avec fermeté et conviction, mais sans violence. Un discours simple et clair - ‘Non, c’est non’ - montre le caractère obligatoire de cette injonction », ajoute cette ancienne assistante maternelle.
Et si cette solution pacifique ne semble pas convaincre notre petit bout aux longs crocs, pourquoi ne pas lui proposer un anneau de dentition à mordiller ? « L’utilisation d’un anneau de dentition peut permettre de faire la différence entre le jouet et le vivant, mais toujours en accompagnant le geste de paroles, en expliquant bien à l’enfant. Si la tétine est utilisée, veillez à ce qu’elle ne soit pas un bouchon systématique », nuance encore la psychologue.
Et si les morsures se passent la journée, en crèche par exemple, quand les parents ne sont pas là ? Comment réagir quand on les découvre ? Primo, on ne dramatise pas. Même si des traces de dents sont encore visibles sur la peau de notre bambin, la douleur est certainement partie depuis belle lurette. Ensuite, on se renseigne auprès des puéricultrices.
« En collectivité aussi, la parole est nécessaire. Les morsures sont des accidents de la circulation, ce n’est pas un drame. La meilleure réaction de l’adulte est de poser nettement l’interdit. Si la morsure se passe à la crèche, ça doit se régler à la crèche. Gronder un enfant le soir à la maison parce qu’il a mordu en journée n’a pas de sens. L’enfant ne comprendrait pas. Une relation de cause à effets n’est comprise que vers 3 ans, pas avant », précise Marie Léonard.
Pas la peine non plus d’en faire un règlement de compte entre parents ou entre les parents et le personnel de la crèche. Il est plus efficace de montrer à l’enfant que ses parents communiquent avec la crèche, qu’ils sont sur la même longueur d’onde.

L’enfant mord quand il s’ennuie

« Et si ces morsures sont fréquentes ?, nous demande Norah, maman d’une petite Ghislaine de 2 ans. Ma fille a été mordue une dizaine de fois en quelques mois de crèche, parfois au visage. À la maison, on lui apprend à ne pas mordre, ni tirer les cheveux des autres, mais elle subit cela à la crèche. Devons-nous la changer de crèche ou y a-t-il une autre solution ? »
Des morsures fréquentes reflètent parfois un ennui de la part des enfants. Suggérer aux puéricultrices de varier les jeux pourrait être une solution. « J’ai observé une diminution des actes agressifs dans une crèche lorsque diverses activités sont proposées, note Marie Léonard. Les morsures peuvent aussi refléter un mal-être de l’enfant, une certaine agressivité, des problèmes familiaux ou de crèche… Mais si c’est toujours le même enfant qui mord les autres ou qui est systématiquement mordu, il a sans doute besoin de soins ou d’attention. Il peut être utile dans ce cas-là de consulter un psychologue. Mais en général, on observe plutôt une tournante entre les enfants mordeurs et mordus. »
Un élément rassurant, tout de même : cette période ne dure pas. Quand l’enfant se met à parler, les morsures se taisent. L’enfant a compris qu’il est plus facile de s’exprimer que de blesser.

Estelle Watterman

En savoir +

Explorer avec la bouche

La bouche est un outil très performant dès la naissance. In utero déjà, le bébé peut mettre son pouce en bouche. Quand il naît, le bébé s’alimente par la bouche et découvre que c’est une zone de plaisir et une zone douloureuse lorsque les dents poussent. La bouche est également un formidable outil de découverte pour le tout-petit. Chaque jouet est sucé, tété, goûté ou mordu… pareil pour les mains des petits copains ! En plus, ça les fait réagir : en voilà une expérience intéressante…

Aïe, les dents !

Entre 3 et 12 mois en moyenne, apparaissent les premières dents des bébés. Ces percées sont parfois (ou souvent, selon les enfants) douloureuses. Mordre ou exercer une pression sur les gencives gonflées peut soulager cette douleur.
Pour limiter les morsures entre copains pendant les poussées dentaires, pensez au jouet en caoutchouc, à un anneau de dentition ou même un bâton de carotte épluché que l’enfant pourra mâchouiller à sa guise.

Des parents en parlent...

La nièce et le grand méchant loup

« C’est marrant, cette polémique sur les morsures. Léo, notre fils ne nous a jamais mordus. Par contre, ma nièce, ‘belle à croquer’ comme dit ma mère, nous a déjà tous marqué de ses petites quenottes. Il faut avouer que le jeu préféré de son papa, c’est de jouer au grand méchant loup avec elle et la poursuivre dans la maison en faisant semblant de la dévorer toute crue. Peut-être qu’il y a un lien… »
Benoît, papa d’un petit Léo de 2 ans et tonton d’une Violette de 13 mois

Les mollets de maman

« Parfois ma deuxième vient me serrer fort les jambes et me mordre les mollets quand je cuisine. Ça semble être un câlin, donc je n’ose pas l’enguirlander. »
Héléna, maman d’une petite Tina de 15 mois

Auteur ou victime ?

« À la crèche, mon fils a déjà été griffé, mais jamais mordu. Je crois que les puéricultrices sont très attentives à ça ou alors, c’est mon fils, le mordeur ! »
Volodia, papa de Victor, 20 mois

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