9/11 ans

Il se fait traiter de « pédé »

Dans le dossier consacré aux questions que vous vous posez sur la sexualité de vos enfants dans le Ligueur du 27 mai, une partie des propos tenus par Pascal De Sutter, docteur en psychologie à l’UCL, a interpellé quelques lecteurs. Nous en profitons pour consacrer plus d’espace à cette question fondamentale de l’homosexualité supposée d’un enfant et tout ce qui gravite autour comme les stéréotypes ou le refoulement.

Il se fait traiter de « pédé »

Pour réaliser le grand dossier du Ligueur n°11 du 27 mai, nous avons rencontré plus d’une trentaine de parents et récolté des questions qui revenaient le plus souvent âge par âge, dont celle-ci : « Mon fils de 10 ans se fait traiter de 'pédé' à l'école : qu'est-ce que je fais ? ».
Dans sa réponse, Pascal De Sutter conseille, entres autres, aux parents de viriliser un peu leur enfant, de manière à ce que celui-ci soit plus à l’aise avec les codes que la société attend de lui. Cet élément vous interpell ? Le psychologue explique ses propos de manière à ne laisser planer aucun doute.

Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par « viriliser » un enfant ?
Pascal De Sutter : « Des parents souffrent que leur enfant se fasse traiter de ‘pédé’ par ses petits copains. Je leur ai conseillé d’amener celui-ci à se viriliser un peu, de manière à ce qu’il vive avec les codes que la société attend de lui. Ce que je veux dire par là, c’est que l’on ne naît pas homosexuel. Certains enfants possèdent en apparence certaines prédispositions. On associe à la hâte une attitude efféminée chez un petit garçon à une homosexualité latente. Or, cela ne signifie pas grand-chose. Il existe des hétérosexuels adultes très efféminés, et des homosexuels adultes très virils. Par contre, on ne rend pas service à un petit garçon en l’encourageant à se comporter d’une manière traditionnellement féminine. Cela rendra sa vie plus compliquée dans une société encore clairement stéréotypée. Un gamin n’a pas d’orientation sexuelle, dans la mesure où il n’a pas de relations sexuelles. »

Certains lecteurs ont compris que vous encouragiez les parents à refouler la nature de leurs enfants.
P. De S. : « Absolument pas. D’abord la 'nature de l’enfant', ça n’existe pas sur le plan sexuel. Il n’y a pas de nature à désirer « les blondes à forte poitrine » ou de nature à désirer « les hommes très poilus ». Il n’y a donc pas un déterminisme absolu de l’homosexualité qui se détecterait dès le berceau. Je conseille simplement d’armer son enfant contre les présupposés venant aussi bien des adultes que de ses copains de cours de récré. Même aujourd’hui, dans notre société, il n’est hélas pas facile d’accepter et de vivre son homosexualité. J'ai régulièrement en consultation des gamins qui ont fait des tentatives de suicide à cause de leur orientation et des horreurs infligées par leur entourage. La seule chose que je dis aux parents, c’est d’encourager leur enfant à adopter certains codes de la société. Je dis 'encourager' et pas 'forcer'. »

Certains parents sont étonnés du fait que vous affirmiez qu’il n’y a pas d’orientation sexuelle à 10 ans. Pouvez-vous développer ?
P. De S. : « L’orientation sexuelle est un processus continu. L’enfant lui-même ne sait pas. C’est scandaleux d’enfermer un gosse dans une catégorie sexuelle. On a des préférences. Et puis, très honnêtement, je pense sincèrement que même à l’âge adulte, tout ceci évolue. C’est triste de s’enfermer tout court. Je ne pense pas que l’on soit définitivement attiré par un sexe ou par une catégorie sexuelle. Je crois que des rencontres et des évènements peuvent faire évoluer notre orientation sexuelle et nos préférences. Beaucoup d’hétéros qui séjournent en prison deviennent homosexuels. Et certains homosexuels convaincus tombent parfois amoureux d’une personne de l’autre sexe. Arrêtons de vouloir mettre les gens dans des catégories fermées. C’est de la ségrégation. Pour que mes propos soient limpides, je condamne fermement toute forme d’homophobie et tous les amalgames. Mais cela, je suis persuadé que la plupart des lecteurs l’ont bien compris. »

Propos recueillis par Yves-Marie Vilain-Lepage

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