12/15 ans

Il veut partir en vacances
avec ses copains

Il arrive un moment où un ado préfère partir en vacances sans vous. Rien de plus normal, direz-vous, agile d’esprit comme vous êtes. Mais un beau jour, cet ado, c’est le vôtre. Alors, quelle décision prendre ? Encourager ce désir d’indépendance malgré tout ? Le contraindre à rester coûte que coûte et rouvrir le dossier quand il sera plus grand ? Susann Wolf, psychologue spécialiste de la question adolescente, nous aide à y voir plus clair.

Il veut partir en vacances avec ses copains

Pour une fois que vous aviez pris soin de bien planifier vos vacances à l’avance, survient la terrible nouvelle : « Je préfère partir avec mes potos cette année ». « Sans nous ? », lâchez-vous, fébrile. « Sans vous », répond-il, ferme et décidé. Vous ne l’aviez pas senti venir, celle-là…
Un souffle envahit votre enfant, le fait grandir et le pousse droit sur le chemin qui mène à l’adulte de demain. Ça ne va pas sans son lot de désagréments, dont un inévitable : il arrive qu’il s’ennuie et rêve même de vacances sans vous, entouré d’amis, pour vivre de folles aventures. Dur. Vous pouvez vous consoler et vous dire qu’il est intégré, qu’il a une vie sociale et s’enthousiasme pour l’inconnu.
Est-ce inévitable ? « Tout dépend évidemment des circonstances, analyse Susann Wolf. Des parents qui partent systématiquement tous les étés, au beau milieu des Ardennes, par exemple, sans contacts possibles, loin de tout, c’est difficile pour un ado. Un adulte peut le comprendre. »

J’encourage ou je réfrène ?

Certains, pour qui il est inconcevable de lâcher leur marsouin, usent alors de subterfuges, comme l’explique la psychologue : « Pour garder la main, des parents sont prêts à tout, consciemment ou non. Ils vont de plus en plus loin dans les dépenses, payent des stages extraordinaires, partent dans des endroits fabuleux, invitent les copains. C’est l’escalade, mais je ne suis pas convaincue du bien-fondé d’acheter ses enfants, en quelque sorte ! ».
Alors quoi, on encourage ou pas ? « Tout dépend du moment et de la relation que l’on traverse avec son grand enfant, relativise Susann Wolf. Est-il indispensable de provoquer des instants où la mauvaise humeur sera de mise ? C’est toujours difficile de voir son enfant partir ou s’imaginer sans lui, mais c’est peut-être pas mal de faire une pause entre les uns et les autres. »
Évidemment, ici, l’objectif n’est pas de décréter une loi. Vous seul pouvez juger de la maturité et de la débrouillardise de votre enfant. Tâchez simplement d’être le plus objectif possible. Le bon reflexe ? Le soutenir et lui manifester ce soutien.
Pourquoi ? Susann Wolf explique : « Il faut garder en tête que cette démarche est courageuse de la part d’un ado. Il vient vous voir. Il impose, peut-être maladroitement, mais cette marque d’indépendance est très positive. Quelle que soit votre décision, vous pouvez la lui dire. Si vous acceptez, vous constaterez comme il est fier à son retour. Il l’a fait ! Il se transforme petit à petit en adulte. Et puis, pour vous rassurer et garder un œil sur lui, vous avez des tas de moyens de communication à votre disposition. »
Autonome, oui, mais si c’est pour être sur Skype toutes les vacances, est-ce que ça vaut le coup et peut-on parler d’indépendance ? « Tout dépend des besoins des enfants et des parents, répond Susann Wolf. Là encore, on n’encourage pas, c’est au cas par cas, à chacun de voir. L’ado peut jouer le fier-à-bras en amont, mais ressentir un véritable besoin de communiquer avec ses parents une fois parti ». Bon. Admettons que vous daigniez y réfléchir et laissiez votre chérubin seul avec ses copains en vacances, quelles sont les règles ?

Je l’accompagne… de loin !

Vous n’êtes évidemment pas obligé de laisser votre enfant de 12 ans partir seul sur l’île de Ramree - une île réputée comme une des plus dangereuses au monde - pendant deux mois. Si vraiment il insiste, lâchez du lest au fil des années. Essayez peut-être d’y aller progressivement.
Pour les plus jeunes, pourquoi pas un court séjour organisé ? (Voir encadré). L’été suivant, il pourra camper avec ses copains à proximité d’adultes de confiance. Il y découvrira les joies de la liberté et prendra alors conscience de la réalité de l’intendance (vaisselle, courses, horaires…).
Cette étape franchie haut la main, vous pourrez alors envisager un voyage plus sérieux pour l’année d’après. Un peu de randonnée, un road trip ou autre réjouissance trépidante. La seule règle consiste à trouver la bonne distance entre surprotection et inconscience totale. Notre psy abonde dans ce sens, à condition d’y travailler en concertation avec son grand enfant et d’opérer avec prudence.
« Quand on impose, on se heurte à un mur. Il faut y aller avec des gants. Faites-lui confiance. Il veut se débrouiller seul ? Très bien. Il va vivre son expérience. L’organisation d’un voyage, c’est un peu le symbole de la vie ». Et il ou elle se montrera reconnaissant(e) de cette autonomie que vous lui accordez.
À ce propos : garçon et fille, est-ce la même chose ? Susann Wolf explique : « Avec les filles, il y a bien sûr cette peur sous-jacente de l’abus sexuel et de la grossesse non désirée. Elles sont prêtes à l’entendre. Le rôle du parent, à ce moment-là, c’est de pouvoir en parler, sans leur faire peur. Il est possible de les protéger et de leur fournir des moyens de contraception, sans les sexualiser de façon précoce, bien sûr. Tout doit être accompagné d’une discussion, de toute façon. On est souvent plus craintifs avec les adolescentes, mais il ne faut pas oublier qu’elles sont généralement plus indépendantes et responsables que leurs homologues masculins du même âge. »

On part en famille quand même ?

Laisser partir la marmaille, lâcher la bride, faire confiance. D’accord. Mais on peut aussi planifier quand même des vacances en famille, même avec les plus grands. Quel bonheur de se retrouver et se ressourcer tous ensemble. Rien n’empêche d’ailleurs d’élargir le clan, développer des activités collectives, trouver des vacances qui font sens pour tous.
Susann Wolf nuance : « Si la meute se retrouve avec plaisir, parfait. En revanche, si les relations sont saumâtres, pourquoi s’imposer un tel enfer ? Par obligation, par refus de les voir grandir, par nostalgie ? Dites-vous bien que vous serez rattrapé(e) par la réalité quand vous les verrez bouder tout l’été et que vous ne pourrez pas leur faire décrocher un mot. Le risque, c’est de creuser encore plus le fossé qui vous sépare. »
Au final, nous devons accepter que notre enfant nous échappe et soit heureux sans nous. Pourquoi est-ce si difficile ? « Tout repose sur une question d’amour à donner et à recevoir. On voit toujours le petit que l’on a chéri. C’est ce qui nous aide à tenir quand les situations sont les plus extrêmes. Et quand ils prennent leur envol, qu’est-ce qu’on fait de cet amour ? Les enfants doivent le rejeter pour avancer, les parents le réorienter, c’est une façon de se préparer à l’après. Mais pas de panique, vous aimerez de nouveau frénétiquement à l’arrivée de vos petits-enfants ! »
En attendant ce moment, profitez bien de ces quelques jours de vacances pour vous, qui favorisent donc l’autonomisation de chacun. Dans les moments de spleen, remémorez-vous ces bouffées de liberté que vous éprouviez au moment de votre adolescence. Allez quoi, ce ne sont pas parmi vos plus beaux moments, ceux qui marquent la vie et le cœur au fer rouge ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

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