Vie de parent

Ils ont du ressort. Inspirons-nous !

C’est en écoutant Boris Cyrulnik parler de résilience à la radio que l’idée de ce papier est venue. Covid-19 et confinement nous obligent à nous adapter, à rebondir. Dans cet affrontement, chacun va mettre en place des stratégies pour se protéger qui se déclinent en trois mots : action, affection, réflexion. Tour d’horizon intergénérationnel des stratégies de rebond des un·e·s et des autres. Puisse-t-il nous inspirer.

Ils ont du ressort. Inspirons-nous - Gettyimages

Résilience. Le mot est lâché. Entendez par là : la capacité d’une personne à rebondir, résister. Ce terme trouve une résonnance particulière dans la situation actuelle. Face à l’épidémie de Covid-19 et au confinement, nous devons résister. Au niveau collectif, nous sommes dans l’affrontement au virus. Mais au sein de la famille et individuellement, c’est notre capacité à nous adapter et à rebondir qui est mise à l’épreuve.

L'homme qui incarne le concept

« Pour tenir bon face à une situation, chaque personne développe des mécanismes de défense », explique Boris Cyrulnik au journaliste de la RTBF. Et le neuropsychiatre sait de quoi il parle. Il a 7 ans lorsqu’il se suspend au plafond d’une toilette de la synagogue de Bordeaux pour réchapper d’une rafle. Cette idée ingénieuse le sauve. L’enfant cumulera ensuite les caches pour survivre.

C’est dire si l’homme incarne le concept qu’il a participé à populariser : la résilience. Quels sont ces mécanismes de défense dont il parle ? « Le monde intérieur, la parole, la communication, la réflexion, la (re)découverte de valeurs/cultures sont autant de manière de se protéger. Le mot protection se décline en trois mots : action, affection et réflexion ».  

Le confinement met la famille face à elle-même

En cette période de confinement, la famille se retrouve face à elle-même. Et ce n’est pas simple, car, comme le dit très bien Boris Cyrulnik, « la merveille du monde, c’est les autres. Mais l’enfer, c’est aussi les autres. On est contraint de vivre avec les autres et ce n’est pas facile. La cellule nucléaire va être mise à rude épreuve ».

À l’heure où bibliothèques, bars, restaurants, cinémas, salles de sport sont fermés, quels sont les échappatoires où se réfugier ? On a posé la question à quelques parents et grands-parents, histoire de se donner un peu de perspective. Et voici ce qu’ils nous disent.  

► Jean, 88 ans
 père, grand-père et arrière-grand-père 

Au bout du fil, la voix de ce presque nonagénaire verviétois est alerte. Les premiers jours de confinement n’ont pas eu raison de son optimisme. « J’en ai vu d’autres. Je me souviens d’une phrase de Mao Zedong qui disait ceci : 'Content de peu n’a rien à craindre'. J’ai connu la guerre, cela m’a forcé à appliquer cet adage. Cette simplicité a été tellement intégrée en moi que j’ai vécu ainsi toute ma vie assez naturellement. Je n’ai jamais eu besoin de grand-chose pour vivre et être heureux. Oui, je suis confiné, mais je reçois des signes d’affection, des dessins des tout-petits, des coups de fil des petits et même des pâtisseries de ma fille qui passe chaque jour me faire coucou à travers la vitre. Alors, pour moi, ce n’est pas la fin du monde, on tiendra le temps qu’il faut. »

► Dominique, 62 ans
mère et grand-mère

« J’ai été élevée dans les années 1960. À cette époque, on attendait des enfants qu’ils soient gentils et obéissants. Ils n’avaient pas droit à la parole comme aujourd’hui. Ils ne revendiquaient rien. Je ne dis pas que c’était mieux. Mais cela m’a appris à accepter les choses comme elles étaient, comme un certain fatalisme. Mais un bon fatalisme, celui d’accepter ce qui est. Mes parents, qui ont tous les deux connus la guerre, m’ont aussi appris à ne pas me plaindre et à me contenter de petites choses. Une balade dans le quartier, une caresse au chien, un bon livre, un verre de vin, je n’ai pas besoin de grand-chose. Tant que personne dans mon réseau proche n’est touché, je garde le cap. »

► Catherine, 42 ans
maman de trois filles de 8, 13 et 15 ans

« Pour moi, le confinement est une occasion de faire une pause, un peu comme le burn-out que j’ai fait il y a deux ans. À ce moment-là, mon corps et mon cerveau m’ont dit 'Stop'. Avec le coronavirus, j’ai l’impression que l’univers nous envoie un peu ce même type de message. Et que cela va nous obliger à revoir nos modes de fonctionnement et consommation. Depuis une semaine que nous vivons confinées, j’ai l’impression que ça nous permet de prendre le temps. De partager un bon petit déjeuner, de se doucher à notre aise, de faire les devoirs sans la pression du temps qui file au retour de l’école. Je vis cette étape comme quelque chose à traverser, de la même manière que j’ai dû traverser une séparation et un épuisement. Mes parents m’ont appris à aller de l’avant, à ne pas m’appesantir sur mon sort. Je prends cette période comme une opportunité d’interroger nos vies. »

► Sandrine, 47 ans
maman de deux filles de 8 et 13 ans

« C’est très fort l’affection qui me fait tenir. Enfant, si j’avais le malheur de me plaindre, mes parents me répondaient : ‘Vous ne savez pas ce que c’est d’avoir faim, de manquer de tout’. Il y a une petite voix au fond de moi qui me dit que je ne peux pas me plaindre, que je dois faire un effort. J’essaye de relativiser, de me dire qu’on n’a pas de bombe au-dessus de nous, qu’on a la chance d’avoir de l’espace pour s’isoler en cas de besoin et même un jardin pour sortir. Penser à ma chance d’avoir un chouette mari, des enfants en bonne santé m’aide quand je me sens découragée. Cette expérience nous renforce dans nos liens familiaux, on joue plus ensemble, on est plus attentifs à ce que la journée des filles se passe au mieux, à être plus connectés aux besoins et émotions de chacun. »

► Corentin, 33 ans
papa de deux enfants de 4 et 6 ans

« En tant qu’infirmier, je ne peux pas dire que je vis pleinement le confinement. Vu mon tempérament, c’est peut-être mieux. J’ai un besoin viscéral de bouger, de me sentir utile, de faire quelque chose de ma journée. Avec mon métier, je sais pourquoi je me lève le matin. Et le fait d’être parti une bonne partie de la journée fait aussi que je retrouve les enfants avec plaisir et qu’ils sont contents de me revoir. Je relaye ma moitié pour apporter une bouffée d’énergie. Entre les trois mots - action, affection et réflexion -, c’est clairement l’action qui me parle le plus ! Heureusement pour moi, j’ai choisi la bonne profession, car on ne manque pas de boulot. »

Clémentine Rasquin

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